Pourquoi la rougeole continue de tuer aux États-Unis ?

Sophie Lambert

La résurgence de la rougeole au sein des États-Unis en 2025-2026

Depuis le début de l’année 2025, les États-Unis constatent une forte recrudescence de cas de rougeole. Après une première série d’épidémies particulièrement virulentes au Texas, la maladie s’est rapidement étendue dans plusieurs autres régions du pays. La situation a atteint un point critique lorsque, le 2 novembre 2026, l’État de New York a officiellement annoncé le décès tragique d’un enfant – une première en plus de trente ans dans cette région, marqué par cette maladie.

Ce regain épidémique a également été accompagné de plusieurs décès supplémentaires, portant à au moins neuf le nombre total de morts liés à cette flambée. Sur le plan chiffré, plus de 7 000 individus ont été confirmés comme étant infectés, dont près de la moitié en 2026 uniquement. La progression alarmante de la maladie a suscité une inquiétude majeure parmi la population et les autorités sanitaires américaines.

La rougeole : une maladie d’une extrême gravité

La rougeole est une infection virale hautement contagieuse qui se manifeste principalement par une fièvre élevée et une éruption cutanée généralisée. Elle est causée par un virus capable de contaminer rapidement un entourage dès lors qu’une personne infectée tousse ou éternue. La transmission peut également se faire par contact avec des surfaces ou des objets contaminés, en touchant ses yeux, son nez ou sa bouche avec des mains sales.

Les complications possibles de cette maladie ne doivent pas être sous-estimées : parmi celles-ci, on trouve des hospitalisations fréquentes, des pneumonies pouvant entraîner des séquelles graves, ainsi que des risques accrus de fausses couches ou de naissances prématurées. La rougeole peut aussi provoquer une inflammation du cerveau, appelée encéphalite, qui constitue une urgence neurologique. Au-delà, la maladie peut engendrer une amnésie immunitaire, un phénomène où le virus détruit une partie du système immunitaire, rendant l’organisme incapable de se défendre contre d’autres maladies. La forme la plus grave de complication est la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), une pathologie neurologique rare mais souvent mortelle, pouvant apparaître plusieurs années après l’infection initiale. Elle survient lorsque le virus, resté dormant dans le cerveau, mute pour échapper au système immunitaire, avec des conséquences fatales quasi systématiques.

Une défiance croissante vis-à-vis des vaccins aux États-Unis

Malgré la réussite initiale de l’éradication de la rougeole sur le territoire américain, déclarée en 2000 grâce à une couverture vaccinale large et efficace contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (vaccination ROR), la maladie est aujourd’hui en pleine résurgence. Ce retour de flamme du virus s’inscrit dans un contexte marqué par une méfiance croissante à l’encontre des vaccins et des institutions sanitaires.

L’évolution des taux de vaccination illustre cette tendance : ils ont connu une baisse sensible dans plusieurs régions du pays. Certains leaders d’opinion, notamment Robert F. Kennedy Jr., qui a été ministre de la Santé sous la présidence de Donald Trump, ont relayé des discours sceptiques concernant la vaccination, ce qui a contribué à alimenter le doute. Bien que la vaccination contre la rougeole soit obligatoire pour la scolarisation dans l’ensemble des 50 États américains, la réalité est que la couverture vaccinale reste inégale d’un lieu à l’autre. La législation permet dans la majorité des cas de demander des exemptions, qu’elles soient médicales, religieuses ou philosophiques, facilitant la constitution de groupes où la majorité des individus ne sont pas immunisés. Ce phénomène favorise une propagation rapide du virus dans ces populations vulnérables.

Quelle situation pour la France face à la rougeole ?

En France, la vaccination contre la rougeole est devenue une obligation pour tous les enfants nés à partir du 1er janvier 2018. Le schéma vaccinal prévoit une première injection à l’âge de 12 mois, suivie d’une seconde entre 16 et 18 mois. En cas de première dose administrée avant cet âge, notamment dans le cadre d’un voyage à l’étranger, deux doses supplémentaires doivent être effectuées à l’âge prévu pour assurer une protection optimale.

Pour les personnes nées à partir de 1980, il est généralement admis qu’elles ont déjà reçu deux doses de vaccin, avec un intervalle d’au moins un mois entre chacune. Si ce n’est pas le cas, il est recommandé d’ajouter les doses manquantes pour compléter leur immunisation. Quant à ceux nés avant 1980, la majorité d’entre eux ont été exposés naturellement au virus de la rougeole lors de leur enfance, leur conférant une immunité durable. Néanmoins, des recommandations spécifiques existent, notamment pour les professionnels de santé ou d’autres populations à risque plus élevé, afin de renforcer leur protection contre la maladie.

Malgré ces mesures et obligations, la rougeole n’a pas été complètement éradiquée dans l’Hexagone. Après une période où le nombre de cas était tombé à seulement 15 en 2022, une recrudescence a été observée, avec 873 cas déclarés en 2025. Cette évolution met en lumière la nécessité de renforcer la couverture vaccinale et la sensibilisation pour éviter de nouvelles épidémies.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.