Témoignages : l’exaspération face au manque de respect dans les transports et la rue

Sophie Lambert

Les petits désagréments du quotidien dans l’espace public

Vivre en société comporte son lot de compromis et d’adaptations, mais il n’est pas toujours évident de respecter un certain esprit de politesse ou de civilité. Chacun ayant ses habitudes et ses règles personnelles, il arrive que des comportements jugés inconvenants ou impolis viennent perturber la vie en communauté. Parmi eux, le fait qu’un téléphone mobile retentisse sans prévenir dans un lieu public, ou encore des conversations privées qui sont imposées à tous, même à ceux qui préfèreraient ne pas en entendre parler. La politesse élémentaire, telle que dire « bonjour » ou « merci », semble aussi parfois reléguée au second plan, ce qui peut générer de la frustration chez ceux qui subissent ces petites incivilités. Ces comportements, apparemment mineurs, prennent une toute autre dimension lorsqu’ils se répètent, surtout dans des espaces très fréquentés comme les transports en commun, où la promiscuité exacerbe les tensions.

Des témoignages de voyageurs soulignent que l’environnement des transports en commun est particulièrement propice à la présence de ces petits dérapages. Les interactions y sont souvent tendues, et certains comportements déplaisants deviennent monnaie courante, alimentant un climat de malaise généralisé. Les usagers ressentent fréquemment une absence de considération pour la tranquillité et le confort des autres passagers, ce qui finit par provoquer de vives frustrations.

L’expérience des usagers face aux comportements peu respectueux

Parmi ceux qui prennent régulièrement le train, Virginie, une habitante de Saverne âgée de 51 ans, relate ses déconvenues avec des voisins bruyants ou indifférents à l’environnement dans lequel ils évoluent. Elle cite notamment le cas de personnes s’installant à ses côtés pour téléphone leur famille ou leur entourage tout au long du trajet, sans aucune gêne et sans se soucier du fait que leur conversation puisse déranger ceux autour. La jeune femme déplore aussi ceux qui écoutent de la musique ou visionnent des vidéos sans utiliser d’écouteurs, ce qu’elle considère comme une marque flagrante de manque de respect pour les autres. Selon elle, ce type de comportement est devenu une règle tacite, mais il reflète une absence totale de considération pour la tranquillité d’autrui.

La dégradation du calme dans les espaces collectifs

Ce problème n’est pas isolé : Betty, 41 ans et résidante à Mulhouse, partage souvent sa frustration face à l’omniprésence du téléphone à volume maximal dans les lieux publics. Que ce soit pour une conversation, pour écouter de la musique ou pour visionner une vidéo, cette pratique l’insupporte profondément. Elle insiste particulièrement sur le fait que cette tendance devient encore plus gênante dans les salles d’attente médicales. Selon elle, ces lieux se métamorphosent peu à peu en espaces où chacun s’écoute à volume fort, faisant fi de l’environnement calme que l’on pourrait attendre. Elle déplore que cette absence de retenue contribue à dégrader la sérénité collective, en créant un brouhaha incessant qui perturbe le calme nécessaire dans ces espaces.

La difficile gestion des déplacements pour les personnes à mobilité réduite

Au-delà du bruit, c’est souvent le manque d’attention ou de considération envers les autres qui exacerbe les tensions dans les transports. Isabelle, une Dijonnaise de 73 ans, se déplace avec une canne à cause de problèmes de santé. Elle doit régulièrement solliciter qu’on lui cède une place assise dans le tramway, ce qui devient une démarche parfois difficile face à l’attitude peu serviable de certains usagers. Mais ce qui la révolte davantage, c’est l’obstacle qu’elle rencontre pour sortir de la rame. Lorsqu’elle doit descendre à son arrêt, elle se heurte souvent à des voyageurs qui se pressent à l’intérieur du véhicule sans respecter la sortie. Elle évoque ainsi une récente expérience où, incapable de descendre à cause d’une personne bloquant la sortie avec sa trottinette électrique, elle a été contrainte de descendre à l’arrêt suivant, pour reprendre le tram dans l’autre sens. Elle a aussi raconté avoir reçu des remarques blessantes, illustrant à quel point le manque d’empathie et de respect collectif demeure un problème dans le quotidien des transports.

L’impression d’isolation dans l’espace public

Une problématique plus globale, liée à une certaine forme d’égoïsme ou de désintérêt pour autrui, revient souvent dans les témoignages. Plusieurs usagers constatent que beaucoup de personnes dans la rue ou dans les lieux publics donnent l’impression de se croire seules au monde. Grégory, un homme de 51 ans originaire de Craponne dans le Rhône, se plaint du comportement des passants qui ne répondent plus lorsqu’on leur souhaite bonjour en entrant dans un magasin ou une autre enseigne. Il pointe également la distraction constante des piétons, qui marchent tête baissée, concentrés sur leur téléphone, et qui ne prêtent pas attention à leur environnement immédiat. Cindy, une jeune femme de 38 ans à Villeurbanne, partage cette perception en dénonçant ceux qui s’arrêtent brusquement au milieu du trottoir ou en haut d’un escalator pour vérifier leur téléphone, obligeant ainsi les autres à faire des détours ou à attendre leur tour.

La raréfaction du civisme dans la vie quotidienne

Plus que le bruit ou l’indifférence, certains comportements quotidiens illustrent un recul du civisme : mettre son sac sur un siège vide dans un espace bondé, ne jamais remercier quand on tient la porte, ou encore ne pas dire bonjour lorsqu’on croise quelqu’un. Ces petits actes de courtoisie, qui semblaient autrefois monnaie courante, semblent s’effacer peu à peu, laissant place à un manque flagrant d’égards. Nombreux sont ceux qui ressentent cette évolution comme une source d’irritation ou de tristesse, estimant que ces petits gestes étaient la base d’un vivre-ensemble respectueux.

Les comportements impolis ou désinvoltes, bien qu’apparemment mineurs, contribuent à une certaine fatigue collective. En définitive, ils soulignent un besoin de plus d’attention, de respect et de civisme dans nos interactions quotidiennes, afin de préserver un vivre-ensemble apaisé et convivial.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.