Témoignages : la vie de retraité, une période où le temps passe vite, est-elle idéale ?

Sophie Lambert

Une nouvelle liberté ressentie comme un véritable bonheur

Thierry, âgé de 62 ans et résident dans l’Ain, n’hésite pas à qualifier sa retraite de véritable source de joie. Après avoir travaillé pendant trente-six années consécutives dans la même société, il a décidé de cesser toute activité à partir du 1er avril dernier. Son départ a été motivé par un profond désir d’en finir avec le stress lié à son emploi, surtout après une année particulièrement compliquée où des conflits avec sa hiérarchie et des ajustements organisationnels ont rendu son dernier poste particulièrement éprouvant. Aujourd’hui, il confie ressentir un soulagement immense, lui qui avoue ne plus ressentir la pression mentale qui l’accablait auparavant. Selon le baromètre intitulé « La Retraite et moi » réalisé par Odoxa pour Generali, 81 % des retraités interrogés partagent cette satisfaction à ne plus devoir travailler, et une majorité d’entre eux, 86 %, associent cette étape à une sensation de liberté totale.

Une organisation de vie axée sur le plaisir et la famille

Pour Thierry, cette nouvelle étape de sa vie s’articule désormais autour de multiples activités et de moments partagés avec sa compagne, qui est également récemment retraitée. Ensemble, ils planifient des escapades en montagne, organisent des vacances en famille et consacrent du temps à leurs petits-enfants. Cette retraite bien remplie reflète la majorité des projets évoqués par les futurs retraités : 69 % d’entre eux rêvent de voyager davantage, tandis que 53 % souhaitent consacrer plus de temps à leurs proches. Jean-Patrick, 62 ans, est également en pleine transition depuis presque deux ans dans la région de l’Isère. Son départ à la retraite lui a permis de couper définitivement tout lien avec le secteur professionnel, ce qu’il attendait avec impatience. Il décrit ses journées comme remplies de vélo, randonnée, moto, bricolage, et de moments privilégiés avec ses petits-enfants. Selon lui, il est extrêmement agréable de penser à soi après des années passées à travailler, mais il souligne que la condition sine qua non pour profiter pleinement de cette liberté est de rester en bonne santé.

Découverte d’un nouveau rythme, parfois surprenant

Daniel, un résident de Besançon de 64 ans, a lui aussi expérimenté l’effet inattendu du temps libre. Depuis qu’il a pris sa retraite en 2024, il affirme profiter pleinement de cette nouvelle phase de sa vie. Néanmoins, il constate rapidement que le temps qu’il a désormais en sa possession n’est pas aussi abondant qu’il l’avait imaginé. Il pense notamment qu’il lui reste encore beaucoup à faire, mais que le temps passe rapidement. Ce sentiment rejoint celui de Patrick, un homme de 70 ans ayant cessé toute activité en 2016. Ce dernier avoue avoir été impatient d’atteindre l’âge de la retraite, anticipant un mode de vie où il n’aurait qu’à ne rien faire en percevant ses revenus. Cependant, après plusieurs années, il confie être déçu de l’écoulement rapide des journées, qui filent à une vitesse impressionnante.

Le défi du maintien du lien social

Une inquiétude majeure associée à la retraite concerne la réduction des interactions sociales. Bien que la majorité envisage cette étape positivement, 27 % des futurs retraités craignent de se retrouver isolés, et 22 % redoutent l’ennui ou une déprime. Rémi-Georges, 65 ans, établi en Alsace, a expérimenté cette problématique. Depuis mai 2026, il bénéficie d’une retraite qu’il a soigneusement préparée, notamment en travaillant à temps partiel lors des derniers mois de sa carrière. Pourtant, il admet que malgré ses efforts, « perdre ses repères, surtout en termes de relations sociales », est une réalité qu’il ne peut ignorer. Pour maintenir des liens et continuer à exercer ses compétences, il a opté pour une activité professionnelle partielle. De leur côté, environ 9 % des retraités sondés continuent à travailler un peu, souhaitant ainsi éviter l’isolement. Ils veillent également à avoir une vie quotidienne bien rythmée, en respectant des horaires réguliers pour dormir, manger et se réveiller, dans le but de préserver leur santé et leur moral.

Les préoccupations financières au cœur des inquiétudes

L’un des principaux sujets d’anxiété pour les retraités concerne leur stabilité financière. Mauricette, âgée de 79 ans et vivant en Meurthe-et-Moselle, en a fait la douloureuse expérience. Elle confie avoir été initialement heureuse de prendre sa retraite, mais sa joie a rapidement laissé place à la déception lorsqu’elle a réceptionné sa première pension de retraite. Avec des revenus plus modestes, elle se trouve désormais dans l’impossibilité de fréquenter régulièrement le cinéma ou de sortir en restaurant. Elle craint surtout pour l’avenir si son mari venait à décéder avant elle, redoutant alors de ne pas pouvoir couvrir les frais d’un futur établissement pour personnes âgées dépendantes. Les témoignages illustrent à quel point la retraite ne se limite pas à une simple étape de vie ; il s’agit aussi de conserver un niveau de vie confortable, de rester en lien avec ses proches et de continuer à être actif pour profiter pleinement de ses années dorées. La diversité des expériences montre que la retraite est une étape profondément personnelle, qui peut se transformer selon les enjeux financiers, sociaux et de santé de chacun.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.