La cigarette électronique est-elle réellement efficace pour arrêter de fumer ?

Sophie Lambert

La revue Cochrane confirme l’efficacité de la cigarette électronique pour arrêter de fumer

La société Cochrane, une organisation internationale réputée pour ses analyses indépendantes de la littérature scientifique, se consacre à l’évaluation de divers sujets liés à la santé. Parmi ses nombreuses publications, elle réalise des revues systématiques afin de synthétiser la preuve scientifique existante sur des questions médicales. Le 10 septembre dernier, l’institution a publié une mise à jour, prévue pour 2026, de son rapport antérieur concernant le rôle de la cigarette électronique dans le processus de sevrage tabagique, fournissant ainsi des données actualisées et substantielles sur le sujet.

Une conclusion affirmant la supériorité de la vapoteuse sur les substituts nicotiniques

Selon l’analyse de la revue, l’usage de la cigarette électronique contenant de la nicotine augmente considérablement les probabilités de réussite dans l’arrêt du tabac, et cela avec un degré de certitude élevé. Neuf essais cliniques additionnels viennent renforcer les résultats issus de cette étude, pour la première fois publiés en 2014. Ces nouvelles données confortent la position selon laquelle la vape aurait un avantage notable dans le processus de sevrage tabagique.

Les spécialistes estiment ainsi que, en moyenne, la cigarette électronique est plus efficace que les autres méthodes de substitution nicotinique en aidant les fumeurs à arrêter. Les statistiques indiquent notamment une augmentation de 61 % du nombre de personnes ayant maintenu leur abstinence de tabac pendant au moins six mois grâce à cette technique.

Ces résultats reposent sur un corpus de 80 essais cliniques contrôlés, considérés comme les études les plus fiables dans le domaine scientifique. Au total, ce sont près de 29 861 participants qui ont été inclus dans cette analyse. Selon Nicola Lindson et Jonathan Livingstone-Banks, tous deux chercheurs à l’université d’Oxford, la robustesse des résultats varie toutefois en fonction de la qualité des études. Parmi celles-ci, 12 présentaient un faible risque de biais tandis que 41 étaient jugées présentant un risque élevé. Concernant les effets secondaires graves, leur apparition semble comparable entre les deux groupes étudiés, attestant d’un niveau de preuve modéré à ce sujet.

La vape, un outil efficace mais à double tranchant pour la santé et la dépendance

Malgré ces conclusions positives, il ne faut pas oublier que la cigarette électronique ne sans risque. Ses effets nocifs sur la santé restent possibles, même s’ils seraient largement inférieurs à ceux liés au maintien du tabagisme. Les chercheurs insistent sur le fait que la vapoteuse, tout en étant une alternative potentiellement plus sûre, ne doit pas être perçue comme dénuée de danger.

En outre, le professeur Ivan Berlin souligne que l’addiction à la cigarette électronique nicotinée peut être particulièrement forte. La dose de nicotine présente dans certains dispositifs peut notamment rendre le processus de sevrage difficile, voire complexe. Ce phénomène, qui commence à gagner en visibilité, suscite des préoccupations chez les professionnels de santé, qui constatent une augmentation du nombre de patients cherchant à se libérer de leur dépendance à la vapoteuse.

Le spécialiste rappelle également qu’en 2024, des études avaient déjà suggéré que si les e-cigarettes pouvaient surpasser les substituts classiques pour arrêter de fumer, elles risquaient aussi de favoriser une dépendance accrue à la nicotine. Une méta-analyse vient d’appuyer cette réalité : selon elle, les personnes utilisant la vapoteuse ont environ deux fois moins de chances d’atteindre une abstinence totale de nicotine par comparaison à celles utilisant des patchs ou autres formes de substitution. Ce constat met en évidence un paradoxe qu’il est important de prendre en compte dans la recommandation des stratégies de sevrage.

Les auteurs de la revue Cochrane insistent sur le fait que la cigarette électronique contenant de la nicotine ne constitue pas une solution universelle pour tous les fumeurs. Il est conseillé d’accompagner toute démarche de sevrage par un professionnel de santé ou par des dispositifs spécialisés, afin de déterminer la meilleure méthode adaptée à chaque individu. La personnalisation de l’approche reste essentielle pour assurer un succès durable dans l’arrêt du tabac.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.