Strasbourg : pourquoi Ursula von der Leyen est attendue au tournant lors du discours sur l’état de l’Union

Sophie Lambert

Une multitude de thématiques incontournables se dressent devant Ursula von der Leyen alors qu’elle s’apprête à prendre la parole mercredi matin pour tenter de convaincre les 720 membres du Parlement européen. Parmi celles-ci figurent notamment la question de la compétitivité, les enjeux liés à la migration, la perspective d’étendre la coopération au sein de l’Union européenne, et d’autres sujets brûlants tels que la défense commune, le conflit en Ukraine, le fragile détroit d’Ormuz, ou encore les négociations concernant le prochain budget de 2028 à 2034. La crise climatique, la montée des ingérences venues de Russie et de Chine, la situation à Gaza, ou la figure de Donald Trump prennent également une place importante dans cette multitude de sujets à aborder. Ce discours, que certains qualifient d’exercice de style en constante évolution, doit répondre à des attentes élevées. Olivier Costa, politologue spécialisé dans l’Union européenne et chercheur au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), souligne que la difficulté grandissante réside dans la nécessité de satisfaire toutes les sensibilités tout en évitant de fâcher certains groupes. La tâche n’est pas simplement de faire un exposé neutre ; elle consiste à embarquer la majorité sur chaque sujet, avec la pression supplémentaire que le Parlement de Strasbourg, à l’image des parlements nationaux, se trouve aujourd’hui de plus en plus polarisé, notamment avec le renforcement de l’extrême droite suite aux résultats des élections de 2024.

Le choix entre deux grandes formes d’alliance politique se pose clairement. D’un côté, une majorité centrée sur une coalition regroupant conservateurs, centristes, socialistes et régulièrement les Verts, explique l’eurodéputée française Fabienne Keller. De l’autre, une alternative basée sur le Parti populaire européen (PPE) associée à l’extrême droite, dont l’influence ne cesse d’augmenter, notamment en ce qui concerne les questions migratoires ou environnementales.

Bien que critique l’an passé pour son manque de vision à long terme, Ursula von der Leyen a néanmoins réussi à faire progresser certains axes importants en matière de sécurité, de défense et de stratégie commune pour l’Union. Selon Olivier Costa, la priorité donnée à la sécurité et à la défense répond à une demande croissante des citoyens, un phénomène qui favorise l’unité européenne. Cependant, dans le jeu politique du Parlement, qui détient le pouvoir de contrôle sur l’exécutif, chaque groupe attend de ses dirigeants qu’ils rassurent leurs électeurs en fonction de leurs préoccupations spécifiques. Après l’incident de Ceuta cet été, c’est l’immigration qui alimente la crainte de l’extrême droite, la compétitivité reste une priorité pour les libéraux, tandis que l’environnement et la solidarité face aux crises climatiques mobilisent principalement les Verts.

Une présidente déterminée à faire avancer l’Union

Le fait de tourner le dos à la relation privilégiée avec les États-Unis n’est pas une démarche simple pour Ursula von der Leyen, élevée dans un environnement chrétien-démocrate fortement atlantiste. La visite cette semaine du Premier ministre canadien Mark Carney au Parlement européen envoie un message clair dans ce contexte complexe. Son engagement dans un bras de fer avec la puissante administration américaine illustre sa volonté de forger de nouvelles alliances face aux défis extérieurs. La présidente de la Commission européenne s’affirme comme une figure proactive, prête à agir sur tous les fronts pour défendre les intérêts européens, même si cela ne garantit pas encore une adhésion unanime de ses partenaires au sein de l’Union.

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Le déplacement effectué par Ursula von der Leyen au Groenland, très convoité par Donald Trump quelques jours avant son discours, constitue également un signal fort. La présidente de la Commission ne se contente pas de rester passivement en retrait, mais montre une volonté de prendre tous les fronts possibles. Cependant, la véritable question demeure : parviendra-t-elle à fédérer ses collaborateurs et à faire consensus ? La réponse à cette interrogation n’est pas encore assurée.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.