Une thérapie laser innovante pour traiter les tumeurs inaccessibles du cancer du pancréas

Sophie Lambert

Le défi du traitement du cancer du pancréas : une localisation complexe

Le carcinome du pancréas reste l’un des types de cancers les plus difficiles à soigner, principalement en raison de sa position anatomique spécifique. En effet, dans environ deux tiers des cas, il ne sera pas possible d’envisager une opération chirurgicale. La raison principale réside dans le fait que la tumeur se développe souvent en entourant les vaisseaux sanguins majeurs situés dans l’abdomen, notamment les artères essentielles qui irriguent cette zone. Cette proximité ou cette infiltration des artères limite fortement les possibilités d’intervention, car procéder chirurgicalement comporterait des risques importants, voire impossibles à maîtriser. La difficulté réside donc autant dans la localisation que dans l’agressivité du cancer lui-même, rendant l’approche thérapeutique particulièrement complexe dans la majorité des cas.

Une recherche innovante : la lumière pour détruire la tumeur du pancréas

C’est à cette population de patients, dont la tumeur ne peut être retirée par chirurgie conventionnelle, que s’intéresse une équipe de chercheurs affiliés à l’Université de Californie à Irvine. À l’hôpital affilié, UCI Health, ces chercheurs mènent actuellement un essai clinique de phase préliminaire, visant à tester une nouvelle technique innovante : l’utilisation de la lumière pour éliminer les tumeurs du pancréas. L’objectif est d’évaluer si cette approche pourrait constituer une alternative ou un complément aux traitements existants, en particulier pour ceux qui ne peuvent bénéficier d’une opération en raison de la localisation ou de l’extension de leur cancer.

Une méthode appelée thérapie photodynamique vasculaire ciblée

Le procédé expérimental mis en avant, dénommé thérapie photodynamique vasculaire ciblée, repose sur l’utilisation d’un médicament sensible à la lumière, baptisé le padéliporfine. Le principe consiste à exploiter une réaction biochimique déclenchée par une source lumineuse spécifique pour détruire la tumeur. Concrètement, après avoir administré ce médicament au patient, les chercheurs insèrent un petit ballonnet dans le vaisseau sanguin qui circule autour de la tumeur. Dans ce ballon, se trouve un dispositif laser. Lorsqu’on active le laser, il stimule la substance photosensible présente dans le sang, déclenchant une réaction chimique qui va fragmenter le réseau vasculaire alimentant la cancer. En se coupant de leurs sources nutritives, les petits vaisseaux et, inévitablement, la tumeur, sont détruits. Après cette étape, un délai d’environ deux semaines est prévu avant l’intervention chirurgicale pour retirer toute résidu de tissu cancéreux, ce qui permet de réduire au maximum la masse tumorale et de favoriser la réussite de la chirurgie ultérieure.

Une finalité complémentaire à la chirurgie

Il ne s’agit pas ici d’un traitement destiné à remplacer la chirurgie, mais plutôt de la préparer à un meilleur résultat. Selon le Dr Nadine Abi-Jaoudeh, radiologue à UCI Health, cette méthode vise essentiellement à « nettoyer » le terrain en détruisant les tumeurs associées aux principales artères de l’abdomen, ce qui pourrait ouvrir la voie à une intervention chirurgicale risquée ou impossible autrement. L’idée centrale est de réduire la taille ou l’extension de la tumeur pour faciliter l’opération, ou pour rendre une opération envisageable lorsque cela semblait impossible avant. En résumé, la stratégie consiste à « dégager le passage » pour que la chirurgie, si elle est réalisable, ait de meilleures chances de succès et puisse potentiellement sauver la vie du patient dans certains cas.

Une phase initiale prometteuse mais limitée

À ce jour, ce traitement expérimental n’a été expérimenté que sur un nombre réduit de patients lors de cette phase préliminaire. Au total, six personnes ont été traitées dans le cadre de cette étude. Sur ces six, quatre ont poursuivi avec une intervention chirurgicale pour retirer les tissus tuméraux résiduels. Chez trois de ces patients, les prélèvements post-chirurgie ne signalaient aucune présence de cellules cancéreuses aux marges du tissu excisé, ce qui indique un succès considérable de la méthode. Ce résultat est particulièrement significatif, car il suggère que ce traitement pourrait améliorer considérablement l’efficacité des opérations pour des cancers qui, auparavant, étaient jugés inopérables ou à haut risque. Cette avancée ouvre la voie à des études plus vastes, visant à confirmer ces résultats et à définir précisément le rôle de cette nouvelle approche dans la prise en charge du cancer du pancréas.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.