Le contexte initial de l’industrie automobile en Chine dans les années 1990
Au mois de janvier 1997, le secteur automobile en Chine reste encore à ses balbutiements, caractérisé principalement par la présence de sociétés occidentales qui installent leurs unités de montage dans le pays. La majorité de ces constructeurs étrangers se contentent d’assembler des véhicules importés ou fabriqués localement à partir de pièces importées, sans véritablement produire en Chine de modèles propriétaires. L’industrie automobile chinoise dans cette période est donc peu développée, presque embryonnaire, et l’économie locale ne sert que de terrain d’assemblage pour des marques occidentales souhaitant pénétrer rapidement le marché chinois.
La naissance d’une nouvelle entreprise automobile dans la province de l’Anhui
C’est dans ce contexte que, en Anhui, un groupe de cinq fonctionnaires chinois dépose officiellement en 1997 les statuts d’une société nouvelle, ayant pour but la fabrication de voitures. La société portait alors le nom d’Anhui Auto Parts Co. Ltd. L’objectif affiché de cette initiative était de créer un constructeur automobile national capable de prendre en charge, à terme, la conception et la production de véhicules sur le sol chinois, dans une volonté d’indépendance vis-à-vis des importations et des entreprises étrangères dominantes dans le pays.
Chery : un nom qui émerge rapidement dans le paysage automobile
Rapidement baptisée sous son nom commercial de Chery, cette nouvelle entité voit la contribution d’un acteur clé qui participera activement à son développement. En effet, dès 1996, un ingénieur nommé Yin Tongyue rejoint le projet, occupant le poste de directeur technique. Son expérience préalable chez Volkswagen en Chine lui confère une expertise précieuse. À partir de cette période, l’esprit de la marque prend forme, et elle commence à s’imposer comme un acteur sérieux dans le secteur automobile chinois. En 2000, Yin Tongyue assure la direction générale de l’ensemble du groupe Chery, qui amorce alors une croissance rapide. La première étape concrète pour la jeune société fut la production de moteurs dès 1999, étape incontournable pour acquérir un savoir-faire industriel dans l’industrie automobile.
Les débuts fulgurants de la production automobile en Chine
Moins de deux ans après ses débuts, en 1999, Chery parvient à lancer la fabrication de sa première automobile. Ce lancement particulièrement rapide contraste fortement avec la norme de l’époque, où il fallait habituellement entre quatre et cinq années pour concevoir et industrialiser un nouveau modèle à partir de zéro. La société ne part pas de rien : elle rachète en effet une plateforme existante, ainsi que l’outillage correspondant, afin d’accélérer sa mise en route. La première voiture fabriquée par Chery n’est autre qu’un modèle de la marque allemande SEAT, une Toledo de première génération. La voiture est rebaptisée Chery Fulwin, une version localisée et modifiée de la Toledo, ce qui permet à la société de réduire significativement le temps de développement et de réduire ses coûts.
Une première production limitée, mais significative
En décembre 1999, la production de la toute première voiture chinoise, signée Chery, sort des chaînes de Wuhu. Toutefois, malgré cette étape fondamentale, la société ne dispose pas encore de toutes les autorisations administratives nécessaires à la vente et à la fabrication de véhicules en tant qu’entreprise commerciale. En effet, bien que d’État, Chery doit attendre deux longues années de négociations et de démarches administratives pour obtenir les droits légaux de vendre ses voitures. Les débuts de la marque sont marqués par un certain flou juridique, avec plusieurs démarches en justice pour faire valider leur légitimité à produire et commercialiser des véhicules.
Une formalisation officielle et une expansion progressive
Ce n’est qu’en 2001 que Chery parvient à conclure un accord avec la société d’État SAIC, une grande entreprise automobile chinoise. En adoptant provisoirement le nom de SAIC Chery Automobile Co., Ltd., la marque peut alors vendre ses voitures partout en Chine. Cette extension de ses droits lui permet de se faire une place sur le marché intérieur. Trois ans plus tard, le groupe confie à nouveau son identité à l’appellation officielle Chery Automobile, dans un effort pour affirmer son autonomie et poursuivre sa croissance, tout en consolidant sa réputation d’indépendance naissante dans un secteur jusque-là dominé par des entreprises étrangères.
Le premier véhicule comme symbole de l’ambition locale
Une photo emblématique de cette étape montre le tout premier exemplaire de Chery, exposé dans le siège du groupe à Wuhu. Il s’agit d’un moment clé pour la société, qui témoigne de la concrétisation concrète de ses ambitions industrielles en Chine. Ce succès naissant traduit l’objectif de faire de Chery une véritable marque nationale, capable de concurrencer les grands noms étrangers sur le marché intérieur chinois.
Les enjeux de l’utilisation de plateformes étrangères
Une stratégie basée sur des accords légaux et des compromis
Le lancement de la première voiture n’a pas été sans difficultés. En effet, pour entrer dans la production, Chery a acheté tout simplement une plateforme existante à Volkswagen, ainsi que l’outillage nécessaire, afin d’assembler la Toledo, devenue la Fulwin. La société n’a pas signé d’accord direct avec Volkswagen, mais a basé son projet sur des achats de licences et de matériel technique, donnant à la voiture la légitimité d’un modèle dérivé d’un véhicule européen. Plusieurs sources évoquent un “accord légal” permettant cette opération, notamment parce que Chery a payé pour le matériel, et que la voiture est donc considérée comme une production indépendante, même si elle s’appuie sur une plateforme conçue par Volkswagen.
Une plateforme Volkswagen sans permission officielle
Les choses se compliquent toutefois lorsque l’on constate que la plateforme utilisée pour la Fulwin repose sur la base A2 de Volkswagen, qui sert aussi à produire la célèbre Jetta II en Chine, sous licence par FAW-VW. Cependant, Chery a acquis cette architecture via des plans et des outillages de façon indirecte, sans contrat formel signé directement avec Volkswagen. La société a donc utilisé la plateforme d’un constructeur étranger sans accord officiel, ce qui pose rapidement problème à Volkswagen, qui ne voit pas d’un bon œil cette utilisation non autorisée de ses technologies.
Une négociation pour un accord à l’amiable
Face à cette situation, certains disent que la filiale espagnole de Volkswagen, SEAT, aurait autorisé Chery à commercialiser la copie de la Toledo, sans realmente réglé la question des droits de plateforme ou des pièces détachées. Finalement, un compromis est trouvé entre les deux entreprises. Volkswagen, voulant préserver une bonne relation en Chine, accepte de négocier afin d’éviter tout conflit majeur. Pour leur part, Chery, qui débute dans un secteur très concurrentiel, préfère régler à l’amiable et propose un accord financier plutôt qu’un litige judiciaire de longue haleine. Cette solution amiable marque le début d’une relation moins conflictuelle entre les deux constructeurs.
La croissance de Chery, un véritable géant mondial
Au fil des années, Chery ne cesse de s’étendre. La société dépasse la simple production de véhicules pour devenir un acteur majeur de l’industrie automobile chinoise et mondiale. Entre 1997 et 2026, Chery aurait fabriqué plus de 18 millions de véhicules, tout en exportant plus de 5,8 millions dans différents pays. Aujourd’hui, la marque s’est implantée en France, avec des modèles entièrement conçus et fabriqués par ses soins, tels que les Tiggo 4, 7 et 8, qui se veulent 100 % domestiques. Ce développement spectaculaire est le résultat d’une stratégie ambitieuse et d’une volonté persistante de devenir un leader mondial dans le domaine automobile.»
La symbolique d’une réussite devenue réalité
Le tout premier exemplaire de la Chery Fulwin est aujourd’hui exposé dans le hall du siège social du groupe à Wuhu. Ce modèle, qui symbolise l’origine de la marque, témoigne de l’évolution d’un rêve en une réalité industrielle. Chery n’a plus besoin de Volkswagen, dont elle s’est affranchie depuis longtemps. La société s’est transformée en un véritable géant mondial, représentant la détermination de la Chine à se hisser parmi les grandes puissances automobiles del’univers mondial.






