Pourquoi certains ados se frappent le visage volontairement avec un marteau ?

Sophie Lambert

Les pratiques de remodelage facial par violence : une tendance préoccupante

Le phénomène connu sous le nom de « bone smashing » consiste à s’automutiler en se frappant le visage afin de sculpter ses traits pour obtenir une apparence plus musclée ou masculine. Cette pratique est intimement liée à une obsession croissante pour l’amélioration de l’apparence physique, souvent relayée par la tendance du looksmaxxing. Popularisée sur TikTok au début des années 2020, cette démarche vise à augmenter l’attractivité masculine en adoptant des méthodes parfois extrêmes, dans un contexte où certains jeunes hommes sont encouragés à ressembler à des modèles virils et dominants. Toutefois, cette obsession peut souvent pousser à des comportements dangereux, comme celui du « bone smashing », qui peut sembler à première vue comme une solution simple ou accessible pour remodeler son visage, mais qui cache des risques graves pour la santé.

Les dangers du « bone smashing » pour la santé bucco-dentaire et faciale

Le « bone smashing » consiste à s’automutiler en frappant quotidiennement la mâchoire ou les pommettes à l’aide des poings ou d’objets tranchants, tels qu’un marteau. L’objectif affiché est de modifier la silhouette du visage pour lui conférer un aspect plus viril. Cependant, cette pratique a été récemment dénoncée par la Fédération française d’orthodontie (FFO), qui, dans un communiqué daté du 29 mai, a souligné qu’elle se présente comme une méthode d’embellissement « naturelle et facile », alors qu’elle présente en réalité de graves dangers. La FFO insiste sur le fait que cette pratique comporte des risques importants pour la santé bucco-dentaire et facial, avec potentiellement des conséquences irréversibles.

Quels sont les risques encourus par ces jeunes pratiquants ?

  • Fractures et traumatismes osseux : La répétition de coups portés à la mâchoire ou aux pommettes peut entraîner des fractures de l’os, des fissures ou de microtraumatismes. La crainte principale est que, contrairement aux idées reçues selon lesquelles ces microfractures renforceraient l’os, elles pourraient au contraire provoquer un recul ou une asymétrie des structures osseuses, avec des effets durables et difficiles à corriger. La FFO souligne qu’il existe un vrai danger que ces microfractures ne se soudent pas de manière homogène, aggravant ainsi les déformations faciales.

Les complications dentaires et articulaires liées à cette pratique

  • Déplacements dentaires et troubles de l’occlusion : La répétition de coups peut provoquer le déplacement ou la déformation des dents, altérant l’alignement de la mâchoire. Ces changements peuvent engendrer des problèmes d’occlusion dentaire, qui perturbent non seulement la mastication, mais aussi la respiration ou l’élocution. Ces déformations peuvent devenir difficiles à corriger et peuvent nécessiter des interventions orthodontiques complexes.
  • Douleurs et troubles articulaires : La violence exercée régulièrement sur la zone faciale peut provoquer des douleurs articulaires, à la mâchoire ou au niveau des muscles adjacents. Des craquements, des blocages ou une tension excessives peuvent apparaître, réduisant la mobilité de la mâchoire et provoquant une gêne lors de l’ouverture ou la fermeture de la bouche.

Les conséquences nerveuses et fonctionnelles

  • Dommages nerveux et troubles sensoriels : Les impacts répétés peuvent également atteindre les nerfs faciaux, ce qui peut entraîner une perte de sensibilité, des douleurs ou une altération du ressenti dans une partie du visage. La problématique nerveuse constitue un autre volet sérieux de ce type de pratique auto-destructrice.

La Fédération française d’orthodontie insiste sur le fait que ces comportements sont dépourvus de tout fondement scientifique. Le docteur David Couchat, spécialiste en orthodontie et président de la commission de communication de la FFO, rappelle qu’il ne s’agit pas de stigmatiser ceux qui sont influencés par ces tendances, mais de mettre en garde quant aux risques pour la santé bucco-dentaire, articulaire et faciale liés à ces pratiques dangereuses.

Les enjeux pour la santé mentale des jeunes

Le 22 mai 2026, une étude publiée sur le site The Conversation mettait en évidence la gravité des risques pour la santé mentale liés à ces comportements. Jordyn Tovey, une travailleuse sociale spécialisée en psychiatrie au Michigan, souligne que chez les jeunes, les comportements liés au looksmaxxing peuvent ressembler à ceux des troubles du comportement alimentaire ou de la dysmorphie corporelle, aussi appelée trouble dysmorphique. Ces troubles touchent particulièrement ceux en phase de construction identitaire, confrontés à des pressions sociales intenses sur leur apparence, amplifiées par les réseaux sociaux. La fixation excessive sur les défauts physiques perçus pousse certains jeunes à faire de leur image le centre de leur vie, ce qui peut détériorer leur estime de soi et leur santé mentale. La pratique du « bone smashing », en particulier, encourage cette obsession en privilégiant l’apparence physique à tout autre aspect de leur identité.

Les risques à long terme et l’importance d’une intervention précoce

Jordyn Tovey insiste sur le fait que ces comportements, tels que la pratique du bone smashing, la pratique d’entraînement intensif ou la coupe-faim excessive, méritent une attention particulière. Lorsqu’ils ne sont pas traités à temps, ils peuvent conduire à des troubles durables, aussi bien physiques que psychologiques. La dysmorphie corporelle et les troubles du comportement alimentaire, s’ils perdurent, peuvent entraîner des conséquences irréversibles : maladies cardiaques, altérations de la peau, troubles digestifs, dépression ou même pensées suicidaires. La détection précoce de ces comportements est essentielle pour éviter qu’ils ne deviennent chroniques et pour mettre en place des stratégies d’intervention adaptées. La sensibilisation, le soutien psychologique et la prise en charge médicale immédiate sont indispensables pour protéger la santé de ces jeunes vulnérables.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.