L’éditorial : tout ça pour ça…

Sophie Lambert

Il semble que nous assistons, du moins dans la mesure où il est possible de faire confiance à Donald Trump, à la fin d’une crise entre alliés qui n’aurait jamais dû se produire. En proclamant hier, avec l’exagération caractéristique de son style, qu’un accord avait été conclu avec le Danemark et le Groenland, le président américain a marqué la clôture d’une période de tensions inhabituelle et intense avec les Européens. Ces derniers avaient quelque peu paniqué lorsqu’il avait évoqué la possibilité d’annexer, même par la force si nécessaire, la vaste région de l’Arctique.

Bien que les détails précis de ce qui sera confirmé par la suite restent encore à dévoiler, Donald Trump a laissé entendre que les États-Unis maintiendraient une présence constante et renforcée au Groenland. La sécurité de ce territoire stratégique sera leur priorité, veillant à ce que concurrents des États-Unis comme la Chine ou la Russie ne puissent ni investir ni s’y établir. Par ailleurs, Washington compte intensifier ses activités militaires dans cette région pour asseoir son contrôle.

Tout cela pour finir avec ce que l’on pourrait appeler une conclusion décevante ? Après des mois de querelles, de menaces, de tensions accrues et de divisions profondes, qui ont gravement fragilisé nos liens d’alliance en ce moment crucial de l’histoire mondiale, on constate que la situation revient à peu près à l’état initial. Ce scénario, que l’on pourrait résumer ainsi, semble réjouir les adversaires des États-Unis, de l’OTAN comme de l’Union européenne. C’est la méthode que Donald Trump semble privilégier : provoquer un incendie, le laisser ravager une partie des fondations, puis apparaître comme le héros venu sauver la situation.

Il faut rappeler que les États-Unis avaient déjà signé, il y a 75 ans, un accord de défense avec le Danemark, et en 2004, un autre avec les autorités groenlandaises. Ces accords leur conféraient la possibilité d’accroître leur présence militaire sur l’île selon leurs besoins, simplement en formulant une demande. Cependant, Trump préfère désormais exiger, adopter une posture de force, jouer les matamores, et échouer souvent dans ses démarches, que ce soit en Iran, à Gaza où son Conseil de la paix formé sous pression a été un échec, ou dans d’autres régions. Sa stratégie semble systématiquement dirigée vers une approche agressive, qui souvent se solde par des échecs ou des résultats faibles, à l’exception peut-être du Venezuela, où ses ambitions néocoloniales pour exploiter le pétrole continuent à se déployer.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.