Aurélien raconte sa réaction face aux corps « sculptés » sur TikTok

Sophie Lambert

La reconnaissance d’un contrôle social ancestral sur le corps féminin

Dans son ouvrage publié en 2021, intitulé Un corps à soi, la philosophe Camille Froidevaux-Metterie met en lumière une réalité implacable : depuis l’époque antique jusqu’aux systèmes modernes démocratiques, les femmes ont principalement été perçues à travers le prisme de leur corps, souvent réduit à ses fonctions sexuelles et maternales. Elle souligne que cette vision a toujours été marquée par une influence sociale continue, un contrôle permanent exercé sur le corps féminin. Depuis des générations, il existe une pression constante pour que les femmes respectent certaines normes et injonctions esthétiques, qui leur sont imposées pour répondre aux attentes sociales. Ces injonctions ne sont pas laissées au hasard : elles visent à modeler le corps des femmes pour qu’il corresponde à une identité sociale particulière, souvent dictée par les hommes, et à maintenir une conformité qui soutient des rôles stéréotypés dans la société. Ainsi, la norme esthétique et comportementale impose aux femmes de se conformer à des standards précis, tout en incorporant ces modèles dans leur corps de manière souvent inconsciente, renforçant la domination sociale et culturelle qu’elles subissent depuis des siècles.

Une nouvelle conscience : la quête de l’image parfaite et ses conséquences

De nos jours, parmi ceux qui sont soumis à cette pression sociale exercée sur leur apparence, on observe une tendance croissante à reconnaître cette influence comme une forme de victimisation. Nombreux sont ceux qui pointent du doigt la responsabilité des réseaux sociaux dans l’entretien d’un mal-être lié à l’image corporelle. Parmi eux, Aurélien, un technicien respiratoire de 42 ans résidant à Roye dans la Somme, raconte comment la constante exposition aux corps sculptés et athlétiques sur des plateformes comme TikTok, Instagram ou Facebook peut inciter à la comparaison. Lorsqu’il défile sur ces réseaux, il voit défiler des images idéalisées qui alimentent une insatisfaction croissante. Ce phénomène contribue à une forme de mal-être collectif, où le corps devient un enjeu de possession et de perfectionnement, alimenté par une nécessité de conformité aux standards véhiculés par ces médias.

Le regard changé sur son propre corps : une prise de conscience personnelle

En hiver 2025, l’état physique d’Aurélien reflète cette tension : il pèse 85 kg pour 1,70 m, un chiffre qui le rend mal à l’aise. Il confie qu’il a toujours apprécié la bonne nourriture, mais qu’avec le passage des années, son métabolisme ralentit et il a pris du poids. Outre cette évolution naturelle, il dénonce également la présence omniprésente de produits de malbouffe et d’aliments excessivement transformés dans notre société. Selon lui, il est déconcertant de constater que des enseignes telles que KFC, McDonald’s ou Burger King proposent des menus souvent plus abordables que des aliments sains et équilibrés, ce qui complique la démarche de changement. Cette observation l’a poussé à une réflexion profonde sur les investissements financiers et culturels nécessaires pour respecter une alimentation équilibrée.

Transformer la pression esthétique en moteur de changement

Face à ces injonctions à la perfection physique, Aurélien a décidé de prendre le contre-pied en utilisant ces pressions comme une force positive. Il s’appuie sur l’exemple, à ses yeux crédible, d’influenceurs tels que Sissy Mua, Tibo InShape ou Anthony West, qu’il considère comme des personnes qui ont pour objectif d’aider leurs abonnés à sortir de leur mal-être et à retrouver confiance en eux. Motivé par cette démarche, il a pris contact avec une connaissance, coach sportif et nutritionniste basée dans la région de Caen en Normandie, pour se faire accompagner dans sa transformation. La collaboration a été fructueuse : il a appris à manger de manière saine et adaptée à sa morphologie, abandonnant la malbouffe et les boissons sucrées. Son nouveau régime alimentaire est élaboré de façon intelligente, privilégiant les protéines animales comme le poulet, les œufs, ainsi que fruits, légumes et fromage blanc en collation, tout cela associé à une activité physique régulière. Aujourd’hui, Aurélien court trois fois par semaine et pratique également des exercices de musculation. En 5 mois, il a perdu environ 20 kilos, passant de 85 à 63 kg, réalisant ainsi une incroyable métamorphose physique, fruit d’un engagement personnel.

Les risques liés à la quête de la perfection corporelle

Cependant, cette nouvelle approche ne doit pas faire oublier les dangers potentiels liés à la recherche excessive du corps parfait. Entre la consommation abusive de fast-foods et la sédentarité croissante, il existe une culture qui pousse certains à tenter des méthodes extrêmes pour atteindre leurs objectifs, comme la prise de stéroïdes anabolisants. Aurélien tire pourtant la sonnette d’alarme sur ces comportements : ils comportent de nombreux effets secondaires, tant sur le plan psychologique qu’hormonal, et peuvent irriter ou endommager gravement le système musculosquelettique. Il insiste sur le fait que tout se joue avant tout par l’alimentation, en niant les solutions rapides ou artificielles. Son message est clair : la clé pour un changement durable réside dans l’équilibre, la régularité et surtout la conscience de ce que l’on consomme, que ce soit en termes de nourriture ou de mode de vie.

Une vigilance essentielle pour préserver la santé à long terme

Au-delà de son vécu personnel, Aurélien appelle à une vigilance accrue chez ceux qui poursuivent le rêve du corps idéal. Il souhaite aussi approcher dès le plus jeune âge une sensibilisation à une alimentation saine, pour lutter contre les effets néfastes des excès alimentaires et des comportements malsains. Selon lui, il faut que nos gouvernements mettent en place des programmes éducatifs afin d’informer et de prévenir les dangers liés à une mauvaise alimentation ou à l’utilisation de produits dopants, notamment chez les adolescents. La nécessité d’une politique publique proactive en matière de santé et de prévention est pour lui une étape cruciale pour éviter que ces problématiques ne s’aggravent dans les années à venir. La lutte contre les dérives comme la consommation de stéroïdes ou l’adoption de tendances excessives sur TikTok doit impérativement commencer par l’éducation, pour donner à chacun les clés d’un mode de vie équilibré et respectueux de sa santé.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.