À Mulhouse, l’histoire de la ville racontée par ses syndicalistes catholiques aux Journées du patrimoine

Sophie Lambert

Une immersion dans l’histoire ouvrière de Mulhouse lors des journées du patrimoine

À l’occasion des journées consacrées à la découverte du patrimoine, l’association Mémoire mulhousienne propose une initiative différente de ses habituels parcours thématiques. En effet, cette année, elle met en avant l’histoire des syndicalistes de Mulhouse à travers une visite guidée animée par le nouveau président de l’association, René Tessier. Ce choix ne semble pas aléatoire, tant la richesse de la ville en figures engagées, militantes et parfois même politiques, mérite d’être mise en lumière. Mulhouse, surnommée la Petite Manchester française, avec ses nombreuses usines, ses cheminées emblématiques et ses quartiers industriels chargés d’histoire, a vu naître des syndicalistes issus de divers horizons. La ville, dont le passé industriel est si marqué, a toujours été un terreau fertile pour l’engagement ouvrier, qu’ils soient catholiques, militants ou même parfois élus locaux, contribuant à façonner la mémoire collective locale.

Une période d’essor industriel et démographique bouleversante

Les premiers signes de l’industrialisation à Mulhouse apparaissent dès 1746, avec l’émergence des premières manufactures. Dans un premier temps, la recherche active d’ouvriers qualifiés étrangers, notamment des artisans suisses et allemands, s’accompagne de la formation locale d’ouvriers issus des campagnes environnantes, telles que celles du Sundgau et des vallées vosgiennes. La croissance démographique est alors exponentielle : en seulement 50 ans, la population de Mulhouse est multipliée par cinq, puis par dix en un siècle. Cette explosion démographique s’accompagne d’un développement urbain intense, comprenant la démolition des murailles pour faire place à de nouveaux quartiers résidentiels. La ville, avec ses nombreux cours d’eau et ses canaux, devient vite un lieu où humidité, insalubrité et maladies prolifèrent, contribuant à une condition de vie difficile pour ses habitants. Cette réalité sombre est documentée dans l’enquête menée par Villermé en 1840, qui met en évidence la nécessité de réformes sociales, notamment la limitation du travail des enfants, marquant ainsi la naissance de la première loi sociale en France.

Les premières revendications sociales et la transformation urbaine

Face à cette croissance anarchique, les autorités municipales prennent la décision de raser les anciennes murailles afin de construire de nouveaux logements pour répondre à la demande croissante. Pendant ce temps, la classe industrielle, composée principalement de protestants, de francs-maçons et de patrons philanthropes, commence à adopter une attitude paternaliste envers ses ouvriers. Cependant, ces derniers, souvent catholiques, commencent à s’organiser pour défendre leurs droits. Dès 1847, un premier mouvement collectif voit le jour à Mulhouse, en lien avec la pénurie alimentaire causée par de mauvaises récoltes. Les ouvriers sollicitent la création de caisses de secours mutuel, puis l’édification de logements ouvriers. L’époque voit également émerger des revendications concernant les conditions de travail : le dur labeur, les horaires excessifs, le travail des femmes, ou encore le travail de nuit font l’objet de contestations. Ces luttes témoignent d’un début d’organisation collective et de la volonté de changer la situation des travailleurs.

Les figures syndicalistes et leur rôle dans la Ville

Plusieurs syndicalistes marquent durablement l’histoire locale, aussi bien dans le domaine politique qu’ouvrier. Parmi eux, Auguste Wicky, ouvrier tailleur né à Bourbach, s’est illustré en tant que militant syndicaliste, homme politique socialiste, résistant, et maire de Mulhouse de 1925 à 1940, puis à la Libération. D’autres figures notables comprennent Joseph Gsell, syndicaliste actif dans la métallurgie, ou encore Jean Frédéric Wagner, impliqué dans la typographie, qui ont tous deux œuvré pour venir en aide aux travailleurs. La lutte prenait aussi la forme d’actions dans le secteur minier, notamment dans les mines de potasse, où des accidents de travail ont suscité des revendications sur la sécurité et l’amélioration des conditions. Parmi les résistants syndicalistes, Marcel Stoessel se distingue : ouvrier chez DMC puis à la SACM, il était à la fois membre de la CGT, communiste, et résistant dans le réseau Wodli, auquel ont été liés de nombreux arrestations et condamnations à mort.

Une histoire à honorer lors d’une balade dans le cimetière

Plusieurs de ces figures emblématiques sont aujourd’hui enterrées à Mulhouse, témoins silencieux de leur engagement. Pour rendre hommage à leur mémoire, René Tessier proposera une visite guidée le dimanche 20 septembre à 14 heures, dans les allées du cimetière catholique. Lors de cette promenade commentée, il reviendra sur la vie et le parcours d’une dizaine de ces syndicalistes qui ont marqué l’histoire ouvrière et politique de la ville. Un moment privilégié pour mieux comprendre l’impact de ces acteurs dans la construction du Mulhouse d’hier et d’aujourd’hui. La visite se tiendra à l’entrée du cimetière, offrant une occasion unique d’allier mémoire, histoire et citoyenneté dans le contexte des journées du patrimoine.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.