Comment les Français équilibrent envie de profiter et peur de manquer à la retraite

Sophie Lambert

Les attitudes des Français face à leur retraite : entre enthousiasme et inquiétude

Il est souvent difficile de déterminer si les Français abordent la période de leur retraite avec excitation ou crainte. Certains se demandent si cette étape sera une période de liberté et de plaisir, tandis que d’autres redoutent des difficultés financières ou se questionnent sur leur avenir social. La perspective de disposer de davantage de temps libre pour voyager, passer des moments précieux avec leurs proches ou se consacrer à des passions peut sembler attrayante, mais elle soulève aussi son lot de préoccupations. Cela inclut notamment la manière dont ils pourront tirer profit de cette nouvelle étape de leur vie, en tenant compte des ressources disponibles. C’est ce que met en évidence le baromètre intitulé La Retraite et moi, réalisé par l’institut Odoxa pour la compagnie d’assurances Generali, auprès de personnes de plus de 45 ans et de retraités (*).

Une anticipation mitigée selon les régions et les profils individuels

Au niveau national, seulement 28 % des personnes proches de la retraite déclarent espérer cette période avec enthousiasme. La majorité des futurs retraités traversent cette étape avec une certaine ambivalence ou des inquiétudes. Cette perception varie grandement selon les régions : le sentiment positif, celui d’attendre la retraite avec envie, atteint 34 % dans la région du Grand Est. En revanche, il n’est que de 31 % en Auvergne-Rhône-Alpes, et il chute encore à 27 % en Bourgogne-Franche-Comté. Plus alarmant, dans les Hauts-de-France, seuls 22 % ressentent cette envie. Évelyne, une retraitée du Rhône qui doit prendre sa retraite en février prochain, témoigne : « Je suis partagée entre la joie de quitter mon travail que j’adore et la crainte de ne plus avoir la même liberté. » Son ressenti illustre bien cette dualité que vivent beaucoup de futurs retraités.

Les motifs de l’attente : liberté, loisirs et projets

Ce désir de vivre la retraite se fonde principalement sur ce qu’elle leur offrira : du temps disponible. Une large majorité des Français, à savoir 87 %, associent cette étape à la possibilité de profiter pleinement de la vie, tandis que 86 % la voient comme une nouvelle forme de liberté. Le soulagement de quitter le monde du travail concerne 79 % d’entre eux, et 78 % envisagent cette période comme une opportunité de réaliser de nouveaux projets. Les souhaits de voyage occupent une place prépondérante : 69 % des futurs retraités déclarent vouloir voyager, ce qui devance largement le temps passé avec la famille et les petits-enfants, cité par 53 %, ainsi que la pratique régulière d’un sport ou d’une activité physique, mentionnée par 49 %. Par ailleurs, près de la moitié des répondants (48 %) souhaite investir du temps pour développer une passion personnelle, révélant leur soif de concrétiser des rêves longtemps mis de côté.

Une inquiétude centrale : la question financière

Malgré ces aspirations positives, une angoisse fondamentale domine l’esprit des futurs retraités : celle de leur avenir financier. En effet, 65 % d’entre eux redoutent de manquer de ressources pour assurer leur vie quotidienne ou faire face à d’éventuels imprévus. Cette inquiétude dépasse largement la crainte de tomber malade, qui concerne 46 %, ou celle de l’isolement social, qui toucherait 27 % des personnes interrogées. Elle est aussi plus importante que la peur de s’ennuyer ou de sombrer dans la déprime, évoquée respectivement par 22 %. Selon Céline Bracq, la directrice générale de l’institut Odoxa, cette préoccupation financière ne se limite pas à financer des loisirs ou des voyages, mais concerne avant tout la capacité à faire face à des dépenses importantes, comme celles liées à la santé ou à la dépendance.

Les priorités en matière de santé et d’accès aux soins

La santé occupe une place essentielle dans les préoccupations des futurs retraités lorsqu’ils pensent à leur nouvelle vie. Lorsqu’ils envisagent leur lieu de résidence après la retraite, ils privilégient une bonne accessibilité aux soins médicaux, cette priorité étant presque aussi essentielle que la proximité avec leur famille ou leurs amis, tous deux cités par 43 % des répondants. La sécurité et la proximité avec leurs proches sont donc des éléments fondamentaux, suivis par le coût de la vie moins élevé, mentionné par 40 %. Céline Bracq explique que la difficulté d’accéder à des soins adaptés, souvent en raison de longues distances ou de délais d’attente, suscite une réelle inquiétude. Elle précise : « On sait que certains renoncent à se faire soigner parce qu’ils jugent que le déplacement est trop long ou le délai d’attente trop important. » Enfin, certains craignent que la nécessité de financer la dépendance ou le placement en établissement spécialisé devienne insurmontable si leur situation financière venait à se détériorer.

Les attentes spécifiques selon les profils socio-professionnels

Plusieurs différences subsistent selon l’origine professionnelle ou le niveau de vie des futurs retraités. Les ouvriers et employés, par exemple, expriment davantage d’inquiétudes quant à leur niveau de vie une fois à la retraite. En revanche, les cadres ont tendance à craindre de perdre une partie de leur identité traditionnelle liée à leur emploi. Selon Céline Bracq : « Près de 59 % des cadres considèrent que leur travail représente une part importante de leur identité, contre 42 % chez les ouvriers. » Malgré cela, une majorité d’ouvriers – 71 % – redoute davantage de manquer de ressources financières pour assurer leurs besoins futurs, comparé à 58 % des cadres. Les perceptions de la retraite varient donc fortement en fonction du contexte professionnel et social.

Une nécessité d’accompagnement renforcée pour préparer l’avenir

Face à ces différentes attentes et préoccupations, la majorité des futurs retraités réclame un meilleur soutien. Environ 71 % souhaitent notamment bénéficier d’un accompagnement accru pour mieux planifier leur fin de carrière d’un point de vue financier, avant tout. La question de l’accès à la santé, au bien-être et à la prévention est également jugée prioritaire par 59 %. Évelyne, par exemple, avoue que c’est l’évaluation de sa pension qui l’inquiète le plus. Elle confie : « C’est ce qui me fait le plus peur pour l’avenir. »

Une diversité de sentiments selon le profil personnel et professionnel

Les peurs et les attentes diffèrent également selon le profil professionnel. Les ouvriers, par exemple, craignent davantage de voir leur niveau de vie diminuer, alors que les cadres redoutent la perte d’un aspect central de leur identité. Selon les chiffres recueillis, 59 % des cadres assimilent leur métier à une part essentielle de leur personne, tandis que cette proportion n’est que de 42 % chez les ouvriers. La crainte de manquer de ressources financières est plus forte chez les ouvriers (71 %), alors que les cadres sont plus préoccupés par la question de leur identité. Ces différences montrent que la perception de la retraite n’est pas uniforme, mais profondément influencée par la situation socio-professionnelle de chaque individu.

Une image complexe de la retraite, entre espoir et incertitude

Au final, la retraite apparaît comme une période riche d’enjeux, mêlant rêves de liberté, désirs de réalisations personnelles et inquiétudes concernant la stabilité financière et la santé. Si la majorité des Français souhaite profiter de cette étape, ils ressentent également qu’ils doivent se préparer sérieusement pour que cette nouvelle vie puisse se dérouler dans de bonnes conditions. La volonté d’être accompagnés dans cette transition demeure ainsi essentielle pour aider chacun à aborder sereinement cette nouvelle étape de leur existence.

(*) Étude Odoxa pour Generali, réalisée en ligne du 4 au 14 mars 2026, avec un échantillon représentatif de 3 056 actifs de 45 ans et plus, ainsi que de 565 retraités, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession, région et catégorie d’agglomération).

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.