Une faille génétique du psoriasis identifiée, une lueur d’espoir pour les patients

Sophie Lambert

Une découverte révolutionnaire dans la compréhension du psoriasis grâce à une anomalie génétique

Le psoriasis est une affection inflammatoire chronique qui touche la peau, touchant environ 2,4 millions de personnes en France. Parmi ces patients, certains ne répondent à aucune forme de traitement, même aux plus avancés, comme les biothérapies. Récemment, une équipe de chercheurs internationaux, sous la direction du Professeur Hervé Bachelez, affilié à l’Université Paris Cité, à l’Institut Imagine à Paris, ainsi qu’à l’hôpital Saint-Louis, a mis en lumière une nouvelle origine génétique pouvant expliquer cette résistance aux traitements. C’est une avancée majeure qui pourrait transformer la façon dont on aborde cette maladie.

Les résultats complets de cette recherche, parus en juillet 2026 dans le « Journal of Experimental Medicine », apportent des éclairages concernant les raisons pour lesquelles certains patients développent des maladies en marge du psoriasis, ou présentent des formes de la maladie qui ne répondent pas à la médecine conventionnelle. Cette étude ouvre la voie vers une meilleure compréhension, voire une personnalisation des traitements, pour ceux qui subissent des formes particulièrement difficiles à traiter.

Le psoriasis sévère réfractaire : une piste génétique à explorer ?

Pour certains patients atteints de formes graves de psoriasis, notamment celles débutant précocement avec des plaques, il apparaît que cette maladie pourrait être liée à une mutation génétique spécifique. En étudiant ces cas résistants, les chercheurs ont décelé une altération rare d’un gène appelé ADAR1. Ce qui est surprenant, c’est que cette mutation semble déclencher une réponse inflammatoire inhabituelle, lorsqu’elle interagit avec certains types d’ARN messagers, qu’ils proviennent du corps ou de virus. Fait important, cette voie inflammatoire particulière n’était pas la cible principale des traitements classiques ou même des thérapeutiques avancées comme les biothérapies.

Le gène ADAR1 joue un rôle crucial comme un véritable régulateur du système immunitaire. En empêchant une réaction immunitaire exagérée face à ses propres ARN ou en cas d’infection virale, il agit comme une barrière naturelle. Cependant, lorsque cette fonction est déficiente à cause de mutations rares, telles que ADAR1 G1119R ou P3A, le système immunitaire se dérègle. Résultat : il produit en excès des substances inflammatoires, notamment des interférons et des cytokines, qui fomentent une inflammation chronique de la peau. Cette nouvelle compréhension permet donc de relier une mutation génétique spécifique à un mécanisme pathologique précis.

Une stratégie thérapeutique innovante : deux médicaments ciblant la voie de l’inflammation

Grâce à cette compréhension, les chercheurs ont expérimenté une approche nouvelle, ciblant directement cette boucle inflammatoire. Lors d’un essai clinique, douze patients porteurs de cette mutation génétique ont été traités avec deux médicaments : l’upadacitinib, déjà utilisé dans certains rhumatisme psoriasiques, et le deucravacitinib, prescrit aussi pour le psoriasis et d’autres maladies inflammatoires. Les résultats obtenus ont dépassé toutes les attentes : la majorité de ces patients ont connu une rémission complète de leur psoriasis, alors même que tous les traitements standards avaient échoué auparavant. Ces résultats corroborent l’hypothèse qu’un traitement personnalisé, basé sur la modification de la voie inflammatoire spécifique, peut réellement changer le pronostic de patients jusque-là considérés comme en échec thérapeutique.

Une inflammation de la peau et des anomalies pigmentaires : une nouvelle dimension du psoriasis

Les études approfondies effectuées sur la peau de ces patients ont également révélé un mécanisme inattendu. Dans ces cas rares de psoriasis, l’inflammation ne semble pas exclusivement provenir du système immunitaire, mais s’appuyer également sur des altérations au niveau des cellules de la peau elles-mêmes, notamment des mélanocytes – ces cellules responsables de la pigmentation cutanée. Cela pourrait expliquer pourquoi certains patients présentent des troubles de pigmentation, comme du vitiligo ou des taches décolorées, en partie liés à leur maladie.

Ce travail ouvre également la voie à une réflexion plus large : en intégrant cette nouvelle dimension, il devient possible d’envisager une approche plus globale, qui ne se limite pas seulement à calmer l’inflammation, mais aussi à corriger ou gérer les troubles pigmentaires. La compréhension de cette interaction entre le système immunitaire et les cellules cutanées pourrait mener à la conception de traitements encore plus précis à l’avenir.

Perspectives futures : diagnostics et traitement personnalisé

Les implications de ces travaux sont vastes. À court terme, une étape essentielle sera de développer un test génétique permettant d’identifier rapidement les patients porteurs de ces mutations. Avec cette information, un traitement dit « ciblé » pourra leur être proposé dès les premiers signes, évitant ainsi des parcours thérapeutiques longs et peu efficaces. À plus longue échéance, ces découvertes pourraient contribuer à établir si ce même mécanisme – cette modification du traitement de l’ARN et de la réponse immunitaire – intervient dans d’autres maladies inflammatoires comme la dermatite atopique, le vitiligo, le rhumatisme psoriasique, ou encore la polyarthrite rhumatoïde ou le diabète de type 1.

Ce progrès représente une étape majeure dans la médecine personnalisée du psoriasis, ouvrant la voie à des traitements plus efficaces et adaptés à la cause génétique spécifique de chaque patient. La recherche continue à explorer ces pistes afin d’affiner davantage nos stratégies thérapeutiques et de proposer des solutions durables pour ceux qui souffrent de formes résistantes de cette maladie inflammatoire.

Source : Variants de perte de fonction de ADAR1 modifiant l’édition de l’ARN : une nouvelle sous-catégorie de psoriasis dépendante des interférons. Journal of Experimental Medicine, 2026 | DOI : 10.1084/jem.20260054

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.