Une étude révélatrice sur l’impact émotionnel des supporters lors d’un match de football
Des chercheurs de l’Université de Bielefeld ont mené une étude approfondie impliquant 229 fans du club allemand Arminia Bielefeld, qu’ils ont suivi durant une période de douze semaines. Leur méthode d’observation s’est basée sur l’utilisation de montres connectées, appareils capables de surveiller en permanence la fréquence cardiaque ainsi que les niveaux de stress des participants au quotidien. Le suivi a été réalisé dans un contexte précis, celui de la finale de la Coupe d’Allemagne disputée le 24 mai 2025 à Berlin, face à l’équipe du VfB Stuttgart. Les résultats obtenus mettent en avant une augmentation significative du stress ressenti par les supporters à l’approche, durant et après ce rendez-vous sportif.
Les données recueillies montrent que, lors de cette journée particulière, le niveau de stress moyen atteint un pic, enregistrant une augmentation de 41 % par rapport aux jours où aucun match n’était organisé. Ce constat souligne à quel point l’événement sportif agit comme un catalyseur d’émotions intenses chez les supporters. La tension ne commence pas seulement au moment du coup d’envoi, mais elle se manifeste dès plusieurs heures avant la rencontre. En effet, dès le matin, les mesures indiquent déjà un état de stress supérieur à la normale, qui ne fait que s’accentuer au fil de la journée, culminant tout juste avant la sirène finale du match.
Selon Christian Deutscher, professeur et coauteur de l’étude, cette agitation psychologique peut être remarquée bien avant que le ballon ne soit mis en jeu. Il précise que « l’excitation se fait sentir avant même que le match ne commence ». En parallèle, la fréquence cardiaque des supporters a également connu une hausse, passant en moyenne de 71 à 79 battements par minute, ce qui témoigne d’un certain état d’alerte physiologique accru durant cette période. La suractivité cardiaque reflète l’intensité émotionnelle des supporters face à cet évènement sportif chargé d’enjeux.
Les effets de la présence physique sur la réaction corporelle
L’étude a également souligné que l’environnement dans lequel le match est visionné joue un rôle clé dans la réponse physiologique des participants. Les supporters qui étaient présents dans le stade ont montré la réaction la plus forte, leur fréquence cardiaque moyenne atteignant en effet 94 battements par minute. Par contraste, ceux qui suivaient le match à la télévision présentaient une fréquence cardiaque moyenne de 79 battements par minute, alors que lors d’assemblées collectives ou dans d’autres lieux publics, cette mesure ne dépassait pas 74 battements par minute. Ce phénomène met en évidence que la présence physique durant l’événement amplifie considérablement la réaction corporelle face à l’émotion.
La professeur Christiane Fuchs, également coauteure du rapport, explique que « être dans le stade semble intensifier de manière considérable la réponse physiologique ». L’atmosphère électrique, la proximité de l’action, la foule rassemblée, ainsi que le partage immédiat d’émotions participent tous à cette accélération du rythme cardiaque. Lors des moments jugés les plus cruciaux du match, comme lors du premier but marqué par l’équipe locale, le rythme cardiaque moyen des supporters dans le stade a bondi jusqu’à 108 battements par minute, soit une augmentation de 36 % par rapport aux spectateurs à distance. Cette différence notable pourrait s’expliquer par la proximité avec l’action, ainsi que par l’effet de groupe et l’ambiance collective qui renforcent la montée d’émotions.
Il semble évident que la sensation collective, la communion avec les autres supporters et l’intensité du spectacle jouent un rôle majeur dans la réaction physique. Plus l’événement est intense, plus la nervosité ou l’excitation s’intensifie, traduite par une accélération du battement cardiaque. La proximité physique avec le terrain, l’ambiance bruyante, ainsi que l’union dans la passion collective forment une combinaison qui pousse le corps à réagir de façon plus marquée face à la tension du moment.
La consommation d’alcool : un facteur pouvant accentuer la réaction
Les chercheurs se sont également intéressés à l’influence de la consommation d’alcool sur la réponse physiologique des supporters durant le match. Une part importante d’entre eux, environ 50 %, ont déclaré avoir consommé de l’alcool pendant l’événement, et cette proportion monte à 65 % parmi les supporters présents dans le stade. Les résultats montrent que la consommation d’alcool tend à augmenter en moyenne la fréquence cardiaque de 5,3 %, et dans les situations extrêmes, notamment lors des buts, cette hausse peut atteindre 11,7 %.
Il apparaît que la consommation d’alcool, en augmentant la charge cardiovasculaire, peut avoir des effets délétères, surtout en contexte d’émotions fortes. Une élévation importante du rythme cardiaque associée à l’alcool représente une surcharge pour le système cardiovasculaire. Des études antérieures avaient déjà signalé un risque accru d’arythmie cardiaque lors de grands rassemblements sportifs, soulignant le danger potentiel de cette pratique. La combinaison de l’excitation liée à la compétition, à l’ambiance dans le stade, et à la consommation d’alcool peut donc exacerber la réponse physiologique du corps, avec des risques potentiellement graves pour la santé.
Une passion mesurable et ses implications
Pour les auteurs de cette étude, ces résultats apportent un éclairage nouveau sur les effets physiques que peut engendrer la passion sportive chez les supporters. Selon Christian Deutscher, « le stade constitue un univers totalement différent du salon ». L’étude se démarque par sa capacité à suivre en continu plus de 200 supporters sur une période prolongée, ce qui permet d’évaluer de façon précise l’impact de l’événement sportif sur leur organisme. Cela ouvre la voie à une meilleure compréhension des réactions du corps face à des événements forts émotionnellement, avec des implications importantes pour mieux appréhender les risques physiques liés à la pratique sportive amateur ou à la simple participation psychologique à ces rassemblements passionnés.






