L’art de la métamorphose : la danse introspective d’Akiko Hasegawa
Dans une époque où notre rapport au numérique ne cesse de s’approfondir, la chorégraphe Akiko Hasegawa, associée à Koko, nous invite à faire une pause pour retrouver une certaine douceur et sensibilité à travers sa danse. Installée à Strasbourg, elle offre avec ses créations un moment de respiration, comme une échappée belle loin de la virtualité grandissante de nos vies quotidiennes.
Autour d’elle, une équipe de complices partage cette quête du sensible, un voyage intérieur dédié à explorer la dimension profonde du corps en mouvement. Ce chemin artistique est notamment soutenu par le Centre de développement chorégraphique national de Strasbourg, Pôle-Sud, qui accompagne le travail de cette artiste dans ses démarches. La relation de confiance tissée avec son ancienne directrice, Joëlle Smadja, ainsi qu’avec d’autres partenaires locaux importants, a permis la gestation de ses premières pièces, à savoir Haré Dance et Kanashimi. Ces œuvres, à la fois témoins et explorations, marquent le début d’un parcours qui ne cesse de suivre sa propre évolution.
Une démarche artistique fondée sur la sensibilité
Ce qui caractérise le travail d’Akiko Hasegawa, c’est cette recherche constante du ressenti intime, celui qui transcende la simple technique pour atteindre la profondeur de l’émotion. La chorégraphe transforme le mouvement en un véritable poème, un langage à part entière qui parle par la gestuelle autant que par l’atmosphère qui l’entoure. Son œuvre trouve ses racines dans une inspiration venue du maître japonais Kazuo Ono, reconnu pour sa philosophie selon laquelle la danse précède l’envol du papillon, capté dans la métaphore d’un instant fragile où l’air effleure délicatement les ailes. La nouvelle pièce qu’elle conçoit s’articule en deux segments, évoquant à la fois la puissance du rituel et la métamorphose intérieure.
Ce spectacle, encore en création, se déploie comme une cérémonie où chaque mouvement, chaque geste invite à une étape de passage, un changement intérieur proche des rites de passage. La chorégraphe souhaite ainsi rendre palpable cette étape de transition, d’évolution, dans un processus qui cultive la métaphore de la transformation. La force évocatrice de ses mouvements, mêlée à la dimension symbolique de chaque étape, stimule profondément le spectateur tout en proposant une réflexion sur l’identité et la mutation.
Les mouvements, comme une quête du sensible
Chaque interprète, lors de cette création, évoque une étape cruciale de sa propre vie, un moment de bascule intérieure. En solo, chaque danseur revisite un souvenir ou une étape décisive, alimentée par des mémoires corporelles inscrites dans leur passé. La bande sonore originale, conçue pour accompagner ces moments d’introspection, mêle diverses influences musicales : des morceaux classiques, des chants, des mantras ou encore des extraits éclectiques, pour enrichir cette narration sensorielle. Marine Angé, en charge de la composer et de la mixer, a assemblé ces différentes sources sonores pour renforcer la portée émotionnelle de chaque passage.
Ce parcours intérieur, à la fois intime et universel, révèle la complexité de notre identité, tout en mettant en lumière notre rapport à l’autre et au monde. La pièce se déploie comme une exploration sensible du corps et de ses métamorphoses, où se mêlent matières, accessoires et gestes pour illustrer la transformation et l’éveil. La danse devient alors un langage non verbal qui dialogue avec l’imaginaire du spectateur, plongeant dans l’univers intérieur de chacun.
Une dramaturgie silencieuse et profonde
La seconde partie de la représentation se construit comme un fil conducteur, mis en valeur par un trio de danseurs dont l’expressivité est accentuée par des rythmes percussifs et un chant traditionnel basque. Sur scène, l’environnement minimaliste laisse toute la place à l’émotion, à la lumière qui éclaire subtilement la scène pour dévoiler la métamorphose en cours. Avec une attention constante, Ondine Trager, en tant qu’éclairagiste, souligne ces moments où la transformation se manifeste, rendant tangible cette étape fragile de passage entre deux états.
Ce langage sensible, porté par la gestuelle et l’atmosphère, offre une lecture accessible et profonde de ces instants où nos vies vacillent, se redéfinissent, se transforment. La danse devient alors une invitation à explorer notre intériorité, à accepter la complexité de notre changeante identité. Akiko Hasegawa, à travers cette œuvre, met en lumière ces moments précieux où l’être humain, comme un papillon en devenir, s’apprête à s’envoler vers une nouvelle étape.
Les moments à ne pas manquer
Ce spectacle vous sera présenté à Pôle-Sud, à Strasbourg, les 5 et 6 novembre à 20h30. La durée de la représentation est d’environ une heure, avec des tarifs allant de 4 à 26 euros, selon les places. Une rencontre avec la chorégraphe est également prévue le 3 novembre à 12h30 dans le même lieu, en entrée libre, pour échanger sur son processus créatif et sa démarche artistique. La performance met en lumière la fragilité, la puissance et la beauté du changement intérieur, invitant chacun à réfléchir à sa propre métamorphose.






