Un an de prison requis contre le rappeur Boro700 pour une chanson évoquant Merah et Abdeslam

Sophie Lambert

Une demande de condamnation à un an de prison avec sursis pour le rappeur BORO700, à Paris

Ce mercredi à Paris, le ministère public a requis une peine de prison avec sursis d’une durée d’un an à l’encontre du rappeur connu sous le nom de BORO700. La raison invoquée concerne des propos jugés apologie du terrorisme dans plusieurs de ses morceaux musicaux. Parmi ces chansons, une œuvre qui évoque Mohammed Merah et Salah Abdeslam a particulièrement fait polémique, surtout lorsque certains lycéens l’ont reprise lors de manifestations, ce qui a attisé la controverse. La scène musicale et judiciaire s’est trouvée au cœur d’un débat pour savoir si ces paroles constituent une incitation à la haine ou une expression artistique.

Les accusations précises portées contre le rappeur

Le parquet a porté plainte contre l’artiste pour avoir promu des actes de terrorisme dans ses compositions. Les morceaux incriminés incluent notamment « MRH », dont le titre lui-même est à l’origine de la controverse, car il cite explicitement les auteurs d’attentats tragiques tels que ceux de Toulouse, Montauban en 2012, ainsi que Salah Abdeslam, l’un des mercenaires du groupe terroriste responsable des attentats de Paris en novembre 2015. En outre, il est poursuivi pour ses textes « NDDB #6 », où il déclare : « À la Ben Laden, j’suis au taquet », ce qui a encore alimenté la polémique. La justice lui reproche aussi une menace de mort dans un autre titre, « Contrat », où il chantait que « BORO prépare un attentat ». Ces paroles ont été jugées comme portant atteinte à la sécurité publique et comme une incitation à la violence.

Les raisons de la polémique autour de ses paroles

La question posée est de savoir pourquoi ce jeune artiste de 19 ans, avec une notoriété modérée (environ 37 000 abonnés sur YouTube), choisit de mentionner dans ses chansons des noms liés à des actes terroristes meurtriers. Selon Bryan S., qui se présente comme un rappeur, il s’agirait principalement « de noms », sans intention de glorifier ou de légitimer ces attentats. Lors de ses déclarations, il explique que son objectif n’a jamais été de promouvoir la violence, mais simplement qu’il ignorait ce que signifiait réellement l’apologie à cette époque. Toujours dissimulé derrière un visage masqué ou cagoulé dans ses clips de style « gangsta », il affirme ne pas connaître la portée de ses paroles, évoquant une sorte d’« inculture historique » et la jeunesse comme facteur d’immaturité. Son avocate a également souligné qu’il manquait de connaissances et qu’il était en proie à une certaine immaturité, ce qui pourrait expliquer ses choix artistiques.

Réaction du parquet et influence potentielle de ses paroles

Cependant, la procureure conteste cette innocence relative en insistant sur le fait que faire référence à des auteurs d’attentats dans ses chansons revient à en faire l’éloge. Selon elle, BORO700 fait semblant de glorifier leur « insaisissabilité » et leur « invincibilité », en cherchant à se rattacher à la puissance et à la domination que ces terroristes pouvaient incarner au moment de leurs actions meurtrières. La procureure estime également que cette répétition de noms de tueurs en série contribue à leur donner une image de héros ou de figures d’autorité pour certains jeunes rallie, ce qui pourrait déteindre sur leur perception de la violence.

À ce titre, une amende de 10 000 euros a été sollicitée à l’encontre de l’artiste. Par ailleurs, le parquet demande également qu’il soit interdit d’accès à sa chaîne YouTube pour une période de six mois. La décision finale sera prononcée le 14 décembre. La représentante de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, partie civile dans cette affaire, a déploré que cette forme de mise en musique de paroles puisse avoir une influence néfaste, car elle facilite la mémorisation du message par le public, et notamment par la jeunesse.

La controverse s’intensifie suite à des actes de manifestation

La polémique a pris une tournure encore plus alarmante ce mois-ci, lorsque des vidéos dans lesquelles des lycéens reprenaient le refrain de « MRH » ont été diffusées. Dans ces vidéos, on pouvait entendre des jeunes scander : « À la Mohammed Merah, esquive les caméras / Bataclan, je l’ai shooté à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam ». Certaines de ces scènes ont été enregistrées dans une église en Vendée, suscitant une réaction judiciaire. Ces comportements ont été considérés comme de véritables provocations et ont donné lieu à l’ouverture de procédures à l’encontre de ces manifestants lycéens, qui auraient volontairement repris ces paroles pour choquer ou dénoncer la contexte social autour du terrorisme.


Note : La décision concernant la sanction sera prononcée le 14 décembre, et dans le contexte, cette affaire illustre l’écart souvent présent entre la liberté d’expression artistique et la sensibilité publique face aux thématiques du terrorisme et de la violence.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.