Strasbourg : Le FARSe démarre avec 5 spectacles à ne pas manquer dans les rues

Sophie Lambert

La célébration de l’art dans la rue : une journée animée par une troupe singulière

À quelques minutes de l’ouverture officielle du FARSe, qui se tient du 28 au 30 août dans les rues animées de Strasbourg, une ambiance particulière commence à se faire ressentir sur la place Gutenberg. Il est 13h50, et les passants déambulent en levant le regard vers les kakémonos, qui s’étendent sur 2,5 mètres, exhibant fièrement la liste des 23 spectacles programmés pour cette édition. Certains s’approchent pour obtenir des renseignements auprès des bénévoles, identifiables à leurs t-shirts de couleur corail. La scène s’anime rapidement avec de douces sonorités de banjo qui s’élèvent, bientôt rejointes par celle d’un saxophone, installant ainsi une atmosphère festive et anticipative dans l’espace public.

Une palette visuelle et sonore captivante

En quelques instants, la foule grandit, attirée par la musique entrainante. Sur le trottoir, les musiciens de la compagnie La Vertu, vêtus de shorts noirs ornés de dorures et portant des chaussettes hautes et colorées, entament un morceau énergique. Aux yeux des spectateurs, cette scène marque le démarrage de l’événement. « C’est parti ! », s’exclame une spectatrice, enthousiaste face à cette performance improvisée. Les rythmes mêlant opérette, jazz-rock et chanson provoquent une ambiance dansante, encourageant tous à se laisser emporter par la musique. Auront lieu samedi et dimanche, à 14h15 sur la place Gutenberg et à 16h20 aux Docks Malraux, deux moments où la compagnie La Vertu invite le public à vibrer au son de leurs morceaux éclectiques.

Une animation qui attire petits et grands

Très vite, le public se rassemble autour des musiciens, captivé par leur énergie. La scène est rythmée par diverses images et une mise en scène dynamique. La galerie de photos montre des moments de complicité, avec des musiciens mêlés à la foule avant leur performance, ou encore des parapluies qui se transforment en parasols sous un ciel changeant, apportant une touche de poésie à l’événement. Chaque cliché évoque cette ambiance festive, mêlant interaction et spectacle, tout en participant à la magie du moment.

Une multitude de spectacles à découvrir

Le festival ne se limite pas à cette seule animation musicale. À l’approche de l’après-midi, la programmation s’étoffe avec des performances artistiques variées. Des amusements circassiens évoluant en hauteur, souvent à 15 mètres dans les airs, occupent une place centrale. Samedi à 21h et dimanche à 20h, la performance intitulée Pigments, proposée par la compagnie CirkVOST, promet de captiver le public lors de deux scènes finales sur la place d’Armes du parc de la Citadelle. Dans cette création, une dizaine de circassiens s’élèvent sur une structure métallique impressionnante, défiant la gravité pendant une trentaine de minutes.

Une performance aérienne et symbolique

Les artistes évoluent à une hauteur de 15 mètres, suspendus à des trapèzes ou sautant dans d’immenses filets, abattant ainsi la limite entre spectacle et défi physique. Leur défi : ne pas toucher terre durant cinquante minutes, tout en incarnant une métaphore sur la solidarité et l’individualisme. Entre lutte contre la gravité et réflexion sur la cohésion d’un groupe, la performance engage le public dans une démarche à la fois esthétique et philosophique. En mêlant acrobaties et messages sociaux, cette création offre une expérience à la fois spectaculaire et porteuse de sens.

Une relecture contemporaine d’un mythe antique

Dans le cadre du festival, un autre spectacle mêle humour et référence classique. La pièce intitulée ANTI, revisitée à travers le prisme du supporteurisme ultra, raconte l’histoire de deux frères, supportant chacun une équipe rivale, qui en viennent aux mains. Leur sœur se dresse contre cet ordre fragmenté, bravant l’interdiction d’honorer l’un ou l’autre, dans une relecture moderne du mythe d’Antigone. La mise en scène s’appuie sur des costumes gonflables, des fumigènes ou encore des souffleuses à feuilles pour accentuer l’humour tout en posant un regard critique sur la question du sacrifice individuel pour la cohésion collective.

Une expression artistique engagée

La compagnie Lapin 34 exploite la comédie et le théâtre pour aborder ces enjeux. Avec un ton à la fois satirique et poétique, ils questionnent la justice de la tribune familiale et collective. La pièce invite à réfléchir sur la solidarité, la légitimité des sacrifices personnels, tout en dynamisant la scène avec des accessoires inhabituels, qui contribuent à un univers à la fois décalé et profond.

Une expérience musicale durable et innovante

Une autre facette de cette édition du festival rassemble les amateurs de créations insolites : celle de Plastic Boum Boum. Deux artistes, Compost et Dr Gagouz, proposent une performance où la musique électro se joue sans une once d’électricité, en utilisant des instruments fabriqués à partir de déchets recyclés. Leur démarche, à la frontière entre poésie et contre-culture, transporte le public dans un futur où l’électricité n’est pas indispensable à la musique. Rendez-vous est donné samedi à 10h30 et dimanche à 11h30 puis à 16h30 sur la place du Petit-Broglie pour assister à cette démonstration de transformation créative.

Une scénographie environnementale et innovante

Les artistes recyclent et détournent divers objets pour créer des instruments de musique étonnants, en harmonie avec une démarche écologique. Avec des meubles, des bidons ou des matériaux urbains, ils conçoivent un set musical à la fois écologique et spectaculaire, illustrant la capacité de l’art à innover tout en sensibilisant à la durabilité.

Une plongée dans un camp de réfugiés à travers la danse

Enfin, le festival propose également une immersion dans des réalités souvent invisibles à travers le spectacle Mirage, présenté par la compagnie Dyptik. Stationnés dans un camp de réfugiés en Cisjordanie, les performeurs dansent en arborant des vêtements colorés, mais leur visage exprime une tension palpable. Le décor, constitué de grillages, barbelés et tôles, rappelle la dure réalité de ces lieux. La performance, programmée à 18h15 samedi et dimanche sur la place du Château, mêle danses traditionnelles et dénonciations des injustices, transformant l’espace en un lieu de fête éphémère. La scène devient un miroir de cette condition fragile, tout en célébrant la résistance par le mouvement.

Une dénonciation poétique et engagée

Les artistes utilisent la danse comme un outil de protestation et de sensibilisation. Le spectacle évoque la lutte quotidienne, la solidarité et l’espoir, à travers des danses qui dénoncent concrètement les souffrances mais aussi la force de ceux qui vivent dans ces camps. La mise en scène fait de cet espace une scène de résistance et d’expression artistique, pour un message porteur d’espoir et de conscience sociale.

Une diversité d’expériences à vivre

Ce festival incarne la richesse de l’art vivant, mêlant musique, théâtre, cirque, danse et performance plastique dans un format accessible à tous. Chacune de ces prestations propose une plongée dans des univers variés, entre poésie, contestation et fête collective, pour créer des moments inoubliables dans les rues de Strasbourg.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.