Marlène raconte ses choix difficiles face à la violence de son fils, en danger

Sophie Lambert

Parcours difficile d’un adolescent marqué par la violence dès l’enfance

Lorsque Marlène repense au comportement de son fils durant ses premières années, elle ne peut s’empêcher de constater qu’il montrait déjà des signes inquiétants très tôt. À ses yeux, ses symptômes incluaient une agitation constante et une tendance à la violence. Elle se remémore cette période en évoquant un enfant qui pouvait faire preuve d’agressivité et qui était souvent en opposition avec son entourage. Elle admet qu’elle avait peut-être du mal à reconnaître la gravité de la situation ou à l’accepter, mais ses proches lui faisaient remarquer des comportements étranges. Il s’agissait d’un enfant capable de violence envers les animaux et manifestant une difficulté manifeste à supporter la moindre frustration. En voiture, par exemple, il refusait catégoriquement d’être attaché, et cette agressivité se traduisait même à un âge très jeune. La maman, qui vit à Angers, raconte avec émotion que son fils a toujours eu du mal à gérer la frustration, adoptant dans ses relations une attitude de domination ou de soumission.

« Il montrait déjà de la violence et de l’opposition à un âge très tendre, c’était évident dans ses gestes et ses comportements », confie Marlène. Elle explique que, dès ses premières années, il semblait insensible aux limites et réagissait souvent avec agressivité, même envers des êtres vivants. Cette difficulté à gérer la frustration semblait faire partie intégrante de sa personnalité, transformant peu à peu leur quotidien en un combat continuel contre ses excès et ses comportements perturbateurs.

Une mère confrontée à la détresse de son enfant seul face à la violence

À l’âge de huit ans, la vie de Marlène bascule lorsque le père de son enfant décide de s’installer en Corse. La mère se retrouve alors à devoir affronter seule la montée en tension et en violence du garçon. La jeune maman évoque une période particulièrement difficile où son enfant multipliait les provocations. Il a notamment mis le feu à une poubelle et crevé les pneus de sa voiture dans le but de faire porter le chapeau à son beau-père. Ces actes de provocation et de destruction ne laissent pas indifférente, et elle confie avoir enchaîné des nuits blanches, subir de multiples crises d’insomnie, à force de tenter de comprendre et de calmer cette colère qui ne semblait jamais se calmer. Lors de ces moments sombres, elle a même été contrainte de prendre de longs arrêts de travail, tant la charge émotionnelle était pesante.

« J’étais épuisée mentalement et physiquement, je ne savais plus comment faire face à cette spirale de violence », explique-t-elle. La difficulté de gérer un enfant aussi hostile et agressif la pousse à bout, la menant à des périodes d’épuisement profond. Malgré ses efforts, elle se retrouve face à une situation qu’elle ne peut seule maîtriser, ce qui accentue son sentiment d’abandon et de détresse face à l’insoutenable de la situation.

Le placement : une étape incontournable mais douloureuse

Les années passant, la situation ne s’améliore pas et, à l’âge de dix ans, le comportement de son fils devient encore plus préoccupant. Il se met en danger en montant par exemple sur la barrière du balcon, mettant sa vie en jeu. Sa violence, tant verbale que physique, commence à affecter non seulement sa mère mais aussi sa demi-sœur, une enfant plus jeune. Ces actes imprévisibles et inquiétants finissent par conduire à son exclusion du système scolaire, puis à sa déscolarisation, faute d’adaptation. Lors d’une crise particulièrement intense, la police intervient et décide d’orienter l’adolescent vers une hospitalisation en psychiatrie. Il y passera quatre mois, espérant pouvoir bénéficier d’un accompagnement spécialisé. Cependant, à son retour à la maison, la violence refait surface avec encore plus de vigueur. La mère constate alors qu’une prise en charge en institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) devient indispensable. Ce centre médico-social, destiné à accompagner des jeunes présentant de graves troubles du comportement, permet une prise en charge en internat, tout en offrant une possibilité de périodes d’hospitalisation quand cela s’avère nécessaire.

« La situation devenait intenable, et la seule solution qui s’offrait à nous était le placement », raconte Marlène. Elle explique que, devant l’indépassable, elle a décidé de faire confiance aux professionnels spécialisés pour aider son fils à retrouver un équilibre. La seule issue qu’elle voyait possible était de le confier à un établissement adapté, où il pourrait recevoir un encadrement et un suivi renforcé. En conséquence, à l’âge de 12 ans et demi, son fils a été placé en famille d’accueil, espérant une évolution positive. Mais cette nouvelle étape ne résout pas tout, et la violence persiste à l’intérieur même du foyer d’accueil. Il finit par être placé définitivement en foyer jusqu’à sa majorité, en raison de ses récidives et de son comportement destructeur.

Une angoisse persistante et une relation sous tension

Durant ces années de séparation, Marlène ressent un mélange d’inquiétude constante et d’un sentiment d’impuissance. Elle maintient un lien étroit avec son fils via des échanges réguliers par téléphone, mais cela s’accompagne d’un lourd fardeau émotionnel. Elle se souvient que son fils la culpabilisait fréquemment, la harcelant de messages et d’appels qui, parfois, devenaient envahissants. Selon les gendarmes, ses données téléphoniques montreraient une journée où il aurait passé une centaine d’appels à son numéro. Malgré cette surveillance, Marlène affirme que, même en étant préoccupée, elle se sentait au moins en sécurité puisque la menace immédiate semblait moins présente. Cependant, cette distance renforçait aussi son sentiment d’insécurité et de vulnérabilité.

« La séparation m’a permis de respirer, mais elle n’a pas effacé mes peurs », confie-t-elle. La relation avec son fils est marquée par cette alternance entre la crainte d’un retour à la violence et l’espoir qu’un jour, il pourra être aidé pour retrouver un équilibre. La mère espère toujours une solution thérapeutique, qui lui permettrait de voir son enfant enfin apaisé et de reconstruire leur relation sur des bases plus sereines.

La cadette face à la crise et à la destruction

Lorsqu’il atteint ses 18 ans, et donc la majorité légale, le fils de Marlène quitte le dispositif de protection pour revenir vivre chez sa mère. Sans accompagnement spécialisé, cette étape suscite de nouvelles inquiétudes. Marlène se remémore sa joie mêlée d’angoisse à l’idée de cette cohabitation. Elle aspire à une vie différente cette fois, en espérant que la relation puisse s’améliorer. Pourtant, elle ne peut s’empêcher de craindre un retour de la violence. Elle rappelle qu’elle a posé des limites fermes : aucun acte de violence ne sera toléré, et le respect des règles de la maison doit être respecté. Lorsqu’elle a rassuré son fils en lui promettant que tout irait bien, elle a toutefois constaté que, malgré quelques efforts, la violence reprenait rapidement : harcèlement, pressions psychologiques, menaces de mort, intimidation, et même agressions physiques quand le reste échoue. La situation devient rapidement hors de contrôle, et Marlène avoue en être désemparée.

« C’est très dur. Même avec ses promesses, tout peut basculer d’un moment à l’autre », explique-t-elle, usée par ces années de combats incessants. Lors d’un dernier épisode où son fils a complètement saccagé la maison — arrachant la porte de sa chambre, frappant dans les murs, vidant les armoires — Marlène a compris qu’elle devait agir. Elle a porté plainte, une démarche difficile mais nécessaire pour stopper cette spirale de destruction. Elle explique qu’elle n’avait plus d’alternative, se sentant en danger face à la violence qui montait chaque jour un peu plus.

Entre culpabilité et espoir de soins adaptés

Aujourd’hui, Marlène porte encore en elle la lourde responsabilité de cette situation. La culpabilité de ne pas avoir su prévenir ou guérir son enfant pèse sur ses épaules, même si elle tente de prendre du recul. Elle avoue qu’elle reste attachée à lui, malgré tout, et espère que des soins professionnels pourront l’aider à s’en sortir. Elle souhaite qu’il puisse bénéficier d’un suivi thérapeutique, qu’il retrouve un équilibre psychologique, et qu’il puisse un jour reprendre une vie normale. Elle explique que ses efforts ne sont pas seulement pour lui, mais aussi pour elle et sa fille, qui portent encore les traces de ces années sombres. Malgré la douleur, elle continue d’espérer un avenir meilleur, en souhaitant que la réponse viendra enfin des soins.

« La route est encore longue, mais j’ai besoin de croire qu’il peut s’en sortir, qu’il peut être accompagné pour retrouver la paix », dit-elle avec espoir. Tout en reconnaissant que ses sentiments oscillent entre amour maternel et difficulté à accepter la violence, Marlène affirme chercher comment continuer à aimer son fils sans se mettre en danger ni faire courir de risques à sa famille. La culpabilité initiale laisse peu à peu place à une volonté de reconstruction et de reconstruction, même si le chemin reste difficile. »

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.