Léa Mysius, qui s’est révélée au grand public avec son film Ava, présenté lors de la Semaine de la Critique à Cannes en 2017, explore dans cette œuvre la période estivale d’une adolescente confrontée à la perte progressive de sa vue. Elle travaille sans relâche durant la nuit, mettant en avant des thèmes liés à l’enfance et au regard, pour révéler une véritable perturbation intérieure. Avec Les Cinq Diables, son second long métrage présenté en 2022 à la Quinzaine des réalisateurs, la réalisatrice plonge dans l’obscurité d’un univers familial complexe et expose une jeune fille dotée de dons extrasensoriels, très sensibles. La petite protagoniste et sa façon de percevoir le monde, associée à l’obscurité ambiante, constitue l’essence même du film. On retrouve ici encore cette fascination pour l’obscurité, comme dans Histoires de la nuit, adaptation solide d’un roman de Laurent Mauvignier dont l’épaisseur dépasse les 640 pages. La reconnaissance de l’écrivain lui-même, présent lors du festival de Cannes, marque une étape cruciale, servant à la fois de hymne de légitimation et d’approbation pour ce film qui a été choisi pour la compétition.
C’est l’histoire d’une prise de prisonnière dans une ferme, en campagne, commise par trois hommes au comportement dangereux, oscillant entre une quiétude apparente et une violence extrême. Les personnes retenues sont voisines, ce qui intensifie la tension. Le film dépeint un couple, incarné par Bastien Bouillon et Hafsia Herzi, accompagné par Tawba El Gharchi, une jeune actrice expressive jouant leur petite fille avec un mélange de colère et de désarroi. La femme qui vit dans la maison en face, une artiste solitaire, est incarnée par Monica Bellucci dans un rôle très abouti, dévoilant son visage émacié de madone blessée, marqué par un vécu opaque. L’actrice italienne explique qu’elle a été séduite par la complexité de ce personnage : « Elle semble avoir raté sa vie en tant que mère et artiste, mais elle trouve la force de se reprendre en main et de poursuivre son chemin. C’est pour cela que j’avais très envie de l’incarner. » Elle ajoute : « À partir d’un certain âge, on a l’impression d’appartenir à une autre espèce, surtout pour une femme. En réalité, il s’agit pour nous d’une véritable conquête. »
Une atmosphère pleine d’angoisse
En utilisant des éléments empruntés à l’horreur, au polar, au film d’intrusion à domicile et à la tragédie romantique, Léa Mysius construit un récit où ses obsessions se mêlent à un secret, des trahisons et une petite fille au cœur de l’intrigue. La famille et ses dysfonctionnements, la violence sociale, l’emprise — tout cela constitue la toile de fond de cette œuvre. Benoît Magimel incarne un ancien amant rongé par la vengeance, apportant une couche supplémentaire de tension. La réalisatrice précise : « C’est une histoire qui se déroule principalement dans la nuit, mêlant violence, tendresse et amour. La nuit évoque aussi les rêves et les cauchemars. Au fil du récit, on voit peu à peu l’histoire s’approcher du conte, centrée sur une jeune fille poursuivie par un ogre. »
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Paul Guilhaume, chef opérateur, enveloppe cette histoire dans des plans encadrés, aux teintes sombres—bleu, noir, blanc avec des ombres allongées—afin de créer une atmosphère étouffante où la menace plane. Le climat d’angoisse, renforcé par le choix des couleurs, oppresse aussi bien les acteurs que le spectateur. Il devient rapidement évident que la conclusion sera tragique, mais rien n’empêche la nuit de poursuivre son chemin.
Histoires de la nuit de Léa Mysius sort dans nos salles à partir du mercredi 16 septembre. La durée est de 1 heure 54 minutes. Ce film est interdit aux moins de 12 ans.






