Une approche nuancée de la religion et de la violence conjugale
Dans un entretien, Géraldine Nakache a été interrogée sur le choix d’aborder la thématique des violences conjugales dans un contexte spécifique, celui d’un couple juif pratiquant. La question portait sur la crainte que l’aspect religieux ne puisse pas résonner suffisamment auprès du public. Elle a répondu que cette préoccupation n’était pas justifiée, car si la religion juive joue un rôle dans le scénario, le film n’a pas pour seule ambition de traiter du contexte religieux. La véritable thématique centrale reste la violence conjugale, une problématique qui touche toute sorte de femmes, indépendamment de leur religion ou de leur origine. Elle explique avoir rencontré ou croisé des personnes ayant vécu de telles situations dans leur vie, ce qui lui a permis de percevoir certains signes ou indicateurs, même si parfois, elle n’a pas su repérer le problème à l’époque. C’est également pour cela que la présence de l’entourage du couple est soulignée dans le film, car ce sont eux qui peuvent percevoir, parfois avec plus de clairvoyance, les signaux de violences et d’emprise. La réalisatrice insiste sur le fait que ce sujet dépasse largement une seule communauté ou religion, et que le film vise à sensibiliser à un phénomène universel.
La complexité de l’intégration de la sphère religieuse dans l’histoire du couple
Une autre question posée lors de cet échange portait sur la présence des amis, de la famille, et plus particulièrement des figures religieuses dans la dynamique du récit. La question soulignait la difficulté d’intégrer cet aspect dans le développement de l’histoire du couple. Géraldine Nakache a répondu qu’il était essentiel de représenter la religion non pas comme un symbole unilatéral d’oppression, mais comme une réalité ambivalente. Elle évoque notamment le rite du mikvé, une baignade de purification auquel peuvent recourir les femmes juives à la fin de leur cycle menstruel, afin d’être considérées comme “pures”. Au début de l’histoire, cet acte semble confiner Gil, l’héroïne du film, dans une forme d’emprisonnement symbolique. Cependant, au fil du récit, elle réalise qu’elle a la possibilité de reprendre le contrôle en décidant ou non de pratiquer cette étape rituelle. La religion juive, comme toutes les autres confessions, repose sur la foi, mais elle implique aussi un questionnement, un doute, voire une remise en question. Pour elle, Gil apparaît comme étant plus en accord avec cette perspective de la religion, celle qui s’autorise à douter, contrairement à son mari Jacques, qui ne doute jamais et reste dans une foi sans réserve. La réalisatrice souhaite ainsi montrer la religion comme une source d’ambivalence, capable d’être une force de libération ou d’entrave selon la façon dont elle est vécue.
Une violence insidieuse et psychologique en toile de fond
Le récit met également en lumière la manière dont les violences psychologiques quotidiennes peuvent s’insinuer dans la vie d’un couple. Géraldine Nakache explique qu’il ne s’agit pas d’un homme pervers narcissique cherchant à briller socialement, mais plutôt d’un homme qui cherche à tout contrôler, à dominer sa famille dans une volonté de cloisonner ses membres. Cette forme de violence, discrète mais profondément oppressante, est beaucoup plus insidieuse. Elle insiste sur le fait que la scène emblématique illustrant la monstruosité de cette emprise se trouve lorsque Jacques affirme à Gil qu’il ne la frappera jamais. Ce simple mot contient toute la violence psychologique et la manipulation implicite qu’il exerce : celui qui veut contrôler ne ressent pas le besoin de recourir à la violence physique pour asseoir son pouvoir. Il s’agit là d’un acte d’emprise, une manière de faire sentir à la victime qu’elle doit se conformer à ses règles silencieuses. La réalisatrice souhaite que cette forme de violence soit comprise comme un enjeu majeur, car elle est souvent méconnue ou sous-estimée, alors qu’elle peut être tout aussi destructrice que la violence physique.
Les talents remarquables des acteurs dans la reconstitution des personnages
Concernant le casting, Géraldine Nakache a évoqué la rencontre avec deux acteurs principaux, Monia Chokri et Niels Schneider, qu’elle a choisi pour incarner ses personnages. Elle précise que Monia Chokri, en plus d’être actrice, est aussi réalisatrice, ce qui lui a permis d’approfondir la crédibilité de son rôle de Gil, notamment en transmettant des sentiments contradictoires. Son interprétation parvient à faire ressentir toute la complexité intérieure de son personnage. Quant à Niels Schneider, il possède une personnalité solaire qui contraste avec le rôle de Jacques, un mari que l’on aurait plutôt attendu sombre ou mystérieux. Ce contre-emploi a pour objectif de créer une empathie et une compréhension plus nuancée du personnage. La réalisatrice voulait que le public puisse, à travers leur jeu, ressentir la difficulté pour Gil de partir ou de rester, en montrant que ce n’est pas une décision simple ou évidente. Leur performance contribue à rendre l’histoire plus authentique et touchante.
Une sortie au cinéma fortement attendue
Enfin, Géraldine Nakache a réservé une dernière note pour présenter le film « Si tu penses bien », prévu pour sortir dans les salles dès le mercredi 16 septembre, avec une durée de 1 heure 34 minutes. Elle souligne l’importance de cette œuvre qui, à travers sa narration, tente d’éclairer des aspects souvent méconnus ou mal compris des violences conjugales, tout en proposant un regard sensible sur la foi et ses multiples facettes.






