Santé : qu’est-ce que la prolifération des cyanobactéries lors des canicules ?

Sophie Lambert

L’essor des cyanobactéries lors des vagues de chaleur : un phénomène préoccupant

Depuis plusieurs semaines, la planète connaît des épisodes de canicule qui se succèdent, provoquant une augmentation notable de la présence de cyanobactéries dans de nombreux plans d’eau tels que les lacs, étangs et rivières. Ce phénomène, essentiellement alimenté par la hausse des températures, a des conséquences directes sur la qualité de l’eau et impose parfois la fermeture provisoire de sites dédiés à la baignade. Il présente également un danger sérieux pour les animaux comme pour les humains. Contrairement aux algues, ces organismes microscopiques, qui appartiennent à la catégorie des bactéries, connaissent une période de prolifération intense qui s’étend généralement de mai à octobre, dans des milieux aussi bien terrestres qu’aquatiques, en eaux douces ou salées.

Une prolifération rapide lors des conditions favorables

Lorsque des conditions spécifiques viennent favoriser leur développement — notamment une chaleur intense, un renouvellement lent des eaux et un apport élevé en nutriments — les cyanobactéries peuvent croître de façon explosive en quelques jours seulement. Actuellement, plusieurs départements en France connaissent ces phénomènes de floraison exceptionnelle, ce qui conduit à la fermeture précipitée de nombreux sites de baignade. Les régions de la Mayenne, de la Creuse, de la Vienne ou encore des Landes sont concernées par ce phénomène qui devient de plus en plus fréquent, nécessitant une surveillance accrue pour protéger la santé publique et préserver la qualité des eaux.

Les risques pour la santé animale, notamment canine

Ce qui pose problème, c’est que ces proliférations massives de cyanobactéries génèrent des toxines appelées cyanotoxines, potentiellement dangereuses pour la santé humaine et animale. Ces toxines peuvent contaminer l’eau et, par ingestion ou contact direct, provoquer diverses affections. En particulier, la production de cyanotoxines lors de ces pics de prolifération peut représenter un danger sérieux pour les êtres vivants qui entrent en contact avec ces eaux. Cela inclut non seulement les personnes pratiquant des activités nautiques ou se baignant, mais aussi les animaux domestiques, notamment les chiens qui jouent souvent près des eaux contaminées. Ces derniers ont été victimes de troubles graves, voire de mortalités, suite à l’ingestion ou au contact de cyanobactéries productrices d’anatoxines, comme le décrivent les rapports de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

En complément, il est important de noter que la présence dense de ces microorganismes dans un milieu aquatique peut avoir un impact dévastateur sur l’ensemble de l’écosystème. La dégradation de la qualité de l’eau, provoquée par l’accumulation massive de cyanobactéries, peut entraîner une baisse de l’oxygène dissous, ce qui peut engendrer la mort massive de poissons, d’invertébrés et d’autres organismes vivants, impactant gravement la biodiversité locale.

Les dangers pour l’homme et les modalités d’exposition

Jusqu’à présent, même si plusieurs chiens ont trouvé la mort après avoir été exposés à des eaux contaminées par ces cyanobactéries depuis 2005, aucun cas létal chez l’humain n’a été signalé en France. Cependant, cela ne signifie pas que le risque est nul : l’inhalation ou l’ingestion accidentelle de cyanobactéries peut entraîner diverses troubles chez l’être humain. Les principaux modes d’exposition concernent l’ingestion d’eau contaminée lors de baignades ou d’activités nautiques, l’utilisation d’eau impropre à la consommation ou encore la consommation de produits végétaux ou animaux issus de milieux pollués.

Les voies d’exposition possibles incluent également la consommation de denrées végétales irriguées avec de l’eau contaminée, ou encore la consommation de poissons issus de plans d’eau affectés. La prise de compléments alimentaires contaminés, ou le recours à des voies intraveineuses telles que l’hémodialyse, représentent aussi des risques à prendre en compte.

Une infographie présente souvent une image de cyanobactéries, illustrant leur aspect microscopique et leur croissance délétère sur la faune aquatique.

Les effets possibles sur la santé humaine

Chez l’homme, l’exposition à ces toxines peut provoquer une gamme variée de symptômes, avec une chronologie d’apparition différente selon les types d’effets. Parmi les effets possibles figurent des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, douleurs abdominales), des états fébriles, des irritations cutanées, ainsi que des problèmes hépatiques dus à l’ingestion ou l’inhalation de toxines. Dans certains cas plus graves, des troubles neurologiques tels que tremblements, fourmillements ou même paralysie peuvent survenir. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, ces symptômes apparaissent souvent dans un délai allant de quelques minutes à plusieurs heures après l’exposition, et leur manifestation dépend du mode et de la durée de contact.

Depuis 2006, 95 cas d’intoxication chez l’humain ont été recensés en France, avec une suspicion que ce chiffre soit bien en deçà de la réalité, faute de sensibilisation ou de reconnaissance systématique de ces phénomènes. La difficulté réside dans la nature peu spécifique des symptômes qui peuvent facilement passer inaperçus ou être mal identifiés.

Recommandations pour limiter les risques

Face à ces enjeux, l’Anses recommande plusieurs mesures à adopter dans les zones où la prolifération de cyanobactéries est observée : éviter tout type d’activité nautique pour limiter l’exposition, surveiller attentivement les enfants, qui sont particulièrement vulnérables, afin qu’ils ne jouent pas avec les amas de cyanobactéries accumulés en surface ou sur les rives. Il est également conseillé de tenir en laisse les chiens afin d’éviter qu’ils se mouillent ou ingèrent de l’eau ou des sédiments contaminés.

En cas de symptômes suspects, tels que troubles digestifs, démangeaisons, rougeurs ou sensation de vertige après une baignade ou une activité nautique dans une zone réputée contaminée, il est important de se doucher rapidement et de consulter un professionnel de santé pour un diagnostic précis.

Quant à la consommation de poissons issus des eaux affectées, il est fortement conseillé d’étêter et d’éviscérer les poissons avant cuisson ou congélation. Il ne faut pas consommer en entier de petits poissons, comme les fritures, qui peuvent accumuler davantage de toxines. En général, il est judicieux de limiter fortement la consommation de poissons provenant de milieux où une prolifération de cyanobactéries a été constatée de façon régulière.

L’ensemble de ces précautions vise à réduire l’exposition aux toxines cyanobactériennes et à préserver la santé des individus comme celle des écosystèmes aquatiques. La vigilance reste la meilleure arme face à ce phénomène de plus en plus fréquent, surtout lors de fortes chaleurs où la prolifération atteint son apogée.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.