Une recrudescence alarmante des infections sexuellement transmissibles en Europe et en France
Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) a lancé un signal d’alarme le jeudi 21 mai en évoquant une augmentation exceptionnelle des infections bactériennes transmissibles par voie sexuelle à l’échelle du continent européen. Selon leurs constatations, ces maladies ont atteint des seuils records en 2024, sous l’effet d’une explosion du nombre de cas de gonorrhée et de syphilis, tout en étant confrontées à une défaillance croissante dans les démarches de dépistage et de prévention. La situation en France ne déroge pas à cette tendance générale, comme l’indiquent également les statistiques recueillies par Santé publique France, qui soulignent une évolution similaire sur le territoire national.
Une augmentation spectaculaire des cas de gonorrhée et de syphilis
En allant dans les détails, l’année 2024 affiche un total de 106 331 cas de gonorrhée, marquant une progression de plus de 300 % par rapport à 2015. La syphilis, pour sa part, a également connu une hausse notable, avec un nombre de diagnostics qui a plus que doublé depuis 2015, culminant à 45 577 cas cette année-là. Cette croissance rapide de ces infections témoigne d’un problème de santé publique majeur, nécessitant une attention accrue pour ralentir cette tendance alarmante.
La chlamydiose demeure la IST la plus fréquente
Parmi les maladies sexuellement transmissibles, la chlamydiose, causée par la bactérie Chlamydia trachomatis, reste de loin la plus courante, avec un total de 213 443 cas déclarés à travers l’Europe. Au-delà, une autre infection liée, la lymphogranulomatose vénérienne (LGV), qui partage la même origine bactériologique, continue de se transmettre, avec 3 490 cas signalés cette même année. Ces chiffres reflètent l’ampleur du problème, surtout chez les populations jeunes et sexuellement actives.
Focus sur la situation en France
Pour la France, les chiffres de 2024 indiquent qu’environ 61 100 personnes ont été diagnostiquées avec une infection à Chlamydia trachomatis. À cela s’ajoutent près de 25 800 cas de gonorrhée et 6 500 cas de syphilis, d’après les données recueillies auprès de l’Assurance maladie. Ces chiffres mettent en évidence une tendance à la hausse persistante dans le pays. En outre, dans leurs centres de dépistage spécialisé (CeGIDD), on a enregistré 22 200 cas de chlamydiose, 13 500 cas de gonorrhée, ainsi que 2 500 cas de syphilis. Depuis 2022, notamment, les taux d’incidence dans le pays n’ont cessé d’augmenter, ce qui confirme l’aggravation du problème selon Santé publique France, qui a souligné ces tendances à la fin de l’année 2025.
Les conséquences potentiellement graves des IST non traitées
Il faut rappeler que ces infections, si elles ne sont pas traitées rapidement et efficacement, peuvent entraîner de graves complications pour la santé. La syphilis, par exemple, peut provoquer des douleurs chroniques, entraîner la stérilité, ou encore causer des problèmes cardiovasculaires et neurologiques dans les cas les plus sévères. Une ignorance ou une négligence face à ces maladies peut donc avoir des conséquences durables et irréversibles.
Une hausse préoccupante des cas chez les nouveau-nés
Les données récentes montrent également une augmentation inquiétante des cas de syphilis congénitale, c’est-à-dire contractée par le nourrisson à la naissance. Elle a particulièrement touché les populations masculine et hétérosexuelle, mais aussi, de plus en plus, les femmes en âge de procréer. Le nombre de cas détectés chez les nouveau-nés a presque doublé, passant de 78 en 2023 à 140 en 2024 dans 14 pays européens ayant fourni leurs statistiques. Ces chiffres traduisent une problématique de prévention insuffisante lors de la grossesse.
Les défis du dépistage et des mesures de prévention
Les cas de syphilis chez les nouveau-nés sont le signe d’un déficit en dépistage prénatal adapté, en suivi médical adéquat, ainsi qu’en tests répétés qui permettraient une intervention rapide. En France, le dépistage de cette maladie est pourtant obligatoire lors des premiers mois de grossesse, mais la réalité montre que des lacunes persistent dans la mise en œuvre de ces mesures. La difficulté d’établir un diagnostic précis et rapide constitue un enjeu majeur pour éviter des conséquences graves et irréversibles sur la santé néonatale.
Les recommandations pour contrôler la propagation
Face à cette situation, l’ECDC insiste sur l’urgence de mettre en place des stratégies ciblées pour endiguer cette progression. Il préconise notamment aux États européens d’améliorer leurs protocoles de dépistage prénatal, afin de déceler et de traiter les infections le plus tôt possible pour limiter la transmission aux fœtus. Par ailleurs, il déplore que, parmi les 29 pays ayant publié leurs résultats, 13 appliquent encore des tests payants pour détecter ces IST, une barrière supplémentaire pour l’accès aux soins. La nécessité d’adapter et de moderniser les stratégies de prévention, notamment en tenant compte des comportements sexuels actuels, apparaît comme une priorité absolue.
Vers une lutte plus efficace contre les IST
L’ECDC met en évidence que pour inverser cette tendance à la hausse, il faut déployer des services de prévention facilement accessibles, faciliter l’accès aux tests, accélérer la prise en charge des cas, tout en renforçant la traçabilité des partenaires infectés. Il appelle également à une mise à jour urgente des stratégies nationales de lutte contre les IST, accompagnée d’un système de surveillance renforcé afin d’évaluer précisément l’impact des actions menées. Sans mesures fortes et adaptées, il existe un risque sérieux que cette escalade continue, compromettant la santé publique sur le long terme.






