Asthmatique sévère : les biothérapies pourraient être une solution pour vous

Sophie Lambert

La gestion de l’asthme sévère en France : un traitement sous-utilisé malgré son efficacité

Une prévalence importante avec un impact notable des formes sévères

En France, la maladie asthmatique concerne près de quatre millions de personnes, ce qui représente une proportion significative de la population. Parmi ces patients, on estime que entre 5 et 10 % souffrent d’une forme grave de cette pathologie. La prise en charge de ces formes sévères a fait l’objet de recommandations officielles, notamment par la Société de pneumologie de langue française (SPLF) en collaboration avec la Société française d’allergologie (SFA). Ces recommandations ont mis en évidence l’efficacité des biothérapies dans le traitement de ces cas difficiles. Ces traitements innovants ont prouvé leur capacité à réduire la fréquence des crises ou exacerbations, ainsi que le recours aux corticoïdes administrés par voie orale, qui sont souvent associés à des effets secondaires importants. Par ailleurs, ils permettent une meilleure maîtrise des symptômes et peuvent, dans certains cas, conduire à une rémission clinique totale, observée chez environ 30 % des patients traités.

La nature des biothérapies : un ciblage précis de l’inflammation bronchique

Les biothérapies pour l’asthme sont des traitements par injection conçus pour agir directement sur certains mécanismes spécifiques de l’inflammation qui sous-tendent la maladie. Contrairement aux corticoïdes inhalés, qui ont un effet global sur l’inflammation, ces traitements ciblent précisément des acteurs clés du système immunitaire impliqués dans la survenue des crises et l’obstruction des bronches. Leur mode d’action est donc plus sélectif, ce qui permet de limiter certains effets indésirables tout en améliorant l’efficacité du traitement. Leur mise en œuvre requiert une évaluation soigneuse par un spécialiste pour déterminer si le patient pourrait bénéficier d’une telle approche, notamment en cas de maladie sévère.

Le contexte du recours aux biothérapies : des recommandations pour une utilisation ciblée

L’utilisation des biothérapies n’est pas systématique, mais strictement réservée aux patients atteints d’un asthme caractérisé par une sévérité importante. Les spécialistes préconisent d’envisager ces options lorsque le patient a connu au moins deux exacerbations majeures durant l’année précédente, malgré un traitement conventionnel. La sélection des candidats s’appuie aussi sur le taux d’éosinophiles, un type de globules blancs souvent élevé dans certaines formes d’asthme sévère. Lorsque ce taux dépasse 1 500 cellules par microlitre, des agents tels que le mépolizumab, le benralizumab ou le tezepelumab sont généralement privilégiés en première intention. Cependant, une étude française récente a révélé que ces traitements sont encore sous-utilisés, puisque seul un patient sur trois eligible reçoit aujourd’hui ce type de thérapie.

Des statistiques alarmantes sur la prescription des biothérapies

Selon une étude approfondie menée à partir du projet ASMAP, qui s’appuie sur une base de données issue de près de 9 200 pharmacies françaises représentant 47 % de l’ensemble, la situation est préoccupante. En analysant les données pour l’année 2024, les chercheurs ont constaté que seulement 32,4 % des patients atteints d’un asthme sévère et admissibles à une biothérapie se voient réellement prescrire ce traitement. Cela soulève un constat d’insuffisance dans l’accès à ces thérapies pour ceux qui en ont réellement besoin. La situation est d’autant plus critique que pour ces patients, la biothérapie pourrait significativement améliorer la qualité de leur vie en contrôlant mieux la maladie.

Critères d’éligibilité et recours actuels

L’adoption d’une biothérapie se fait généralement lorsque le traitement habituel, basé notamment sur des corticostéroïdes oraux ou injectables, ne parvient pas à maintenir la maladie sous contrôle. Concrètement, cela concerne des patients ayant eu au moins deux épisodes majeurs nécessitant une prise en charge avec corticostéroïdes dans l’année, ou bien ceux utilisant fréquemment leur inhalateur de secours, avec un minimum de trois inhalations par an. En 2024, environ 3 770 977 personnes âgées de 6 ans et plus en France ont été identifiées comme souffrant d’asthme, ce qui correspond à environ 5 700 cas pour 100 000 habitants. Parmi elles, 7,9 % étaient atteintes d’une forme sévère, majoritairement chez les adultes. Bien que 43,9 % de ce groupe remplissaient les critères pour bénéficier d’une biothérapie, seulement un tiers d’entre eux en ont effectivement bénéficié.

Les obstacles majeurs à une utilisation accrue

Plusieurs raisons expliquent cette faible utilisation des biothérapies malgré leur efficacité reconnue. Le délai entre l’évaluation initiale par un pneumologue et le début effectif du traitement peut atteindre une vingtaine de mois, ce qui représente un obstacle important pour certains patients. De plus, il apparaît que plus de 70 % des patients atteints d’un asthme sévère et non en traitement par biothérapie sont pris en charge uniquement par des médecins généralistes. Pourtant, cette pathologie requiert l’expertise d’un pneumologue, notamment dans le cadre de réunions de concertation dédiées à l’asthme sévère. La centralisation de la prise en charge dans des centres spécialisés permettrait sans doute d’améliorer la consommation de ces traitements, en garantissant une meilleure organisation de la démarche médicale.

Une amélioration de la qualité du contrôle de la maladie sous traitement

Les résultats de plusieurs études indiquent que ces thérapies ciblées ont un impact positif certain sur la gestion de l’asthme sévère. En particulier, ils se traduisent par une réduction significative de l’usage des corticoïdes oraux, qui passe de 9,1 % chez les non-traités à 3,1 % chez ceux recevant la biothérapie. Cette baisse témoigne d’un meilleur contrôle de la maladie, diminuant ainsi le risque d’effets secondaires liés aux corticostéroïdes. Un meilleur suivi médical et une prise en charge adaptée permettent donc d’obtenir une stabilité plus durable de l’état des patients.

La nécessité d’une meilleure organisation pour un accès facilité

Selon le professeur Pascal Chanez, chef du service de pneumologie à l’Hôpital Nord de Marseille, ce déficit d’accès à ces traitements s’explique aussi par une organisation insuffisante du parcours de soins. Beaucoup de patients atteints d’un asthma sévère sont encore suivis uniquement par leur médecin généraliste, ce qui ne permet pas toujours une prise en charge optimale. Il souligne ainsi que, pour améliorer la situation, il faut une coordination renforcée entre les différents acteurs de santé, tant au niveau national que local, afin de simplifier le processus de prescription, de suivi et de validation des traitements par des spécialistes. En renforçant la filière spécialisée, l’accès à ces traitements innovants pourrait être étendu, bénéficiant à un plus grand nombre de malades en souffrance.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.