Passage à l’heure d’été : quel impact sur notre santé ?

Sophie Lambert

Titre : Les enjeux et impacts du changement d’heure sur notre rythme biologique et notre santé

Une moitié de la population française sensible aux variations d’horaires

Selon une étude menée par le cabinet OpinionWay pour l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), la majorité des Français, à savoir environ un sur deux, ressentent les effets du passage à l’heure, quelle que soit la saison concernée. Ces effets sont particulièrement marqués chez les personnes souffrant déjà de troubles du sommeil, qui sont les plus vulnérables face aux changements d’heure. Plus précisément, 61 % d’entre elles sont touchées lors du passage à l’heure d’été, alors que ce chiffre s’établit à 58 % pour le changement vers l’heure d’hiver. Le spécialiste du sommeil, le Dr Claude Gronfier, explique que le changement à l’heure estivale représente souvent la situation la plus difficile à gérer. En effet, il précise que cette transition déplace de deux heures l’heure sociale par rapport à l’heure solaire, ce qui complique l’adaptation de l’organisme. La réponse de notre horloge interne, ou rythme circadien, ne se fait pas toujours de façon naturelle ou immédiate, ce qui entraîne chez certains une incapacité à s’ajuster rapidement. Résultat : ces individus accumulent un déficit de sommeil sur plusieurs mois, ce qui peut avoir des répercussions importantes sur leur santé et leur bien-être. Pour atténuer ces perturbations, de nombreux experts suggèrent qu’il serait préférable de conserver l’heure d’hiver, car cela limiterait les déséquilibres liés à la différence entre l’heure sociale et l’heure solaire. En attendant, pour minimiser l’impact du « jet lag social » induit par le changement d’heure, il est conseillé d’adopter de bonnes habitudes pour améliorer son sommeil. Parmi ces recommandations : reculer légèrement son heure de coucher de 5 à 10 minutes chaque soir, afin d’aider progressivement le corps à s’harmoniser avec le nouvel horaire.

Le rythme circadien, un système fragile fortement influencé par notre mode de vie moderne

Le rythme circadien, qui régule notre cycle veille-sommeil, repose sur une horloge biologique située dans notre cerveau. Cette horloge est conçue pour fonctionner en synchronie avec le cycle naturel jour-nuit, mais elle ne suit pas strictement une période de 24 heures. En réalité, son cycle naturel est d’environ 24 heures et 10 minutes, ce qui nécessite une régulation quotidienne. La principale méthode pour ajuster cette horloge interne consiste à s’exposer à la lumière reçue par la rétine, généralement dès le réveil. La lumière du matin joue un rôle essentiel dans cette synchronisation, permettant à notre organisme d’établir un bon rythme de sommeil. Pour compenser le décalage dû au changement d’heure, il est recommandé, en plus de reculer d’un court laps de temps l’heure du coucher, d’augmenter l’exposition à la lumière naturelle en début de journée. En effet, la lumière du matin est cruciale pour le bon fonctionnement de notre rythme circadien. Selon une étude menée en 2025 et portant sur plus de 80 000 personnes, une carence en lumière diurne serait directement liée à une augmentation des troubles du sommeil. Inversement, une lumière artificielle en soirée, notamment celle issue des écrans ou dans certains environnements très éclairés comme les hôpitaux ou les Ehpads, retarde l’endormissement et empêche le corps de se préparer au sommeil. La lumière artificielle, surtout en soirée, réduit la production de mélatonine, une hormone clé dans la régulation du cycle sommeil-éveil, rendant plus difficile l’endormissement.

Les chronotypes et leur rôle dans l’adaptation au changement d’heure

Tout le monde ne traverse pas le changement d’heure de la même façon : cela dépend largement de notre profil de sommeil naturel, ou chronotype. Certains sont biologiquement « du matin », tournés vers un éveil précoce, tandis que d’autres ont plutôt un chronotype « du soir », avec une tendance à se coucher et se réveiller plus tard. Ces différences, en grande partie d’origine génétique, sont aussi influencées par les habitudes de vie et notre environnement. Une exposition insuffisante à la lumière du jour ou une exposition excessive à la lumière artificielle en soirée peuvent renforcer ces différences et compliquer l’adaptation aux nouveaux horaires. Le spécialiste souligne que nos rythmes circadiens sont fortement modulés par nos activités sociales et nos environnements. Ainsi, les personnes ayant un chronotype du soir ont plus de mal à s’endormir aux heures classiques, ce qui entraîne un décalage plus important lors du changement d’heure. D’après un sondage OpinionWay réalisé en mars 2026, la moitié des Français se considère comme « du matin », contre 34 % qui se reconnaissent comme « du soir ». Les jeunes adultes (18-24 ans) ainsi que ceux résidant en Île-de-France sont plus souvent « du soir ». Ces profils présentent des particularités physiologiques, comportementales et environnementales qui expliquent en partie cette répartition. Chez les personnes « du soir », l’heure de l’extinction des feux se situe en moyenne 1 heure et 22 minutes plus tard que chez leurs homologues « du matin », et la différence d’heure de réveil n’excède pas 30 minutes. Ce décalage expose ces individus à un déficit chronique de sommeil, ce qui peut entraîner des conséquences néfastes sur leur concentration, leur humeur et leur santé globale.

Comment se préparer au passage à l’heure d’été ?

Pour limiter les effets négatifs liés à la transition vers l’heure estivale, il est conseillé de commencer à ajuster son rythme quelques jours à l’avance. En faisant se coucher et se lever 15 à 20 minutes plus tôt chaque jour à partir du milieu de la semaine précédant le changement d’heure, le corps aura le temps de s’adapter de manière progressive. Il est également utile de favoriser l’exposition à la lumière naturelle dès le réveil : ouvrir ses rideaux, prendre son petit-déjeuner près d’une fenêtre lumineuse, ou simplement sortir quelques minutes à l’extérieur permettent de stimuler l’horloge interne. Par ailleurs, associer cette exposition à une activité physique le matin peut renforcer la synchronisation du rythme circadien. Pendant le week-end, en particulier le dimanche de passage à l’heure d’été, il est conseillé de limiter la durée des siestes à 20 minutes entre midi et 16 heures afin d’éviter de perturber le sommeil de la nuit suivante. Enfin, il faut garder à l’esprit que tandis que la majorité de la population parvient à s’ajuster rapidement, certains groupes de personnes rencontrent des difficultés importantes. Cela concerne notamment les enfants et les adolescents, dont l’endormissement et le réveil peuvent être fortement perturbés, affectant leur concentration et leur apprentissage. Les personnes âgées, dont l’horloge biologique est plus fragile, ainsi que celles qui travaillent selon des horaires décalés ou présentent des troubles du sommeil ou de l’humeur, sont aussi plus vulnérables aux perturbations liées au changement d’heure. Enfin, les individus appartenant à un chronotype du soir ou souffrant de difficultés à s’endormir tôt devront faire preuve de vigilance supplémentaire pour préserver leur santé et leur rythme biologique.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.