L’émergence d’une 2CV en série limitée : un projet imaginé dans les années 1970
Au début de l’année 1974, l’idée de concevoir une version limitée de la 2CV voit le jour dans l’esprit de l’artiste Serge Gevin. Celui-ci soumet alors à Citroën deux concepts aux univers très différents en termes de couleurs, chacun apportant sa propre identité visuelle. Ces propositions visent à donner une touche d’originalité et d’exclusivité à la célèbre voiture, tout en apportant une nouvelle dimension à la gamme déjà bien établie.
Le premier des deux projets mise sur des associations de couleurs sombres et très sportives, avec un rendu audacieux et très marqué. Mais c’est finalement un autre concept qui sera favorisé, proposant une alternative tout à fait différente pour fidéliser une clientèle en quête d’originalité. La version retenue devient une 2CV à deux couleurs : un orange vif associé à du blanc, plus précisément baptisée « Orange Ténéré et Blanc Meije ». Ce choix chromatique participe à créer une ambiance joyeuse et dynamique, en phase avec l’esprit décalé de la marque.
De cette période, il reste une trace vivante dans l’esprit des amateurs : cette couleur orange soutenue, évoquant la chaleur et la plage. Serge Gevin n’a pas seulement pensé à l’extérieur, il a aussi habillé le véhicule d’un intérieur où dominent des panneaux de porte rayés orange et blanc — évoquant la toile d’un transat de bord de mer. L’atmosphère créée par ces détails intenses contribue à renforcer la personnalité de cette voiture unique.
Il faudra environ deux années entières pour que cette idée originale se concrétise en un produit commercial. Après un long processus de validation, Citroën donne enfin son accord pour lancer la série limitée, mais une étape reste encore à franchir avant l’approbation finale : la mise en production doit être soigneusement planifiée et validée. À cette étape, la marque recherche également un nom à la hauteur de ses ambitions pour cette voiture si particulière.
L’importance de choisir un nom évocateur
L’un des premiers choix dans la création de cette série limitée consiste à lui attribuer un nom qui reflète l’esprit de vacances, de soleil et de farniente. La femme de Serge Gevin, Micheline, propose alors l’appellation « Transat », un nom qui évoque directement la détente au bord de la mer et correspond parfaitement à l’ambiance souhaitée pour cette voiture. Cependant, ce nom ne pourra pas être utilisé pour des raisons juridiques, car il est déjà déposé en France par une autre société.
Face à cette contrainte, la marque décide de le remplacer par « Spot », un terme qui fait référence au soleil, à la lumière éclatante qui illumine les vacances balnéaires. Ce choix permet de conserver cette idée de vacances et de soleil, en évitant toute confusion juridique ou commerciale. Le nom « Spot » deviendra ainsi l’identifiant de cette série limitée, renforçant l’idée de voiture éclatante, pleine de vie.
Le lancement et la présentation confidentielle d’un modèle exceptionnel
L’étape finale du processus consiste à organiser une sortie discrète mais stratégique du véhicule. La période de production est tenue secrète pour préserver l’effet de surprise. En janvier 1976, le prototype final est photographié dans un endroit discret, la côte normande à Honfleur, en plein hiver, afin d’éviter toute attention indésirable. Cette localisation privilégiée permet de limiter la présence de touristes ou de curieux, garantissant ainsi la confidentialité du projet jusqu’à sa présentation officielle.
Les pièces spécifiques nécessaires à la personnalisation de cette série limitée sont rapidement validées. La fabrication de la 2CV Spot commence dans l’usine Citroën située à Levallois, en banlieue parisienne, à la fin du mois de février 1976. Tout est mis en œuvre pour que cette voiture spéciale voit le jour dans les meilleures conditions, fidèle à la vision de son créateur et à l’esprit de sa couleur vive et festive.
Une 2CV différente, une série hors normes
La 2CV Spot se distingue nettement par ses caractéristiques propres. Son design s’appuie sur une carrosserie bicolore avec une capote rayée orange et blanche, rappelant à la fois la décontraction balnéaire et le style vintage. L’intérieur n’est pas en reste : la sellerie en tissu jersey-orange Vénitien, ainsi que les panneaux de porte spécifiques, renforcent le caractère unique de cette série limitée. De plus, des enjoliveurs en inox issus du modèle Dyane donnent un look rétro et sportif à l’ensemble, tout en étant bordés de petits autocollants portant le nom « Spot » pour souligner son exclusivité.
Sous sa peau, la voiture conserve une configuration classique de 2CV 4 cylindres avec un moteur de 435 cm³. D’ailleurs, malgré son look volontairement différent, elle conserve ses performances d’origine : la capacité de dépasser allègrement la centaine de kilomètres par heure, tout en restant économique avec une consommation d’environ 5,4 litres aux 100 kilomètres. Son prix de vente à l’époque est fixé à 13 600 francs. Le lancement officiel, programmé pour le 10 avril 1976, suscite immédiatement un vif engouement.
Un démarrage en fanfare : un succès immédiat
Ce lancement exceptionnel marque une étape importante pour Citroën. En créant une opération commerciale inédite — un concours organisé dans tout le réseau de concessions — la marque atteint un engagement fort auprès de ses clients potentiels. La présentation de cette série limitée devient alors un véritable évènement national, où chaque concession participe à un premier rendez-vous haut en couleur autour de cette voiture originale.
L’accueil du public dépasse toutes les attentes : dès l’ouverture des ventes, les commandes s’enchaînent rapidement. La demande est telle que le stock limité, de seulement 1800 exemplaires, est rapidement épuisé, obligeant certains concessionnaires à faire face à un ras de marée de commandes. La popularité de la 2CV Spot dépasse de loin les frontières françaises. Dès octobre 1976, elle est produite dans une usine belge située à Forest, pour répondre à une demande croissante dans plusieurs pays européens.
La diffusion européenne et une réputation historique
Si la majorité des exemplaires livrés en Italie et dans les pays du Bénélux sont équipés du moteur standard de 2CV 4 cylindres, certains modèles destinés à la Grande-Bretagne et à la Suisse optent pour une motorisation plus puissante issue de la 2CV 6, avec 602 cm³. Quelques dizaines d’unités atteignent aussi les marchés scandinaves, montrant ainsi la portée internationale de cette série limitée. Après une sortie qui demeure une réussite, la 2CV Spot continue d’être une référence dans le cœur des collectionneurs et passionnés de Citroën, même trente ans plus tard.
Une icône qui entre dans l’histoire automobile
En raison de son caractère novateur, la 2CV Spot représente la première d’une longue série de modèles en série limitée. Elle demeure cependant la plus emblématique de cette catégorie, notamment auprès des passionnés qui la considèrent comme une voiture emblématique de l’esprit Citroën. Sa singularité, sa couleur vive et son style unique font d’elle un symbole qui a su traverser les décennies.
Pour fêter ses 50 ans, le salon Epoqu’auto de Lyon, prévu du 6 au 8 novembre 2026, a choisi de lui rendre hommage en l’affichant sur l’affiche de l’événement. Cela témoigne de son importance dans l’histoire de l’automobile et de la façon dont cette version limitée de la 2CV continue, encore aujourd’hui, d’incarner le souvenir d’un certain art de vivre à la française. La 2CV Spot, nettement identifiable, reste dans les mémoires comme une voiture qui a su allier innovation, originalité et réussite commerciale, pour marquer à jamais son passage dans l’univers automobile.






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