L’ensemble Accroche Note rend hommage au compositeur hongrois György Kurtág, centenaire

Sophie Lambert

György Kurtág, un compagnon de route fidèle pour Armand Angster

Selon Armand Angster, le renomé clarinettiste, la figure de György Kurtág représente pour lui un véritable « compagnon de voyage musical ». « Nous interprétons ses œuvres depuis pas mal d’années », confie-t-il avec tendresse. C’est donc de manière tout à fait naturelle que lui-même, accompagné de ses partenaires d’Accroche Note — un ensemble strasbourgeois à la composition flexible qu’il a créé en collaboration avec la soprano Françoise Kubler — a décidé d’explorer et de mettre en lumière le vaste répertoire de ce compositeur. Ce projet s’inscrit dans un programme chargé de résonances amicales, où sera également présenté, dans une création mondiale, une nouvelle pièce signée Ivan Solano, lui aussi clarinettiste et compositeur, ancien élève de Kurtág. Intitulée « Hommage à Marta et György Kurtág », cette œuvre rend hommage à deux figures fondamentales de la vie et de l’œuvre du compositeur hongrois.

Une programmation variée pour célébrer la musique de Kurtág

Pour étoffer ce voyage musical, plusieurs artistes tels qu’Agnès Maison à l’alto, Ekaterina Yukhnova au cymbalum, Jean-Luc Iffrig à l’orgue et au piano, ainsi que Wilhem Latchoumia au piano, ont préparé une immersion dans l’univers de Kurtág. Parmi les pièces proposées, l’on trouve notamment Hommage à R. Sch (1990), une composition qui, tout en étant accessible et accrocheuse, réserve une pirouette finale particulièrement brillante — un vrai « tube » qui dialogue harmonieusement avec les Märchenerzählungen de 1853, œuvres du maître du romantisme allemand écrites pour le même effectif instrumental (clarinette, alto, piano). Ces œuvres répétées illustrent la profondeur de l’influence qu’a exercée le passé sur la musique de Kurtág et montrent la façon dont il tisse le fil entre tradition et innovation.

Une œuvre riche révélant la liberté artistique de Kurtág

Par ailleurs, l’ensemble du programme offre une palette variée de pièces, telles que Les Trois inscriptions anciennes pour voix et piano, une ode singulière à l’amour écrite en 1987, ou encore des extraits de Signes, jeux et messages, une collection de morceaux expérimentaux qui évoquent une grande liberté créative. Ces compositions permettent d’apprécier l’individu derrière la musique, un homme dont l’esprit d’indépendance et la créativité semblent inépuisables, avec des racines profondément ancrées dans des œuvres du passé. La musique de Kurtág, notamment ses transcriptions de cantates de Bach pour piano à quatre mains — en particulier trois exemples tels que Aus tiefer Not schrei ich zu dir BWV 687, que le compositeur interprétait avec sa femme —, témoigne d’un respect profond pour la tradition. À ce sujet, il confiait : « Conscient, je me considère sans doute athée, mais cela ne se voit pas dans ma musique. Quand j’écoute Bach, je ne peux pas me permettre de l’être, tant sa musique semble prier sans cesse. »

Une soirée à l’écho spirituel et musical

Ce concert se tiendra à l’église Sainte-Aurélie à Strasbourg, le samedi 18 avril à 19 heures. L’entrée est gratuite, car cette soirée s’inscrit dans une démarche de partage et de découverte de la musique sacrée et profane de Kurtág. La combinaison de ces œuvres permet d’explorer non seulement la carrière du compositeur hongrois, mais aussi son influence durable sur la musique contemporaine et ancienne. La soirée viendra ainsi enrichir la connaissance du public, en mettant en avant un musicien qui a su, tout au long de sa vie, faire preuve d’une étonnante liberté artistique tout en restant profondément fidèle à ses racines et à son héritage musical.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.