Les toilettes d’Artemis 2 à 23 millions de dollars ne évacuent toujours pas l’urine

Sophie Lambert

Le retour sur Terre pourrait bien se dérouler sans encombre pour l’équipage d’Artémis 2. Cependant, à l’intérieur de leur capsule Orion, un problème inattendu perturbe leur mission : un équipement indispensable, en l’occurrence les toilettes, ne fonctionne plus comme prévu en raison d’une réaction chimique imprévue. Les quatre astronautes qui composent cette mission ont pris place à bord la veille du 1er avril, pour une période d’environ dix jours de voyage spatial dans un habitacle de la taille d’un petit véhicule utilitaire. Mais dès les tout premiers moments du voyage, ils remarquent que le système des toilettes présente une panne. Christina Koch, une astronaute américaine, décide alors de prendre les choses en main pour tenter de réparer cette pièce essentielle.

Elle ne cache pas son fierté à ce sujet et affirme avoir le sentiment d’être « la plombière de l’espace ». Selon ses propos, cet équipement constitue, à ses yeux, la pièce la plus cruciale à bord, ce qui explique qu’elle et ses collègues aient tous été soulagés lorsque la situation a été maîtrisée. Pourtant, ce dysfonctionnement ne concerne pas uniquement l’évacuation de l’urine, mais aussi celle des eaux usées qui, en principe, sont évacuées dans l’espace. Lorsqu’ils tentent de vider ces eaux, rien ne se passe comme prévu, ce qui accentue le problème.

Une odeur d’appareil de chauffage en feu

Les problématiques liées à ces sanitaires deviennent rapidement un sujet récurrent lors des conférences de presse organisées par la NASA, au centre spatial de Houston, dans le Texas. Ce centre a laissé également dans la mémoire collective la fameuse phrase « Houston, nous avons un problème », prononcée en 1970 par l’astronaute Jack Swigert, lors d’un incident survenu à bord d’Apollo 13. Lors de ces échanges, la NASA doit souvent évoquer la question de la panne sanitaire, qui ne laisse pas d’inquiéter.

Par ailleurs, Christina Koch a décrit l’odeur qui se dégageait dans la capsule comme ressemblant à celle d’un « radiateur qui brûle ». Face à cette situation, l’équipe au sol a activé une solution alternative : demander aux astronautes d’utiliser des toilettes portables, personnelles et réutilisables. La NASA précise que le fonctionnement des toilettes classiques est toujours garanti, mais que leur principal problème réside dans l’évacuation du réservoir d’eaux usées. Rick Henfling, un responsable de l’agence spatiale, explique que plusieurs hypothèses ont été envisagées, notamment celle d’une formation de glace dans le conduit, qui pourrait obstruer le système. Pour tenter de chauffer et de faire fondre cette glace, la fusée a été orientée face au Soleil, activant les radiateurs, sans que l’obstruction soit levée.

Une réaction chimique mystérieuse obstrue encore le conduit

Les responsables de la mission avancent désormais une nouvelle théorie : un phénomène de réaction chimique pourrait être à l’origine de cette obstruction. Selon eux, il se pourrait qu’une réaction en cours génère des débris qui viennent obstruer le filtre d’évacuation. La pièce maîtresse du système toilette, évaluée à environ 23 millions de dollars, est conçue à l’identique de celles installées à bord de la Station spatiale internationale. La différence ici est que c’est la première fois qu’un tel équipement est utilisé aussi loin dans l’espace, puisque lors des missions Apollo, les astronautes se servaient de sacs spéciaux. En revanche, le sanitaire d’Orion, solidement fixé au sol de la capsule, émet un bruit assez fort lors de son fonctionnement, ce qui oblige souvent à porter des protections auditives lors de son utilisation.

Malgré ces désagréments, le Canadien Jeremy Hansen, un des membres de l’équipage, expliquait avant le décollage que cet endroit représentait pour eux un rare moment de solitude. La responsable principale de la NASA, Lori Glaze, reste confiante : elle affirme qu’une fois au sol, ils seront en mesure de diagnostiquer précisément la source du problème en procédant à une inspection détaillée.

Dans cette optique, une autre hypothèse a été proposée, celle selon laquelle une réaction chimique pourrait provoquer la formation de débris qui obstruent le conduit, ce qui nécessiterait une intervention spécifique. La compagnie a ainsi investi dans ces toilettes extrêmement coûteuses, dans l’espoir qu’elles fonctionneraient sans encombre pour toute la durée de la mission, mais cet incident montre qu’un tel équipement ne peut pas encore être garanti sans faille lors d’un usage aussi éloigné. La situation reste donc en cours d’analyse, afin d’assurer la sécurité et le confort de l’équipage lorsque leur mission d’exploration se poursuivra.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.