Le sucre, source d’énergie pour les tumeurs : ce qu’il faut savoir

Sophie Lambert

Une image claire de la prévalence du cancer du poumon en France en 2023

En 2023, le nombre de personnes diagnostiquées avec un cancer du poumon en France était de 33 438 pour les hommes et de 19 339 pour les femmes. Ce type de cancer demeure la principale cause de mortalité par cancer dans le pays. La majorité des cas, environ 80 %, sont liés à la consommation de tabac, un facteur de risque qui multiplie par dix à quinze le risque de développer la maladie. D’autres éléments peuvent également jouer un rôle dans l’émergence du cancer du poumon, comme l’exposition au radon, considéré comme la seconde cause de cette disease en France, étant responsable de 6 à 15 % des cas. L’amiante, la pollution atmosphérique, et d’autres agents environnementaux interviennent également dans le développement de cette pathologie grave.

Une alimentation inadéquate, un facteur de risque potentiel pour le cancer du poumon

Selon une étude parue en 2025 dans la revue Nature Metabolism, il semblerait qu’un mauvais régime alimentaire puisse également augmenter la probabilité de développer un cancer du poumon. Ramon Sun, professeur associé à l’Université de Floride et directeur du Center for Advanced Spatial Biomolecule Research, explique que, habituellement, le cancer du poumon n’est pas classé parmi les maladies liées à ce que l’on mange. Contrairement à certains autres cancers, comme ceux du foie ou du pancréas, où l’alimentation joue un rôle clairement identifié, l’idée qu’une alimentation déséquilibrée puisse influencer directement le risque de cancer du poumon est peu évoquée.

Les recherches sur le rôle du glycogène dans le cancer du poumon

Les scientifiques, notamment Ramon Sun et son équipe, ont décidé d’approfondir cette hypothèse en se concentrant sur une forme spécifique de cancer du poumon appelée adénocarcinome, qui représente environ 40 % des diagnostics dans le monde. Leur intérêt s’est porté sur le glycogène, une molécule stockant l’énergie sous forme de glucose dans notre organisme, qui a déjà été retrouvée en quantité élevée dans plusieurs autres types de cancers comme ceux du sein, du rein ou encore du foie. Leur étude a utilisé une technique d’imagerie sophistiquée permettant de visualiser la répartition des molécules dans les tissus, notamment en localisant où le glycogène s’accumule dans les cellules tumorales.

Une alimentation équilibrée : un nouvel axe pour la prévention du cancer du poumon

Les résultats de ces recherches, publiés en mars 2025, révèlent un lien entre la consommation de certains aliments et le développement du cancer du poumon. Cette étude s’inscrit dans une longue tradition de recherches engagées depuis deux décennies par Matthew Gentry et Ramon Sun, autour d’une maladie génétique rare appelée maladie de Lafora, caractérisée par une accumulation excessive de glycogène dans les cellules et provoquant de graves troubles neurologiques. La recherche sur cette maladie a permis de développer trois médicaments ciblant directement le métabolisme du glycogène.

Les travaux réalisés sur des modèles de souris ont montré que le glycogène joue un rôle de métabolite oncogénique. Plus le tissu cancéreux accumule de glycogène, plus la tumeur tend à être agressive. Les chercheurs ont constaté que cette accumulation est corrélée à un grade tumoral plus élevé et à un pronostic défavorable. En ce sens, ils ont observé que suivre un régime occidental, riche en graisses et en fructose, favorisait une augmentation du taux sanguin de glycogène, ce qui, à son tour, stimulait la croissance du cancer du poumon. À l’inverse, une réduction du glycogène sanguin ralentissait le développement tumoral.

Le glycogène, un indicateur précieux dans la lutte contre le cancer du poumon

Ramon Sun insiste sur le fait que le glycogène constitue un « indicateur extrêmement fiable » pour suivre la croissance de la tumeur et prévoir la mortalité chez les patients atteints du cancer du poumon. Matthew Gentry, quant à lui, souligne que maintenir une alimentation riche en nutriments, adopter un mode de vie actif et limiter la consommation d’alcool représente des stratégies fondamentales pour préserver sa santé sur le long terme. Il ajoute que modifier ses habitudes alimentaires constitue un levier puissant pour réduire le risque de développer cette maladie. Ces découvertes laissent entrevoir la possibilité d’intégrer la nutrition dans les stratégies de prévention du cancer du poumon, proposant ainsi une nouvelle voie à explorer dans la lutte contre cette pathologie souvent fatale.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.