Témoignages : une colocation qui vire au cauchemar et fait douter de sa sécurité à la maison

Sophie Lambert

Vivre en colocation : une expérience souvent pleine de défis et de surprises

La vie partagé dans un logement avec d’autres personnes ne correspond pas forcément à l’image idéalisée que l’on peut en avoir, souvent véhiculée par la culture pop. Pour certains, la colocation n’est pas un choix délibéré, mais une nécessité. La montée constante des prix de l’immobilier et des loyers fait que cette solution demeure la plus accessible pour beaucoup. Après s’être installé dans cette nouvelle vie, il reste cependant à faire face à une étape essentielle : apprendre à cohabiter, parfois avec des personnes que l’on choisit, parfois avec des inconnus dont on découvre la personnalité peu de temps après leur arrivée.

Une expérience de colocation marquée par les désillusions

Elias, étudiant en master à Metz, garde un souvenir peu reluisant de ses expériences en colocation. En 2021, il partageait un appartement situé dans un secteur privilégié, mais qui laissait sérieusement à désirer en termes d’état et d’hygiène. Son logement était une passoire thermique louée par un propriétaire peu soucieux du confort de ses locataires, sans espace commun : chacun d’entre eux mangeait dans sa propre chambre. Elias, alors âgé de 20 ans, raconte que cette situation était un véritable calvaire. La saleté et le manque d’entretien de l’un de ses colocataires rendaient leur vie commune difficile : il fallait sans cesse rappeler à ce colocataire de nettoyer ses poêles, de nettoyer le lavabo après s’être rasé ou encore de tirer la chasse d’eau après avoir effectué sa toilette intime. La situation devenait insupportable, et Elias se rappelle que c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Une accumulation de désagréments qui marque un tournant

Tom, basé à Issy-les-Moulineaux, partage également une expérience peu enviable avec ses amis. Deux ans auparavant, suite au départ d’un de leurs colocataires, il leur a fallu en urgence recruter un nouveau locataire. Ils ont choisi une personne rapidement, mais le résultat a été déplaisant. Pendant plusieurs mois, ils ont eu la sensation d’être dépossédés de leur propre domicile, à cause du comportement désordonné de leur nouveau colocataire. Lors de l’état des lieux de sortie, ils découvrent que la chambre du locataire sortant n’avait jamais été nettoyée, et ils ont dû s’en charger eux-mêmes pour rendre l’appartement en bon état. Elias a également vécu cette expérience, notamment lorsque sa cuisine est devenue invivable. La situation a atteint un point critique lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’y avait plus une seule assiette propre dans le placard, et ce n’est qu’après avoir cherché longtemps qu’un troisième colocataire a ramené une pile d’assiettes pleines de restes moisis, ce qui a définitivement marqué un tournant dans sa perception de la vie en colocation.

Une décision pour un meilleur cadre de vie

Ce moment de crise a incité Elias à prendre une grande décision : quitter la colocation. Quelques semaines plus tard, la fin de l’année scolaire est arrivée, et il a opté pour un logement plus excentré, malgré un voyage plus long vers l’université, passant de cinq à quarante minutes de trajet. Pour lui, il s’agissait d’un compromis nécessaire pour mieux se sentir chez lui. Plusieurs années plus tard, Elias confie que cette expérience lui a permis de comprendre que « le prix à payer pour être à l’aise dans son logement est parfois élevé ». De son côté, Tom a tiré une autre leçon, rappelant qu’à l’avenir, il mettrait beaucoup plus rapidement en place des limites strictes pour la gestion de leur espace commun.

Les conflits liés à la vie quotidienne, entre odeurs et comportements dérangeants

Cependant, les désaccords ne se limitent pas simplement à la propreté ou à la gestion des tâches ménagères. En 2024, Elsa, une jeune femme de 29 ans, cherchait un nouvel appartement dans le quartier lyonnais de la Carte des Coloc. Elle trouve un logement idéal : une terrasse panoramique, une chambre spacieuse avec salle de bains privée, pour un prix très compétitif, et déjà occupé par deux hommes de son âge. Au début, tout sembla bien se passer, mais rapidement, Elsa fut confrontée à la forte odeur de transpiration provenant de l’un de ses colocataires. Difficulté à en parler, compassion pour la situation, mais surtout souci de vivre dans un espace confortable, la jeune femme a fini par se replier dans sa chambre, même pour les repas, ne souhaitant pas faire face à ce problème. La situation a empiré lorsque, un soir, le second colocataire a invité des amis. Elsa, qui entendait des bruits et des cris venant du salon, s’est retrouvée prisonnière de son sentiment de peur. Elle aperçoit des bouteilles qui roulent au sol, des bruits de voix amplifiés par la soirée tumultueuse, et des cris dans la nuit. La peur la gagne, notamment parce que la porte de sa chambre ne possède pas de verrou. Elle décide alors de quitter le logement après seulement deux mois dans cet environnement devenu invivable, sans remettre en cause son souhait de vivre en colocation. Pour elle, il ne faut tout simplement plus accepter de vivre avec des personnes peu respectueuses ou dont le comportement dérape.

Conflits, impayés et risques pour la sécurité

Parfois, la colocation tourne aussi au cauchemar à cause des problèmes financiers et des comportements inappropriés. À Bordeaux, Francine évoque à son tour un vécu difficile. Après l’arrivée d’une nouvelle colocataire, Léa, qui avait remplacé une amie, la situation s’est rapidement détériorée : la musique à fond toute la nuit, les invités qui défilent, la casse d’objets, ou encore l’entrée dans sa chambre sans permission, voilà autant de scènes qu’elle a dû endurer. La jeune femme de 26 ans confie avoir ressenti un véritable malaise quotidien, craignant pour sa sécurité. La situation s’est aggravée quand le compagnon de Léa a emménagé, transformant l’appartement en un lieu où le respect des règles et la tranquillité sont devenus impossibles. Les colocs brisent une porte, font du bruit jusque tard dans la nuit, et leur comportement déchaîné les a amenés à vivre dans un environnement où l’insécurité et l’intrusion dans leur intimité sont devenues la norme. Après dix mois difficiles, Francine décide de partir, engageant même une procédure légale pour récupérer sa caution, mais Léa, elle, reste dans ce logement, dans une situation compliquée.

Une fin de cohabitation conflictuelle et des séquences douloureuses

Les mauvais démarrages dans une colocation peuvent se solder par une longue et pénible séparation. Dans le cas de Francine, après deux mois d’une cohabitation chaotique, l’agence immobilière lui annonce qu’il reste plus de 1 500 euros de loyers impayés. Elle découvre alors avec consternation que Léa n’a pas seulement arrêté de payer, mais qu’elle a également dissimulé cette information par peur de ne plus pouvoir faire partie de l’appartement. La vérité éclate quand Léa confie qu’elle a perdu son emploi, ce qui explique son silence. Cependant, elle n’a jamais envoyé sa part de loyer, ce qui laisse penser qu’elle a essayé de cacher la situation. Le calvaire dure encore dix mois, jusqu’à ce que le propriétaire décide enfin de ne plus louer à de futurs colocataires. Quant à Léa, sa situation reste critique. L’histoire de la colocation de Francine montre à quel point une relation négligée dès le départ peut dégénérer, impliquant des pertes financières importantes et une tension durable.

(*) Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes concernées.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.