Le festival All Monsters Love Rock’n’Roll a fait vibrer Cernay avec monstres et cosplayers

Sophie Lambert

Un festival singulier mêlant horreur, rock et créativité au cœur de Cernay

Le samedi, la ville de Cernay s’est transformée en une véritable scène de spectacle lors de la deuxième édition du festival All Monsters Love Rock’n’Roll, organisé à l’espace Grün. Durant cette journée, les visiteurs ont pu croiser un éventail de personnages hors du commun : une marionnette à la chevelure extravagante, un zombie tout droit sorti de l’imagination macabre, ou encore une version féminine du célèbre Hannibal Lecter. Tout cela, en musique, avec les riffs puissants de groupes emblématiques tels que Guns N’ Roses ou Scorpions, contribuant à une atmosphère à la fois sombre, rock et fascinante.

Une galerie d’artistes talentueux et d’expositions spectaculaires

Parmi les nombreux exposants présents, les talents se sont succédé pour offrir des œuvres tout aussi impressionnantes qu’authentiques. La photographe Jennifer Brachet, par exemple, a présenté une partie de sa collection intitulée « 100 visages ». À travers une centaine de clichés, elle dévoile un univers à la fois mystérieux et sombre. Son jeu de lumière confère à ses images une ambiance à la fois étrange et presque fantastique, évoquant la toile d’un tableau ancien. « J’aime ressentir la peur », confie-t-elle, expliquant que son travail lui permet d’explorer ses propres sensations. Par ailleurs, elle propose aussi aux particuliers de composer leur propre série, une démarche où une personne, notamment un homme victime d’une rupture sentimentale, pose avec un cœur déchiré, dans le but d’articuler et d’exorciser ses douleurs par la photographie.

Une de ses œuvres, par exemple, met en scène cet homme, dont l’image poignante traduit la rupture douloureuse, témoignant à la fois d’un processus créatif et d’un besoin d’expression profonde. La qualité artistique de ses clichés illustre bien l’engagement et la passion qui animent ces créateurs.

Une immersion dans l’univers du cosplay et de la transformation

Tout proche, Émilie déambule vêtue d’un costume représentatif d’un personnage atypique. Elle appartient à l’association 68^e^ Impérial, une structure qu’elle a découverte en observant la déambulation de cosplayers lors de la Foire aux vins de Colmar. Sa récente création incarne une version féminine d’Hannibal Lecter, symbole d’un certain amour pour la construction de personnages fictifs. Elle explique : « Je crée des personnages qui me plaisent, sans distinction de genre. » La jeune femme est spécialisée dans le déguisement et, plus précisément, dans la fabrication de personnages masqués, ce qui lui évite parfois de recourir au maquillage traditionnel.

Son costume est astucieux : elle porte une veste qui imite une camisole de psychiatre, mais qui a été altérée pour donner un aspect réaliste, notamment en étant salie avec de la boue pour accentuer l’effet usé et authentique. La passion pour les costumes qu’elle investit peut représenter de lourdes dépenses, mais cela n’entame en rien son enthousiasme, car pour elle, porter un personnage, c’est comme vivre un rêve d’enfance, une manière de s’évader de la réalité parfois morose.

Le souci du détail et la dévotion des cosplayers

Les participants au festival n’épargnent pas leurs efforts pour réaliser des costumes d’une qualité impressionnante. Melodie et Thibault, deux maquilleurs spécialistes en effets spéciaux, ont d’ailleurs consacré plus d’une heure à transformer Romain, un festivalier, en un zombie hyperréaliste. La pose de prothèses et l’application de latex liquide ont permis d’obtenir une peau texturée, véritable œuvre d’art éphémère. Leur savoir-faire témoigne du souci du détail qui anime ces artistes, souvent prêts à investir beaucoup pour parfaire leur création.

À l’âge de huit ans, Gabin a lui aussi succombé à la magie du maquillage de zombie. Son enthousiasme est tel qu’il a demandé à ses parents de lui en faire un aussi, malgré l’aspect souvent effrayant de ces transformations. La passion de ces artistes renforce l’ambiance particulière du festival, où le grotesque côtoie la poésie, et où le déguisement devient une véritable forme d’expression artistique.

L’évasion par la créativité et l’esthétique horrifique

Le couple formé par Thibault et Melodie, artistes dans le domaine du maquillage d’effets spéciaux, illustre bien cette recherche d’élégance et de sensibilité dans l’horreur. Leur collaboration, qui dure depuis vingt ans après une rencontre universitaire, leur permet de présenter des créations allant du déguisement horrifique à des accessoires innovants comme des lampes fabriquées à partir de VHS recyclées. Leurs œuvres mêlent souvent effroi et esthétique, révélant une vision personnelle et raffinée du cinéma et du spectacle horrifique.

Dans cette veine artistique, l’un des points forts du festival est la présence de Jennifer Brachet, qui met en vente ses clichés inspirés de ses séries de portraits. Ces images illustrent une facette rare de la photographie de genre, où la peur et la fascination se conjuguent avec talent. La série « 100 visages » qu’elle propose devient alors un recueil d’émotions capturées, mêlant rêve, cauchemar et beauté étrange.

Une passion qui transcende la simple exhibition

Le coût d’un costume peut parfois atteindre plusieurs centaines d’euros, comme celui du masque du Grinch, acheté 700 euros par Émilie. La jeune femme explique : « Certains partent en vacances ou investissent dans leurs loisirs, moi je dépense pour mes costumes. » Selon elle, se glisser dans la peau d’un héros ou d’une héroïne, c’est comme réaliser un rêve d’enfant. À travers ses créations, elle affirme que « dans mon costume, je peux m’éloigner de la dure réalité quotidienne », laissant place à un univers où tout devient poétique, étrange ou même sensuel.

Ce festival, par son originalité et la richesse de ses contenus, invite donc à une immersion totale dans une sphère où l’art, la musique et la créativité effacent, quelque temps, la banalité quotidienne pour faire place à des mondes imaginatifs et profondément personnels.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.