Le 1er novembre approche : êtes-vous en règle avec la loi Montagne et vos pneumatiques ?

Sophie Lambert

Comprendre la réglementation sur l’équipement hivernal en zones montagneuses

La loi Montagne, un cadre législatif instauré pour encadrer les dispositifs de sécurité en territoires de montagne, a récemment été remaniée pour mieux protéger les usagers lors de la saison hivernale. En 2019, une modification du Code de la route a été introduite, accompagnée de l’intégration d’un nouvel article dans la loi Montagne, pour renforcer la réglementation relative à l’équipement des véhicules dans ces régions spécifiques. Cette évolution législative a été suivie par la publication du décret n° 2020-1264, daté du 16 octobre 2020 et officialisé le 18 novembre de la même année. Son objectif initial était d’obliger la détention d’équipements hivernaux pour certains véhicules circulant sur le territoire de 48 départements impactés par la loi Montagne II. L’accent était alors mis sur l’obligation de disposer de ces équipements durant la période hivernale, en particulier dans les zones concernées.

À partir du 1er novembre 2021, cette obligation d’équipement a été élargie à presque tous les véhicules circulant dans ces zones. La période critique s’étend du 1er novembre au 31 mars, couvrant l’ensemble de la saison hivernale en France. Par conséquent, la majorité des véhicules, qu’ils soient légers, utilitaires ou autres, doivent impérativement être équipés pour faire face aux conditions hivernales. Toutefois, cette règlementation ne concerne que certains départements réguliers et territoires montagneux, parmi lesquels figurent principalement les Alpes, la Corse, le Massif Central, le Massif jurassien, les Pyrénées ainsi que le massif vosgien. Ces régions sont explicitement mentionnées dans l’article 5 de la loi n° 85-30 en date du 9 janvier 1985, qui traite du développement et de la protection des territoires montagneux.

Une particularité importante réside dans le fait que cette obligation d’équipement ne s’applique pas uniformément sur l’ensemble du territoire français. Elle concerne exclusivement les départements identifiés comme zones de montagne, ce qui limite son champ d’application aux régions où les conditions hivernales rendent indispensable l’utilisation d’équipements spécifiques pour assurer la sécurité routière. La réglementation précise ainsi que le non-respect de cette obligation, même si elle n’est pas encore assortie de sanctions concrètes à ce jour, pourrait entraîner des conséquences en cas d’accident, notamment en ce qui concerne la couverture par les assurances en cas de dommages. La législation stipule que, pour le moment, aucun texte n’impose encore des amendes ou autres sanctions financières, bien qu’un second décret concernant ces sanctions fasse encore l’objet d’études.

En revanche, il est crucial de noter que, même si aucune sanction n’a été officiellement instaurée, la conformité à ces règles est fortement recommandée. Tout manquement pourrait, dans un contexte d’accident, compliquer le processus d’indemnisation avec les compagnies d’assurance. Selon certains experts, la situation reste néanmoins fragile, car un défaut d’équipement pourrait avoir des répercussions bien plus graves que de simples amendes, notamment en cas de blessures ou de dommages matériels importants. La prudence impose donc aux conducteurs de respecter ces recommandations pour limiter tout risque inutile.

Les caractéristiques des équipements obligatoires : focus sur le marquage 3PMSF

Depuis la mise en place de cette réglementation, le marquage spécifique apparaissant sur les pneus est devenu un indicateur clé pour distinguer les équipements conformes. En effet, depuis le 1er novembre 2024, la législation définit le marquage 3PMSF comme étant le critère obligatoire pour les pneus hiver. Ce sigle, qui signifie "3 Peaks Mountain Snow Flake" ou "3 Pics Montagne Flocon de Neige", est symbolisé par un emblème représentant une montagne à trois pics contenant un flocon de neige. Les fabricants de pneus doivent apposer ce marquage pour certifier que leur produit a été testé et homologué pour garantir une performance optimale en conditions hivernales, notamment dans la maîtrise de la traction et de la stabilité sur neige ou glace. Dans les faits, une majorité de pneus dits "toutes saisons" ou "quatre saisons" bénéficie désormais de ce marquage, qui témoigne de leur capacité à répondre aux exigences de sécurité pour la saison hivernale.

Maître Le Dall, avocat spécialisé dans le droit automobile, rappelle que pour les véhicules de type M1 et N1 (appartenant aux catégories tourisme, SUV et camionnettes), l’obligation consiste à disposer de quatre pneus adaptées ou de dispositifs antidérapants tels que chaînes ou chaussettes. Ces équipements doivent garantir la sécurité en permettant d’équiper au moins deux roues motrices. Le législateur, à partir du 1er novembre 2024, a donc précisé que seuls les pneus marqués 3PMSF seront considérés comme conformes à cette obligation légale. La majorité des pneus hiver modernes, ainsi que certains pneus toutes saisons, portent désormais ce marquage, ce qui facilite aux conducteurs leur recherche d’équipements homologués.

Ce marquage ne se limite pas à un symbole esthétique : il constitue une certification officielle décernée à la suite de tests normés menés conformément au Règlement européen n°661/2009. Ce dernier encadre la réglementation qui garantit que le pneu, marqué par le logo 3PMSF, possède un niveau de performance suffisant pour assurer la sécurité lors des déplacements hivernaux. En somme, ce sigle est aujourd’hui devenu une référence fiable pour identifier les pneus homologués et garantissant une sécurité accrue lors des périodes de gel ou de chute de neige.

Les risques en cas de non-respect de la réglementation

Bien que jusqu’à présent aucune sanction légale spécifique n’ait été officiellement instaurée, le risque de voir cette situation évoluer rapidement ne doit pas être ignoré. Les autorités restent attentives et pourraient à terme renforcer les contrôles et les obligations, notamment en cas d’accident. Maître Jean-Baptiste Le Dall insiste sur le fait que le défaut d’équipement ne se limite pas à une infraction minime : il pourrait entraîner des conséquences beaucoup plus graves, notamment en cas de plainte ou d’enquête suite à un accident. Effectuer des contrôles précis pour déterminer si le véhicule était équipé conformément à la réglementation reste une démarche complexe, mais déterminante pour la suite judiciaire.

Les compagnies d’assurance, quant à elles, ont déjà exprimé leur position en précisant qu’elles refuseraient de couvrir les dommages si le véhicule n’était pas équipé conformément à la réglementation en vigueur dans la zone où l’incident s’est produit. Cela souligne l’importance pour tout conducteur de respecter ces obligations pour éviter des coûts élevés ou la dépréciation d’une couverture assurantielle. Le contexte actuel reste donc clair : les automobilistes doivent s’assurer qu’ils disposent des équipements appropriés, notamment de pneus certifiés 3PMSF, pour être en conformité avec la loi et pouvoir rouler en toute sérénité durant la saison hivernale.

La sensibilisation et la connaissance de la réglementation

Malgré tout, une part importante des conducteurs ne maîtrise pas totalement la réglementation en vigueur. Selon une étude menée par le syndicat du pneu, environ 14 % des automobilistes pensent à tort que la loi sur l’équipement hivernal s’applique partout en France, alors qu’elle ne concerne que certaines zones identifiées par les autorités préfectorales. La majorité des conducteurs, soit plus de 60 %, connaît la période d’application (novembre à mars), ce qui montre une bonne compréhension de l’étendue temporelle de la réglementation. Cependant, une grande majorité reste peu informée sur la signalisation spécifique à ces zones : près de 48 % d’entre eux n’ont jamais vu le panneau signalant l’entrée dans une zone de montagne ou d’application de la règle, et beaucoup ignorent la signification du marquage 3PMSF (à peine 50 % en ont une compréhension claire).

Cette méconnaissance peut entraîner des comportements non conformes, notamment des départs en voyage sans équipement adéquat ou des mauvaises interprétations de la réglementation. Il devient donc essentiel d’accroître la sensibilisation auprès des conducteurs, afin de réduire le nombre d’incidents liés à l’équipement et de renforcer la sécurité globale en conditions hivernales. La formation et la communication restent des axes prioritaires pour assurer que tous comprennent l’importance d’équiper correctement leur véhicule lors des périodes froides, particulièrement dans les régions à forte fréquentation touristique ou montagneuse.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.