La conjoncture internationale complique la situation depuis le début de l’année, avec des tensions entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’une hausse importante des prix des énergies fossiles. Cette instabilité mondiale s’ajoute à la crise sociale et politique que traverse la France actuellement, exacerbant ainsi un climat déjà tendu. La combinaison de ces facteurs contribue à accentuer l’incertitude et la volatilité économique, alimentant les inquiétudes liées à la stabilité financière et à la croissance du pays.
En outre, la situation sur les marchés obligataires a rejoint la préoccupation générale avec une évolution spectaculaire du coût de la dette publique française. Le 21 octobre dernier, le rendement des obligations assimilables du Trésor à 10 ans, un indicateur clé du coût du financement pour l’État français, a dépassé la seuil symbolique des 5 %. Un niveau inédit depuis 2002, qui témoigne du doute accru des investisseurs quant à la solidité économique de la France. Cette hausse signale une préférence pour les actifs considérés comme plus sûrs face à l’incertitude croissante, mais également une augmentation des coûts pour l’État lorsqu’il emprunte sur les marchés financiers.
Des augmentations de taux initiées dès le début du mois
Plusieurs établissements financiers n’ont pas attendu le mois suivant pour relever leurs taux d’intérêt. Dès le 19 octobre, le Crédit Mutuel du Sud-Ouest a procédé à une majoration de 0,25 point sur toutes les durées de prêt. Quant au Crédit Agricole Île-de-France, celui-ci a ajusté ses barèmes le 21 octobre, avec une hausse de 0,20 point. Sur le front de la banque BNP Paribas Banque Privée, les grilles tarifaires ont elles aussi connu une augmentation, oscillant entre 0,20 et 0,30 point, selon les études du courtier Pretto. Ces ajustements rapides illustrent la dynamique de marché sous pression, conséquence directe de la forte remontée des taux obligataires.
Selon Julie Bachet, la directrice générale de Vousfinancer, cette tendance à la hausse des taux devrait se poursuivre. Elle prévoit que d’ici la fin de 2026, le taux moyen pourrait atteindre environ 4 % pour des crédits sur 20 ans, voire 4,5 % d’ici la présidentielle de mars 2027. Toutefois, elle souligne que les emprunteurs présentant un profil favorable continueront à bénéficier de conditions plus avantageuses, proches de 3,5 %. La tendance haussière rapide alimente le risque d’un phénomène de refus de crédit dû à l’atteinte du taux d’usure, incitant un nombre croissant de potentiels emprunteurs à voir leur demande refuser, alors même qu’ils sont jugés solvables.
Dans ce contexte, il devient crucial pour ceux qui souhaitent financer un projet immobilier de ne pas attendre une éventuelle baisse des taux, qui semble peu probable à court terme. Il est conseillé de sécuriser son financement au plus vite, de faire jouer la concurrence entre établissements et de soigner la qualité de son dossier pour optimiser ses chances d’obtenir de meilleures conditions.
Une hausse des taux observée également pour les financements à long terme
En novembre, l’ensemble des taux moyens pour les crédits immobiliers continue d’augmenter, avec une progression comprise entre 0,06 et 0,11 point selon les durées de prêt. La moyenne sur 25 ans grimpe à 3,85 %, ce qui représente une nouvelle difficulté pour les ménages. Pour ceux dont les revenus sont inférieurs à 40 000 € annuels, la barre symbolique des 4 % est désormais franchie, avec une moyenne de 4,07 % pour un crédit sur 25 ans. Les familles gagnant entre 40 000 et 80 000 € par an s’en rapprochent également, avec un taux moyen de 3,97 %.
À l’opposé, celles ayant des revenus plus élevés, notamment supérieurs à 120 000 € par an, restent relativement mieux loties. Le taux moyen pour ces emprunteurs sur 25 ans s’établit à 3,53 %, soit environ 0,54 point de moins que pour les ménages à revenus faibles ou moyens. Par ailleurs, les primo-accédants se voient souvent appliquer des taux plus élevés d’environ 0,10 point par rapport à d’autres profils d’emprunteurs, ce qui leur complique encore davantage l’accès au financement.
L’atteinte du seuil de 4 % pour des crédits longue durée ravive la question du taux d’usure, fixé à 5,40 % depuis le 1er octobre pour les prêts d’une durée de 20 ans ou plus. Ce plafond, comprenant l’assurance et tous les frais annexes, est parfois proche ou même dépassé pour certains dossiers, notamment ceux des emprunteurs âgés de plus de 40 ans. La révision prévue au 1er janvier pourrait relever ce seuil en lien avec la hausse actuelle des taux, mais il reste incertain si cette augmentation sera suffisante pour suivre le rythme rapide du marché.






