La pêche au coup à Colmar : l’art d’attirer le poisson pour qu’il morde à l’hameçon

Sophie Lambert

Une passion naissante éveillée par les réseaux sociaux

C’est lors de ses explorations sur les plateformes numériques que Kevin Kaemmerle a découvert le monde de la pêche, une activité qui, jusque-là, lui était complètement étrangère. Ses parents, Claudine et Pascal, en rigolant, confient que cette nouvelle ferveur ne leur appartient pas vraiment. « Ce n’est clairement pas de nous que ça vient », plaisantent-ils. Pascal ajoute qu’il l’accompagne désormais régulièrement lors de ses sessions, même s’il admet humblement ne pas atteindre le même niveau que son fils. La découverte de Kevin de cette activité semble s’être faite de manière spontanée, mais elle a rapidement évolué vers une véritable passion, le poussant à s’investir davantage dans la pratique de la pêche.

Découverte et entraînement avec son matériel

Kevin, qui est encore adolescent, s’entraîne assidûment avec une canne anglaise en carbone, un équipement sophistiqué pour un débutant. Il est montré en pleine séance d’entraînement, concentré sur sa technique. Originaire de Nothalten, il a rapidement intégré le club de pêche sportive local, la Fraternelle de Colmar, où ses talents ont été remarqués. Sa progression a été remarquable en seulement deux ans : il est aujourd’hui classé quatrième sur vingt-quatre concurrents lors de la finale nationale du Junior Fishing Tour, une compétition créée par les fédérations de pêche sportive et de loisir pour encourager la nouvelle génération de pêcheurs. Cette avancée témoigne de son sérieux et de sa détermination à maîtriser cet art.

Une organisation pratique et respectueuse des poissons

Pour Kevin, la pêche ne se limite pas uniquement à la technique ; c’est aussi une question de bien-être animal. Il utilise une station de pêche bien conçue, qui facilite la gestion de son matériel. La pêche au coup pratiquée par Kevin est dite “no kill”, ce qui signifie que le poisson, une fois capturé, est remis à l’eau sans lui faire de mal. Cette pratique respectueuse de l’environnement est au cœur de sa démarche, illustrant une conscience écologique assumée et en accord avec ses valeurs personnelles.

Une entrée dans le monde de la compétition et de la convivialité

L’histoire de Kevin dans la pêche a commencé grâce à la recommandation d’un ami de la famille, qui fréquentait le club colmarien. Rapidement, Carlo Corsetti, président de l’AAPPMA La Fraternelle et entraîneur de la section sportive, a repéré le jeune garçon sur les bords d’un étang. Impressionné par sa rapidité d’apprentissage et par la passion qu’il manifeste, Corsetti voit en lui un potentiel certain. Pour Kevin, cette activité va bien au-delà de la simple pratique : c’est aussi un espace de convivialité où les échanges et les conseils sont omniprésents, même si la compétition peut parfois provoquer un peu de stress. Malgré cela, il apprécie énormément toutes ces rencontres enrichissantes avec les autres pêcheurs, souvent plus expérimentés, qui lui transmettent leur savoir avec bienveillance.

Les secrets du succès et les stratégies de la pêche au coup

Selon Carlo Corsetti, la réussite en pêche repose principalement sur un équilibre précis entre compétences, chance et instinct. Son adage : “80 % de savoir-faire, 10 % de chance, 10 % de mystère”, résume bien l’art subtil de cette discipline. Kevin, de son côté, explique qu’il aime passer du temps en pleine nature plutôt que de rester à l’intérieur, ce qui constitue pour lui une bonne raison de continuer dans cette voie. La convivialité, les blagues lors des sessions, et l’apprentissage constant à travers les conseils des plus expérimentés sont autant d’éléments qui renforcent sa motivation. Même si la compétition représente une certaine pression, Kevin ressent une réelle solidarité avec ses pairs et apprécie chaque moment de cette aventure.

Prochaines étapes et enjeux futurs

Kevin ne se contente pas de son niveau actuel. Il se prépare déjà pour la suite, notamment pour les épreuves éliminatoires régionales qui auront lieu à Rixheim les 12 et 13 septembre. Ces rencontres regroupent dix départements et constituent une étape essentielle pour atteindre le championnat national, un objectif que le jeune pêcheur ambitionne avec sérieux et détermination. Chaque sortie, chaque entraînement est pour lui une opportunité d’affiner ses techniques et de renforcer sa confiance en ses capacités.

Une pratique riche en techniques et en partage

La pêche au coup, une discipline très spécifique, demande un savoir-faire précis et une rigueur constante. Carlo Corsetti insiste sur le caractère technique de cette activité, où le choix éclairé du matériel : la canne, la ligne, l’amorce, influe directement sur la performance. La pêche à l’anglaise, avec moulinet, ou la canne à coup, télescopique ou à emmanchement, sont des outils indispensables pour capturer le poisson. La subtilité réside également dans la manière de faire venir le poisson à soi : il faut lancer son hameçon, puis utiliser une fronde pour projeter de petites quantités d’amorce — souvent des asticots, farines ou chapelures — près du flotteur, afin de l’attirer. La technique exige concentration, patience et savoir-faire, surtout lorsqu’il s’agit de sélectionner le type de poisson recherché en fonction du matériel utilisé, ce qui indique toute la complexité de cette discipline.

Une communauté dynamique et ouverte à l’échange

L’esprit du club La Fraternelle est fondé sur le partage et l’enrichissement mutuel. La particularité de cette structure dans le Haut-Rhin réside dans sa section compétition, qui compte une vingtaine de licenciés, dont trois jeunes. Contrairement à d’autres disciplines, la pêche au coup privilégie la transmission des astuces entre pratiquants, qu’ils soient débutants ou expérimentés. Carlo Corsetti souligne à ce propos l’importance de l’échange : “On ne garde pas ses techniques pour soi ; ici, tout le monde apprend et se pousse mutuellement vers l’avant”. La philosophie repose sur l’idée que la coopération et la convivialité sont aussi importantes que la performance pure.

Les astuces essentielles pour réussir

Maîtriser cette discipline demande aussi de connaître ses secrets. La pêche au coup diffère de la pêche à la mouche, aux leurres ou au toc — toutes plus itinérantes — car ici, il s’agit de faire venir le poisson à l’endroit où vous vous êtes installé. Carlo Corsetti explique qu’il faut anticiper et manipuler son matériel pour attirer le poisson sur sa zone de pêche, en utilisant la technique de “faire pleuvoir” la nourriture près du flotteur, afin d’inciter le poisson à venir. Kevin, lui, détaille sa méthode : il commence par lancer sa ligne, puis utilise une fronde chargée d’amorce qu’il vise précisément pour simuler une pluie de nourriture. La maîtrise des techniques de lancer, de l’amorçage et du contrôle de la ligne confère à cette pêche son caractère à la fois discret, précis et passionnant. Selon Carlo Corsetti, la diversité des équipements permet de choisir son poisson selon la canne, la ligne ou l’amorce, ce qui donne une dimension stratégique à chaque session.

Une pratique enrichissante au-delà de la compétition

Au-delà de la simple recherche de la performance, cette pratique offre l’opportunité d’évoluer dans un environnement convivial, où chaque pêcheur, qu’il soit débutant ou expérimenté, peut apprendre, partager et progresser. La pêche au coup devient ici une véritable école de patience, de précision et de tact, renforcée par l’esprit de camaraderie instauré au sein du club. Kevin, enthousiaste, envisage déjà ses futures compétitions et la possibilité de continuer à perfectionner ses techniques, toujours sous le regard attentif mais bienveillant de ses mentors.

En somme, la passion de Kevin pour la pêche au coup est un bel exemple du dynamisme que peut générer cette discipline, en particulier auprès des jeunes qui y découvrent un art mêlant technique, respect de la nature et convivialité.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.