La BX GTI, une familiale devenue sportive pour sauver Citroën

Sophie Lambert

Lancement spectaculaire de la Citroën BX en 1982 : un dévoilement éblouissant

Le 23 septembre 1982, à la tombée de la journée, une foule considérable s’est rassemblée sur le champ-de-Mars à Paris, tous les regards fixant le premier étage de la Tour Eiffel. Un événement insolite et captivant s’y déroule : une immense caisse en bois suspendue dans l’air attire l’attention de tous. La scène est spectaculaire, avec une mise en scène soignée qui capte le public, créant ainsi une atmosphère de suspense et de curiosité. La caisse, laissant entendre un message fort, annonce : “Voici la nouvelle Citroën”. Lentement, cette structure en bois commence à descendre, sous un feu d’artifice de sons et lumières, jusqu’à ce qu’elle atteigne le sol. Lorsqu’elle s’ouvre enfin, la nouvelle identité de la voiture est révélée : la BX, qui commence instantanément sa carrière sous les applaudissements. Pendant ce moment de célébration, la Tour Eiffel se parée de deux grands chevrons et s’illumine de feux d’artifice, scellant ainsi l’entrée triomphale de cette nouvelle création automobile.

Les origines audacieuses du projet XB

Dès 1978, l’industrie automobile voit naître le projet confidentiel nommé “XB”, portant en lui la promesse d’une automobile à la fois innovante et moderne. Après plusieurs années de travail, le cahier des charges est finalisé en novembre 1979. Le futur modèle doit incarner la modernité et l’innovation : une traction avant, un poids léger, et une conception qui privilégie la légèreté et la simplicité. La vision est claire, faire de la BX un véhicule qui respecte l’héritage Citroën tout en étant capable de conquérir un nouveau public. La priorité est de créer une voiture qui allie confort, technologie et style, pour permettre à Citroën de rester compétitif dans un marché en pleine évolution.

Une définition de l’appartenance à la marque Citroën

Pour confirmer ses racines françaises et sa filiation incontestable avec la marque, la BX intègre l’indispensable suspension hydropneumatique chère à Citroën. Ce système exceptionnel garantit, dès l’origine, un confort de conduite supérieur ainsi qu’une tenue de route exceptionnelle, caractéristiques qui ont toujours distingué la marque. La BX doit faire honneur à cet héritage tout en étant un véhicule conçu pour la conquête de nouveaux acheteurs. La volonté est claire : une voiture qui reflète l’élégance et la technologie propre à Citroën, tout en étant adaptée au marché et à ses exigences.

Un design inspiré et une technique de pointe

Conçue par ordinateur, la voiture affiche une apparence robuste et moderne, avec une ligne dynamique conçue par le célèbre designer Marcello Gandini, connu pour ses œuvres emblématiques comme la Lamborghini Countach ou la Ferrari Diablo. Son design, à la fois tranché et parfaitement dans l’esprit Citroën, se distingue par ses formes taillées à la serpe, mais toujours harmonieuses. La carrosserie, innovante pour l’époque, se pare de matériaux composites tels que le polyester, notamment pour le hayon arrière. La silhouette de la BX, aussi distincte que fonctionnelle, reste immédiatement identifiable sur la route. La conception a bénéficié en interne d’un investissement massif dans la conception assistée par ordinateur (CAO), permettant d’atteindre un coefficient aérodynamique de 0,34, preuve de son souci de performance et d’efficacité aérodynamique.

Une construction allégée et innovante

La technologie influence également le poids de la voiture, qui ne dépasse pas 885 kg à vide, grâce à l’utilisation de matériaux composites dans diverses pièces comme les boucliers, le capot ou les custodes. La conception d’une telle structure légère permet d’améliorer la dynamique du véhicule tout en conservant un confort optimal. La BX puise ses motorisations dans la banque d’organes du groupe PSA, ce qui lui permet d’offrir une gamme variée de motorisations économiques et performantes, à commencer par le modeste 1360 cm³ développant 62 ou 72 chevaux, ainsi que le plus puissant 1580 cm³ de 90 chevaux, qui offre une conduite plus convaincante. Malgré ses efforts, la BX demeure une voiture plutôt sage dans ses performances, séduisant une clientèle maggioritairement composée d’acheteurs d’un certain âge, fidèle à l’image prude et calme de la marque.

Les innovations et premiers succès

Très vite, la sortie de la BX est accompagnée de nombreuses réceptions positives. Elle devient rapidement une star lors du salon automobile de Paris en septembre 1982, où elle captivait tous les visiteurs grâce à ses lignes modernes et ses solutions techniques innovantes. Le salon marque le lancement officiel de la commercialisation du modèle, qui s’impose comme une des figures de proue de l’événement. La presse et les concessionnaires saluent sa technologie et son design audacieux, tandis que le public est conquis par ses qualités routières et son innovation technologique. La stratégie de Citroën consiste à faire de la BX un symbole de renouveau, visant à redonner vie à son image de marque en grande difficulté à cette période.

Une création sous l’égide de Bertone et un design avant-gardiste

Pour lui donner une allure encore plus remarquable, Citroën confie le dessin de la version familiale à l’italien Bertone. Cette collaboration aboutit à une voiture à l’esthétique remarquable, combinant la modernité à la signature stylistique atypique de Citroën. Les lignes sont taillées à la serpe, avec des formes tranchantes et une silhouette dynamique, tout en respectant l’esprit de la marque. L’allure générale reste accueillante mais surprenante, notamment grâce à des détails comme le hayon en polyester ou les générateurs aérodynamiques.

Une gamme en pleine évolution et des performances de premier ordre

Le développement de la BX se poursuit à Vélizy, où l’on investit massivement dans la conception assistée par ordinateur pour améliorer ses prestations. La voiture, dotée d’un excellent coefficient aérodynamique, profite également d’un poids réduit dû à l’usage de matériaux innovants. Avec des motorisations modérées à ses débuts, tels que le 1360 cm³ à 62 ou 72 chevaux, la BX évolue rapidement vers des versions plus puissantes, notamment avec l’introduction du moteur XU9J4 de 1 905 cm³ en 1988, développant jusqu’à 160 chevaux. Cette version de la BX devient la première de la gamme française à accueillir un moteur multisoupapes. Elle atteint une vitesse de pointe de 218 km/h, et ses performances accélérées en font une véritable sportive pour l’époque.

Les variantes sportives et leurs caractéristiques distinctives

En 1985, Citroën propose une version plus sportive, la BX Sport, développée en partenariat avec Danielson. Son moteur de 126 chevaux en fait la plus puissante de son époque, destinée à rajeunir l’image de la série. Par la suite, la gamme s’étoffe avec la BX GTI, conçue lors du restylage de la voiture. Dotée d’un moteur 4 cylindres de 125 chevaux et d’un rapport poids/puissance remarquable, elle pourrait atteindre près de 200 km/h. Son comportement routier exemplaire, associé à des améliorations telles qu’une suspension améliorée, en fait une véritable voiture de sport dans la catégorie des compactes. La GTI se distingue par son style sportif, avec des ailes élargies et des éléments esthétiques spécifiques, tels que l’aileron arrière, des jantes spécifiques, ou encore les logos GTI.

Une ligne sportive et des performances impressionnantes

Les versions sportives de la BX adoptent un look distinctif, élaboré par le designer Carl Olsen. La carrosserie élargie, avec des ailes plus imposantes et des éléments stylistiques sportifs, lui confère une allure agressive mais élégante. Sur le plan technique, la GTI 16 Soupapes, lancée en 1988, impressionne par sa puissance de 160 chevaux, sa vitesse maximale de plus de 210 km/h, et son accélération rapide. Avec un poids léger de seulement 1025 kg, cette version offre un rapport poids/puissance exceptionnel, lui permettant d’afficher des performances dignes d’une sportive pure, notamment un 0 à 100 km/h effectué en moins de 8 secondes. La technologie multisoupapes, combinée à une conception précise, permet à cette voiture de se démarquer parmi ses concurrentes.

Une suspension emblématique et un équipement de série innovant

Le succès de la BX GTI repose en partie sur la suspension hydropneumatique, qui a toujours été l’un des emblèmes de la marque Citroën. Elle garantit une tenue de route exemplaire et un confort inégalé, même sur route dégradée. La version sportive conserve cette suspension, tout en étant plus ferme pour favoriser la conduite dynamique. Côté équipement, la BX de l’époque ne manquait pas de fonctionnalités : sièges en velours réglables en hauteur, rétroviseur électrique, verrouillage centralisé, affichage à 6 cadrans, voyant de portes mal fermées, et une pré-équipement radio pour ceux qui souhaitaient monter leur autoradio. De nombreux accessoires, tels que le toit ouvrant électrique, l’ordinateur de bord, les roues en alliage ou le climatiseur, étaient disponibles en options pour enrichir la voiture selon les préférences des clients. La version compacte était également dotée d’un pack “Hi-fi” pour les amateurs de musique.

Une évolution vers des motorisations de plus en plus performantes

Dans les années suivantes, la gamme BX voit ses puissances et ses performances évoluer rapidement. En 1988, la GTI 16 Soupapes apparaît avec un moteur entièrement nouveau, produisant 160 chevaux. La vitesse maximale dépasse alors 218 km/h, et l’accélération en ligne droite devient une évidence. Rapidement, la gamme s’enrichit de versions plus abouties, comme la BX GTI 4×4, introduite en 1989, proposant une conduite plus efficace sur les revêtements difficiles grâce à une transmission intégrale. La fin de cette ère sportive intervient en juillet 1993, lorsque la généralisation du pot catalytique entraîne la fin de la production de la BX GTI. Cependant, cette version, avec ses performances et son style unique, a laissé une trace durable dans le cœur des amateurs de voitures youngtimers, symbolisant l’alliance entre technologie, performance et design chez Citroën.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.