Kevin Escoffier, navigateur morbihannais, sera jugé en novembre pour agressions sexuelles

Sophie Lambert

Kevin Escoffier, le procès reporté à la dernière minute dans une affaire d’agressions sexuelles

Près de trois années après les premières accusations formulées à son encontre, le célèbre navigateur français Kevin Escoffier devait se présenter ce lundi devant le tribunal correctionnel de Lorient, dans le Morbihan. L’accusation portait sur des agressions sexuelles qu’il aurait commises envers quatre femmes, en France et à l’étranger, dénonciations qu’il a vigoureusement niées. Cependant, le procès du skipeur breton, reconnu dans le monde de la course au large, a été exceptionnellement repoussé à la demande du parquet, qui a fixé la nouvelle audience au 9 novembre. La raison invoquée par le ministère public pour ce report est l’envoi tardif de certains documents par l’avocate de Kevin Escoffier, ce qui a empêché la tenue du procès à la date initiale. La décision a été accueillie avec compréhension par les parties civiles, qui ont souligné que les victimes auraient éprouvé des difficultés à se déplacer pour assister à l’audience, tout en étant conscientes des motifs avancés par le parquet.

Une confrontation attendue avec l’ancienne attachée de presse et un contexte de soutien

Lors de cette procédure judiciaire, Kevin Escoffier doit également faire face à l’ancienne attachée de presse de son équipe, qui a décidé de porter plainte contre lui. La plaignante, une Française de 33 ans aujourd’hui, affirme qu’il l’a agressée dans un bar local à Newport, aux États-Unis, en mai 2023, alors qu’elle participait à une étape de l’Ocean Race, une compétition transocéanique en équipage. La femme raconte que c’est suite à ce qu’elle considère comme une agression sexuelle qu’elle a décidé de dénoncer publiquement l’incident. Son avocate, Me Caroline Toby, a souligné que « le courage de sa cliente, qui a été la première à parler de ces agressions, a permis de lancer la procédure judiciaire ». Avant l’ouverture officielle du procès, un collectif féministe spécialisé dans la cause des femmes, nommé NousToutes Lorient, avait organisé un rassemblement devant la juridiction locale. Leur objectif était d’apporter un soutien aux victimes et de lutter contre le silence qui entoure, selon eux, les violences dans le milieu de la course au large.

Des accusations concrètes et une histoire personnelle marquante

L’affaire a pris une tournure publique lorsque Kevin Escoffier a été placé en garde à vue en février 2025, dans le cadre d’une enquête ouverte en juillet 2023 par le parquet de Paris, puis transférée à celui de Lorient. C’est un homme issu d’une famille de marins bretons renommée, dont la notoriété a également été renforcée par sa participation au Vendée Globe en novembre 2020, une immersion dramatique où il a échappé de peu à la mort. Lors d’une tempête, au large du Cap de Bonne-Espérance, il a dû sa survie à un saut dans son radeau de sauvetage, puis à l’intervention de son concurrent Jean Le Cam, qui l’a secouru in extremis.

Ce volet judiciaire s’appuie sur les témoignages de quatre femmes qui accusent Kevin Escoffier d’avoir commis des actes de nature sexuelle à divers endroits : Newport, Lorient, mais aussi au Brésil et à Melbourne, en Australie. Selon plusieurs témoignages, certains délits auraient été commis alors que le skipper aurait été sous l’effet de l’alcool. La gravité des accusations a conduit à une procédure pénale qui vise à établir la véracité de ces faits et à déterminer la responsabilité du navigant dans cette affaire.

Une enquête approfondie et un procès mouvementé

L’affaire a également été le fruit d’un processus judiciaire rigoureux, notamment après qu’un article du journal Le Canard Enchaîné aurait évoqué des faits d’agression présumée à Newport et souligné le mouvement #MeToo dans la voile en octobre 2023. Kevin Escoffier avait alors intenté une action en diffamation contre le journal, mais le tribunal correctionnel de Paris l’a relaxé en mai 2025. Le tribunal a notamment jugé que l’enquête à l’origine des articles reposait sur des éléments croisés et vérifiés, ce qui a permis de valider leur crédibilité. La plaignante, plaignante représentée par Me Toby, a été entendue comme témoin lors de ce procès. Elle y a raconté que lors d’un échange au bar de Newport, alors qu’elle cherchait ses collègues, Kevin Escoffier aurait commencé à la toucher, la pressant de ses mains sur la poitrine, puis caressant ses fesses, tout en remontant ses mains sous son t-shirt.

Les sanctions potentielles et la voie judiciaire

Suite à la procédure devant le tribunal de Lorient, si Kevin Escoffier est reconnu coupable d’agressions sexuelles, il risque jusqu’à cinq années d’emprisonnement. Ce chiffre pourrait grimper à sept ans si des circonstances aggravantes sont retenues contre lui, en raison de la gravité des faits ou de leur contexte.

La justice française offre également un dispositif d’aide aux victimes, notamment via le numéro national 3919, un service téléphonique gratuit et confidentiel, accessible à toute heure, destiné à accompagner les femmes victimes de violences, leur fournir des conseils et orienter vers les structures adaptées.

L’affaire Kevin Escoffier demeure un sujet d’actualité, susceptible de continuer à alimenter le débat sur la justice et la protection des victimes dans le milieu sportif et nautique, tandis que le procès est désormais prévu pour après la période estivale, avec l’espoir que la vérité puisse être établie lors de la prochaine audience.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.