Activité physique : on connaît désormais le mécanisme bénéfique pour le cerveau

Sophie Lambert

Une recherche américaine met en lumière l’impact de l’exercice physique sur le déclin cognitif

Une étude récente menée aux États-Unis et publiée en février 2026 dans la revue Cell apporte un éclairage nouveau sur la manière dont l’activité physique pourrait contribuer à ralentir la dégénérescence des fonctions mentales. Au centre de cette découverte figure une molécule nommée GPLD1, une protéine qui pourrait jouer un rôle capital dans la préservation de la barrière hémato-encéphalique. Cette barrière, qui agit comme une ligne de défense entre le sang et le cerveau, semble essentielle dans la prévention de certains troubles cognitifs liés à l’âge. La recherche suggère que l’exercice augmente la production de cette protéine, ce qui pourrait avoir des répercussions positives sur la santé cognitive.

Le dégradation de la barrière hémato-encéphalique avec l’âge

À mesure que les personnes avancent en âge, le réseau de vaisseaux sanguins qui entoure et protège le cerveau — la barrière hémato-encéphalique — devient plus perméable. Cette perméabilité accrue permet à des substances néfastes de traverser cette barrière, ce qui n’est pas sans conséquences. Elle peut entraîner une inflammation cérébrale, processus souvent associé à un déclin progressif des capacités cognitives. Cette réaction inflammatoire est également observée dans des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, où la perte de fonctionnement de cette barrière joue un rôle clé dans l’avancement de la pathologie.

Les bienfaits de l’activité physique dans la préservation cérébrale

Les scientifiques ont travaillé pour comprendre comment l’exercice pourrait contribuer à préserver la santé du cerveau en vieillissant. Les résultats prouvent que le recours à une activité physique régulière permettrait de limiter la détérioration de la barrière hémato-encéphalique, en freinant la perméabilité accrue qui apparaît avec l’âge. Grâce à ces travaux, il devient envisageable d’utiliser l’activité physique comme un outil pour ralentir ou même inverser certains aspects du déclin cognitif liés à la vieillesse.

Le rôle surprenant du foie dans la régulation cérébrale

Il y a environ six ans, cette même équipe de chercheurs avait déjà détecté que des souris en activité produisaient plus de GPLD1 dans leur foie. Cependant, une énigme subsistait : cette enzyme n’étant pas capable de traverser la barrière hémato-encéphalique, il était difficile d’expliquer comment elle pouvait influencer directement le cerveau. La clé de la compréhension a résidé dans la découverte d’un autre acteur : une protéine appelée TNAP. Chez les souris plus âgées, il a été observé que la TNAP s’accumulait dans les cellules formant cette barrière, la rendant plus perméable. Une activité physique régulière aurait alors pour effet de stimuler le foie à produire de la GPLD1, laquelle se déplace vers les vaisseaux sanguins entourant le cerveau et aide à éliminer l’excès de TNAP, renforçant ainsi la stabilité de la barrière.

Des expériences en laboratoire qui prouvent l’efficacité

Les investigations sur des modèles animaux ont permis d’obtenir des résultats très encourageants. Par exemple, des souris jeunes modifiées génétiquement pour produire un excès de TNAP présentent des troubles de mémoire similaires à ceux observés chez les souris âgées. À l’inverse, diminuer la quantité de cette enzyme chez des animaux plus vieux — équivalent à un âge avancé chez l’humain — conduit à une amélioration notable de la mémoire et à une réduction de l’inflammation au sein du cerveau. Le chercheur Gregor Bieri, travaillant à l’Institut de recherche sur le vieillissement Bakar de l’Université de Californie à San Francisco, explique que ces résultats montrent qu’il est possible d’activer ce mécanisme à un stade tardif de la vie de l’animal, avec des effets positifs visibles.

Perspectives thérapeutiques et nouvelles voies de traitement

Ce qui apparaît au terme de cette recherche, c’est à quel point le corps dans son ensemble joue un rôle central dans la survenue du déclin cérébral lié à l’âge. La découverte de cette interaction entre le foie, la barrière sanguine et le cerveau ouvre de nouvelles perspectives : plutôt que de cibler directement le cerveau, il pourrait être efficace d’intervenir sur des mécanismes périphériques. En agissant sur ces processus — notamment via une stimulation du foie ou la régulation de la perméabilité des vaisseaux sanguins — il devient envisageable de concevoir des traitements innovants pour lutter contre le déclin cognitif, en adoptant une approche plus globale et moins invasive.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.