Guillaume, survivant d’un lymphome, croit à sa seconde chance malgré une vie fragile

Sophie Lambert

Une nouvelle vie à reconstruire : le combat courageux de Guillaume contre la maladie

Une crise sanitaire qui aurait pu être fatale

Le 30 mai dernier, Guillaume Mazoir a cru que son dernier jour approchait. Alors qu’il était admis en urgence à l’hôpital Louis Pasteur de Colmar (Haut-Rhin), son état de santé alarmant lui donnait l’impression d’avoir reçu une mauvaise nouvelle définitive. Depuis plusieurs semaines, il souffrait d’une transpiration excessive, ainsi que de troubles du sommeil persistants, qui semblaient s’aggraver avec le temps. Lors de son arrivée aux urgences, la situation s’est détériorée : une multitude de ganglions avaient gonflé au niveau de son cou, de son aine, ainsi que sous ses bras. Ses jambes étaient enflées d’eau, et la respiration devenait de plus en plus difficile. La gravité de son état a conduit à son placement dans un coma artificiel, sans qu’il connaisse alors la raison de sa détresse. Il lui a fallu attendre une semaine, lors de son réveil, pour connaître la nature précise de sa maladie.

Un parcours médical délicat et un diagnostic dur à avaler

Une fois sorti de son coma, Guillaume a appris qu’il souffrait d’un lymphome non hodgkinien diffus à grandes cellules, un cancer du système lymphatique en stade terminal. La maladie avait déjà métastasé dans plusieurs organes essentiels, notamment la rate, le foie et les poumons. La gravité de la situation lui a été confirmée par l’équipe médicale, qui lui a expliqué que son état était très critique. Pendant son coma, un traitement chimothérapique d’urgence, la chimiothérapie R-CHOP, lui a été administrée, consisting en un mélange précis de médicaments : rituximab, cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine et prednisone. De telles mesures thérapeutiques, surtout à un stade aussi avancé, représentaient un pari risqué, mais les médecins cherchaient désespérément à freiner la progression rapide de la maladie. Peu après, un soulagement s’est fait sentir : le traitement a permis de réduire considérablement la masse cancéreuse, une lueur d’espoir dans une bataille difficile.

Lutter pendant cinq ans dans la rue avant le sauvetage

Pour Guillaume, cette histoire de santé ne s’est pas arrêtée là. Avant cette crise, sa vie a été parsemée de difficultés, notamment une période où il a passé cinq années en situation de grande précarité. Homme qui allait fêter ses 31 ans en novembre, il raconte que lors de sa jeunesse, il était rarement malade, se limitant à un simple rhume durant l’hiver, qui ne durait que quelques jours. Ayant suivi une formation pour obtenir un CAP puis un baccalauréat professionnel en mécanique automobile, il n’a jamais véritablement pu mettre ses compétences à profit en raison d’un manque d’expérience, une situation que rencontrent souvent ceux qui accèdent difficilement au marché du travail. Face à ce constat, il a décidé de passer un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) spécifique, l’APS, destiné aux agents de prévention et de sécurité, dans l’espoir d’accéder à de nouvelles opportunités professionnelles. Cependant, il a enchaîné de nombreux emplois temporaires, sans jamais vraiment trouver sa voie.

Une existence bouleversée par la précarité et la maladie

En 2014, Guillaume a connu un tournant important en s’installant avec sa compagne, avec qui il a eu deux enfants. Une relation qu’il décrit comme étant un pur bonheur à ses débuts. Malheureusement, six ans plus tard, la situation s’est dégradée et leur couple s’est séparé. La perte de stabilité a été brutal, Guillaume évoque avoir été incapable de se retourner à temps. Étant alors à la fin d’un contrat d’intérim, il a tout perdu en une seule fois. Sans logement, il a été hébergé temporairement par des amis, avant de se retrouver totalement démuni. Lorsqu’il a été transféré à l’hôpital le 30 mai 2026, il déclarait vivre dans la rue depuis cinq années, une existence marquée par une pauvreté et des conditions de vie très difficiles. Sa santé s’était nettement détériorée : il fumait beaucoup de cigarettes, s’alimentait mal, perdant près de 20 kilos, et affichait une dénutrition avancée.

Le diagnostic crucial et le traitement salvateur

Les médecins ont rapidement établi qu’il était atteint d’un lymphome B non hodgkinien diffus à grandes cellules, une forme de cancer très agressive et avancée. La maladie avait déjà envahi plusieurs organes vitaux, notamment la rate, le foie et les poumons. Guillaume était plongé dans un coma profond lorsque la chimiothérapie lui a été administrée. La thérapie qu’on lui a administrée, la R-CHOP, consistait en un cocktail médicamenteux puissant mais risqué, visant à faire régresser la tumeur. La lutte contre le cancer étant à un stade si avancé, l’incertitude quant à l’efficacité du traitement était grande, mais il s’agissait de la dernière chance pour lui. Étonnamment, le traitement a porté ses fruits, la maladie ayant considérablement reculé.

Une renaissance grâce à la chimiothérapie

La première séance de chimiothérapie a été déterminante dans la vie de Guillaume. Selon les avis des médecins, elle lui a littéralement sauvé la vie, car ses chances de survie étaient alors très fragiles, voire nulles si la maladie n’avait pas réagi. Il a bénéficié par la suite de six autres séances d’immunochimiothérapie R-CHOP, toutes espérées comme des étapes essentielles dans sa guérison. La dernière de ces séances a été réalisée le 28 septembre dernier. Depuis lors, Guillaume est en état de remission complète, un résultat qui le remplit d’espoir et de gratitude.

Une chance née de l’adversité et une nouvelle perspective d’avenir

Ce combat contre la maladie n’a pas seulement été une bataille médicale, il a aussi été une révélation personnelle. Guillaume considère cette seconde chance comme une opportunité de repartir à zéro. La maladie lui a permis de prendre conscience que la vie est précieuse et fragile, ce qui lui a donné l’envie de mieux prendre soin de lui. Par-dessus tout, cette épreuve lui a permis de renouer avec ses proches, dont il s’était éloigné ou qu’il n’avait pas vus depuis longtemps. En particulier, il a retrouvé le contact avec sa famille : son ex-compagne et ses deux enfants, désormais âgés de 9 et 6 ans, qu’il n’avait pas revus depuis un an et demi, ainsi que son petit frère, qui lui a malheureusement appris le décès de leur mère pendant qu’il était encore à l’hôpital.

Une renaissance et des projets pour l’avenir

Guillaume bénéficie désormais d’un suivi médical rigoureux avec une prise en charge en affection de longue durée (ALD), qui couvre ses traitements durant trois années afin de prévenir toute récidive. Il pourra également percevoir le revenu de solidarité active (RSA) et bénéficier d’une allocation adulte handicapé. Avec l’aide d’une association, il envisage bientôt d’emménager dans un appartement, pour retrouver une vie plus stable. Son frère et lui hériteront également de leur mère, qui avait pensé à leur sécurité en les inscrivant comme bénéficiaires de son assurance-vie. Guillaume confie vouloir construire un avenir sérieux, en évitant de laisser la maladie prendre le dessus une fois de plus. Il avoue être devenu un peu maniaque au niveau de l’hygiène, un trait qu’il attribue à ses récents combats. En clôture de son récit, il exprime sa gratitude envers l’équipe médicale de l’hôpital Pasteur et espère que son témoignage pourra éclairer et sensibiliser ceux qui s’égarent sur le chemin de la vie.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.