Santé : les premières alertes sur les effets à long terme du vapotage avec la cigarette électronique

Sophie Lambert

Les risques de dépendance à la nicotine via le vapotage : un phénomène durable

Il est fréquent que la consommation de nicotine par vapotage se prolonge bien après l’arrêt du tabac traditionnel. Selon le Dr Ivan Berlin, spécialiste en tabacologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, cette situation s’explique par la formidable addiction que crée la nicotine lorsqu’elle est délivrée par ces nouveaux dispositifs. Il précise que l’addiction à la nicotine peut conduire à une utilisation prolongée des différents produits en contenant, qu’il s’agisse de médicaments substitutifs, comme les patchs ou gommes, ou d’outils de vapotage et autres formes innovantes comme les sachets ou snus blancs, qui restent d’ailleurs interdits en France. La dépendance peut également s’installer très tôt, notamment chez les jeunes, amplifiant encore la difficulté à s’en défaire. Même une fois que l’on a arrêté de fumer, le besoin en nicotine peut continuer à se manifester. Cela s’explique par des changements durables qui se produisent dans le cerveau, notamment au niveau du circuit de la récompense. La dépendance, une fois installée, ne se résout pas forcément avec la simple cessation du tabac : l’usage du produit de substitution ou du vapotage peut en faire perdurer la présence et renforcer cette dépendance persistante.

La vitesse à laquelle la nicotine atteint le cerveau : un facteur clé dans la dépendance

L’un des éléments déterminants dans l’intensité de la dépendance à la nicotine est la rapidité avec laquelle cette substance parvient dans le cerveau. En effet, si elle atteint rapidement les récepteurs nicotiniques, elle génère un effet immédiat qui stimule davantage la sensation de plaisir et de récompense, renforçant ainsi l’association entre la consommation de nicotine et certaines situations ou émotions. Ce mécanisme de renforcement est essentiel dans le maintien de la dépendance à la nicotine. Cependant, cette vitesse de délivrance varie considérablement selon le type de produit utilisé.

Différences entre les formes de consommation : une influence sur la dépendance

Le Dr Berlin explique que le mode d’administration de la nicotine joue un rôle crucial dans la potentialisation ou la diminution de la dépendance. Il signale que les patchs, par exemple, fournissent la nicotine de manière progressive, ce qui limite la nécessité de faire plusieurs prises répétées pour maintenir une concentration stable dans le corps. En revanche, les produits à absorption plus rapide, tels que les gommes ou la vapote, peuvent renforcer davantage la dépendance et encourager une utilisation prolongée. La rapidité de l’effet à partir de ces formes de consommation peut renforcer le cercle vicieux de la dépendance, portant ainsi à un usage plus intensif et plus long d’un produit à l’autre.

Les effets à long terme du vapotage prolongé : que dit la science ?

Le manque de recul scientifique sur les conséquences sanitaires d’un vapotage répétée sur plusieurs années rend difficile toute déclaration définitive. Cependant, dès juin 2026, une première étude a été publiée, attirant l’attention sur le risque potentiel de cancer du poumon associé au vapotage prolongé. Cette étude, parue dans la revue Nature Medicine, s’est concentrée sur les effets du vapotage chez des individus ayant déjà arrêté de fumer. Les résultats indiquent que continuer à vapoter après avoir cessé de fumer pourrait réduire les bénéfices du sevrage tabagique en matière de prévention du cancer pulmonaire.

Les chercheurs ont observé qu’environ la moitié des personnes qui ont arrêté de fumer mais continuent d’utiliser la cigarette électronique ont un risque supérieur de développer un cancer du poumon comparé à celles qui ne vapotent pas. Selon le Dr Berlin, cette étude est la première à suivre sur une période d’environ six années les effets du vapotage après un arrêt du tabac, basant ses conclusions sur des données recueillies en Corée du Sud. En synthèse, remplacer la cigarette par la e-cigarette diminue certes les risques liés à la tabagie, mais ne permet pas d’éliminer complètement ces risques. La protection qu’offre l’arrêt total du tabac reste supérieure à celle d’un sevrage partiel par vapotage, l’effet combiné du maintien d’une inhalation de nicotine étant toujours préjudiciable. La question reste ouverte, et de nouvelles études seront nécessaires pour approfondir la compréhension de cette relation.

Les aérosols des liquides de e-cigarettes : un sujet de préoccupation scientifique

L’attention portée aux composants des aérosols produits par les e-cigarettes s’intensifie, car leur toxicité respiratoire dépend largement de leur composition chimique et de la façon dont ils se déposent dans les différentes régions des voies aériennes. Clément Mercier, chercheur en ingénierie à Mines Saint-Étienne, a mené des investigations sur les effets des diverses compositions de liquides vapotés sur les cellules des voies respiratoires, notamment dans les zones du pharynx, des bronches et des passages aériens plus distants. Il s’est concentré sur la nature et la forme de la nicotine, ainsi que sur le ratio entre propylène glycol et glycérine végétale dans ces liquides.

Selon ses observations, la toxicité immédiate des aérosols de cigarette électronique est principalement attribuable à la nicotine. Toutefois, cette toxicité dépend aussi de la forme chimique de cette substance, de la proportion de PG et VG dans la liquide, ainsi que de la région des voies respiratoires à laquelle les cellules sont exposées. Plus précisément, la nicotine sous sa forme classique, appelée “freebase”, a tendance à endommager davantage la barrière protectrice naturelle des cellules respiratoires, comparée au sel de nicotine, qui engendre une réaction inflammatoire moins forte.

Une autre dimension observée par le chercheur concerne l’impact des liquides contenant une forte proportion de propylène glycol. Ces derniers apparaissent plus agressifs, en particulier pour les petites voies respiratoires situées en profondeur dans les poumons. Par contre, les cellules du pharynx semblent relativement moins sensibles dans ces mêmes conditions. Enfin, une augmentation d’un marqueur inflammatoire, l’interleukine 8, a été détectée, mais uniquement lorsque l’exposition se fait à des doses élevées, ce qui soulève des questions sur les effets à plus faible dose mais répétés.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.