Espagne : Pedro Sánchez nie l’implication du Maroc dans la crise migratoire à Ceuta

Sophie Lambert

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a de nouveau pris la parole ce jeudi devant les membres de la chambre basse en affirmant qu’aucune « preuve tangible » ne permettait de soutenir la thèse selon laquelle le Maroc aurait été impliqué dans la crise migratoire qui s’est produite à Ceuta. Malgré cela, il a exprimé une ferme condamnation contre certaines déclarations de ministres marocains, celles-ci revendiquant la souveraineté sur ce territoire, territoire qui fait partie de l’Espagne mais qui est situé en Afrique du Nord. Pedro Sánchez a voulu préciser que ces déclarations ne correspondaient pas à la position officielle ou aux faits, tout en soulignant l’importance de respecter la souveraineté de l’État espagnol.

Aucun organisme international ni service de sécurité n’aurait fourni à l’État espagnol des preuves crédibles indiquant que le Maroc aurait planifié ou orchestré, de manière volontaire, le flot de migrants ayant traversé vers Ceuta à la fin du mois de juillet. Pedro Sánchez a insisté sur le fait que l’existence de telles preuves solides serait nécessaire pour que le gouvernement prenne des mesures concrètes et fermes. La gestion de cette crise depuis environ un mois est actuellement vivement critiquée par l’opposition de droite et d’extrême droite, qui est convaincue que le Maroc aurait joué un rôle dans cet afflux massif de personnes en provenance de ses territoires. Pourtant, le Premier ministre affirme qu’il n’y a pas d’éléments probants permettant d’établir une responsabilité marocaine dans cette situation.

La question relative à la possible implication du Maroc dans ces événements est au centre des discussions en Espagne depuis plus d’un mois. Des suspicions ont été renforcées récemment par la fuite dans la presse d’un rapport de police qui mettait en avant la supposée « permissivité » des forces marocaines lors de la tentative de passage massif de migrants. Mais c’est aussi à ce sujet que le chef du gouvernement a exprimé sa ferme désapprobation face à certaines déclarations du Maroc concernant les territoires espagnols de Ceuta et Melilla, eux aussi enclavés en Afrique du Nord. Il s’est posé en défense de ces deux enclaves, revendiquant leur statut espagnol, tout en dénonçant toute tentative de remise en cause de leur légitimité.

Dans ce contexte, Pedro Sánchez a également rappelé qu’il a envoyé récemment l’ambassadrice marocaine en Espagne, qu’il a convoquée pour discuter de ces déclarations jugées inacceptables. Par ailleurs, il a appelé le roi d’Espagne, Felipe VI, à effectuer une visite officielle dans ces deux villes, en insistant sur la nécessité de témoigner l’engagement ferme de l’État dans la défense de ces territoires. La dernière visite royale remontait à novembre 2007, lorsqu’alors Juan Carlos s’était rendu à Ceuta et Melilla, ce qui avait provoqué une crise diplomatique avec le Maroc. Sánchez a déclaré que cette visite du roi pourrait être une étape importante pour renforcer les liens et rassurer la population locale.

Revenant sur la souveraineté historique de ces deux villes, Pedro Sánchez a exprimé qu’elles restent indiscutablement espagnoles, incitant à une ligne claire face aux revendications marocaines. Il a aussi souligné que le gouvernement est résolu à défendre leur statut et leur intégrité, insistant sur le caractère inébranlable de la position espagnole. Cette déclaration résulte de déclarations récentes de ministres marocains affirmant que le royaume revendiquait ces territoires, ce qui a provoqué une réaction ferme de la part de Madrid. La position de l’Espagne reste donc inchangée : ces villes sont espagnoles et le seront pour l’éternité.

En parallèle de ces déclarations, Sánchez a évoqué la situation diplomatique plus large, notamment les relations avec le Maroc. Il a affirmé que la question de la souveraineté sur Ceuta et Melilla ne remet pas en cause la bonne entente entre les deux pays, mais que ces différends doivent être abordés avec respect et dans un cadre diplomatique. Enfin, il a également évoqué la question du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole, désormais largement contrôlée par le Maroc mais revendiquée par le Front Polisario et appuyée par l’Algérie. Bien que Madrid ait finalement appuyé la position marocaine depuis 2022, certains analystes pensent que la crise à Ceuta pourrait avoir été orchestrée par Rabat comme un message adressé à Madrid, en réaction à la visite de Pedro Sánchez en Algérie quelques mois plus tôt. Ces tensions diplomatiques illustrent la complexité des relations entre ces deux nations voisines.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.