Comment lutter contre la fatigue informationnelle et dire stop ?

Sophie Lambert

La fatigue liée à l’abondance d’informations : une réalité répandue

D’après une recherche réalisée en 2022 sous l’égide de la Fondation Jean Jaurès, plus de la moitié des Français, soit 53 %, confient ressentir une sensation d’épuisement face à la surcharge informationnelle. Ce constat témoigne d’un phénomène qui concerne une grande partie de la population, confrontée à une accumulation constante de contenus à traiter.

Une notion élargie : au-delà des actualités, la surcharge sensorielle touche aussi les notifications

Initialement, cette fatigue était principalement attribuée à la surabondance d’informations liées aux médias, mais selon la thérapeute et psychopédagogue Amélie Donadieu, cette notion va bien au-delà. Elle évoque également « toutes les alertes, notifications, et autres messages, qu’ils soient issus du monde professionnel ou des réseaux sociaux, que nous recevons sans interruption chaque jour ». Ainsi, cette surcharge ne concerne pas uniquement l’actualité, mais englobe toutes les sollicitations numériques auxquelles nous sommes soumis en permanence.

Saturation : quand l’excès devient difficile à supporter

Le problème survient lorsqu’une exposition constante à ces flux d’informations conduit à un état de saturation. L’un des rôles clés de notre cerveau étant de trier, de hiérarchiser ce qu’il reçoit, il peut néanmoins se retrouver dépassé. « Lorsqu’on est confronté à des actualités anxiogènes, négatives ou contradictoires, cette capacité de tri peut être mise à rude épreuve », explique la spécialiste. La surcharge peut alors devenir une source de fatigue mentale et émotionnelle difficile à gérer. La nature même des informations — leur contenu, leur tonalité ou leur précision — joue également un rôle dans cette sensation d’accablement.

Les signaux d’alarme de la fatigue informationnelle

Différencier une surcharge passagère d’une fatigue prolongée est essentiel. Selon Amélie Donadieu, cette dernière s’installe peu à peu, au point d’affecter plusieurs aspects du quotidien : la concentration, la capacité à réfléchir ou à prendre des décisions, ainsi que le bien-être psychologique général. Plusieurs manifestations concrètes doivent alerter :

  • la difficulté à décrocher des actualités, des vidéos ou des réseaux sociaux ;
  • une sensation de « brouillard mental », avec des troubles de l’attention et des difficultés à rester concentré sur une tâche précise ;
  • une irritation accrue, une nervosité, ainsi qu’un seuil de tolérance qui baisse sensiblement ;
  • une tendance à se disperser, à zapper d’un sujet ou d’une activité à une autre, souvent sans véritablement comprendre ou assimiler ce que l’on lit ou regarde. Elle reflète aussi une superficialité dans la consommation de l’information, un manque de profondeur et de mises en contexte, qui finissent par satisfaire notre cerveau sans réelle réflexion.

Comment faire face à cette surcharge d’informations ?

Pour l’experte, reprendre la maîtrise de sa consommation d’informations ne signifie pas renoncer totalement à s’informer ni couper tout contact avec son téléphone. Elle insiste sur le fait qu’une telle démarche serait impossible dans un monde connecté. Face à cette fatigue naissante, elle recommande d’adopter quelques stratégies simples :

  • définir un moment précis dans la journée pour s’informer, notamment lorsque l’on est au travail et que l’attention doit être concentrée : par exemple, consacrer 5 ou 10 minutes à la lecture ou à la consultation. Pour cela, il peut être utile de programmer une alarme pour ne pas perdre la notion du temps. Le reste du temps, il est conseillé de mettre son téléphone en mode avion ou de couper les notifications ;
  • éviter de laisser son téléphone à portée de main lors des repas ou des moments conviviaux. Cela permet non seulement de profiter pleinement de l’instant présent, mais aussi d’accorder un peu de repos au cerveau et de réduire l’habitude de consommation compulsive d’informations ;
  • limiter l’utilisation simultanée de plusieurs écrans et stopper l’usage du téléphone portable en soirée. Offrir à son esprit un vrai break, surtout avant de dormir, contribue à réduire l’effet de surcharge.

En tout état de cause, il est important de ne pas hésiter à consulter un professionnel si cette sensation de fatigue devient envahissante, ou si cela s’apparente à une véritable dépendance. La prise en charge peut alors s’avérer nécessaire pour retrouver un équilibre et mieux gérer l’afflux constant d’informations.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.