Climat : l’assurance habitation pourrait coûter plus cher d’ici 2050 dans l’immobilier

Sophie Lambert

Alors que cet été a été marqué par la survenue de nombreux incendies de grande envergure en France, les spécialistes de l’assurance travaillant pour Réassurez-moi ont analysé plusieurs projections. Ils ont croisé les données issues de différentes sources telles que la Caisse centrale de réassurance (CCR), Météo-France ainsi que l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD). Leur objectif était d’évaluer dans quelle mesure le changement climatique pourrait faire augmenter la facture des ménages en matière d’assurance habitation, en prenant en compte à la fois l’évolution des tarifs et le risque accru d’événements catastrophiques. Ils ont en outre intégré leurs propres données tarifaires pour établir une estimation plus précise de l’impact futur.

Une tendance lourde en marche : il apparaît clairement qu’une tendance de fond est en train de se dessiner. Le risque d’incendie ne se limite plus aux zones traditionnellement vulnérables, mais s’étend désormais à des régions qui étaient jusque-là relativement épargnées. Cette expansion s’accompagne des autres périls liés au réchauffement climatique qui contribuent déjà à faire grimper les coûts des assurances habitation. En somme, la multiplication des zones à risques et leur intensité croissante alimentent une dynamique de hausse continue.

Une prime d’assurance qui pourrait atteindre 744 euros en 2050, contre 470 euros aujourd’hui

Selon les évaluations de Réassurez-moi, si l’on maintient le niveau de garanties actuel, le coût moyen d’une assurance habitation pour une maison passerait de 470 euros en 2024 à environ 744 euros en 2050. Cela représenterait une augmentation de 58 %, soit un surcoût de 274 euros. Plus concrètement, à mi-parcours, en 2035, la prime pourrait déjà atteindre environ 586 euros, marquant ainsi une accélération du phénomène de hausse des coûts pour les ménages.

Un contexte de hausse accélérée : cette évolution s’inscrit dans une tendance déjà engagée, puisque le coût global des événements naturels ayant provoqué des sinistres s’élevait à 5,2 milliards d’euros pour les assureurs en 2025. À titre de comparaison, la moyenne sur la période 1982-1989 ne dépassait pas 1,5 milliard d’euros. Par ailleurs, la part réservée aux catastrophes naturelles dans les cotisations d’assurance est passée de 12 % à 20 % à partir du 1er janvier 2025, reflétant une aggravation de la fréquence et de la gravité des sinistres liés à ces événements.

Les deux principaux moteurs de cette hausse

Deux éléments majeurs expliquent cette tendance à la hausse des coûts. D’abord, le contexte climatique global : la CCR estime que, sous l’effet du changement climatique, la fréquence des sinistres liés aux catastrophes naturelles devrait augmenter d’environ 40 % d’ici 2050. Lorsqu’on intègre également l’évolution du parc immobilier, cette augmentation pourrait atteindre jusqu’à 60 %. La conséquence directe pour les assurances est une hausse significative des coûts, pouvant atteindre environ 211 euros par an pour chaque contrat. Ensuite, l’étendue du risque incendie constitue un second facteur de coût supplémentaire. À noter que les feux de forêt ne relèvent pas du régime officiel des catastrophes naturelles, mais relèvent en revanche de la garantie incendie incluse dans le contrat d’assurance habitation. Leur propagation dans de nouvelles zones du territoire, notamment dans l’Ouest et le Nord, entraîne une augmentation des dépenses contributives, estimée à 63 euros supplémentaires chaque année, représentant un coût distinct de celui des inondations ou de la sécheresse.

« La problématique ne consiste plus simplement à savoir si les incendies deviennent plus fréquents, mais plutôt où ils peuvent désormais se produire », explique Delphine Bardou, spécialiste des assurances et des finances personnelles chez Réassurez-moi. Elle ajoute que, plus la liste des zones à risque s’allonge, plus la charge financière s’étend sur l’ensemble du parc immobilier. En fin de compte, cette tendance se traduit par une hausse palpable des cotisations pour les assurés.

Les régions jusque-là épargnées seront les plus touchées : en conséquence, aucune région n’échappe entièrement à la progression des coûts. Selon les prévisions, ce sont précisément celles qui ont été moins exposées jusqu’ici qui connaîtront la croissance la plus rapide de leurs primes d’assurance habitation. Les zones traditionnellement considérées comme moins à risque, notamment dans le Nord et l’Ouest, devront faire face à cette augmentation plus prononcée.

En termes géographiques, la projection pour 2050 indique que les régions du sud continueront à afficher des primes parmi les plus élevées. La Corse, par exemple, pourrait voir son coût annuel moyen grimper à 825 euros, la Provence-Alpes-Côte d’Azur à 787 euros, et l’Occitanie à 760 euros pour une maison. Même si l’Île-de-France se démarque avec une prime moyenne dépassant 1 000 euros, cela s’explique principalement par d’autres facteurs comme la fréquence plus élevée des cambriolages et non pas par le risque incendie.

Les autres régions, moins exposées aux incendies, devraient payer des montants légèrement inférieurs : la Bretagne pourrait ainsi se situer à 594 euros en moyenne, la Bourgogne-Franche-Comté à 644 euros, le Grand Est à 650 euros, la Nouvelle-Aquitaine à 684 euros, et Auvergne-Rhône-Alpes à 708 euros. Ces différences illustrent la variabilité des coûts d’assurance selon la localisation et le niveau de risque inhérent.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.