Cinq astuces pour mieux gérer votre argent au quotidien et éviter le découvert

Sophie Lambert

La complexité et la sensibilité du sujet de la gestion financière

La gestion de l’argent demeure un domaine aussi difficile à saisir que largement méconnu, avec une certaine réserve à en parler ouvertement. L’argent, souvent source de préoccupations, peut engendrer du stress ou des tensions dans la vie quotidienne, notamment parce qu’un grand nombre de Français est conscient de leurs lacunes en matière de connaissances financières. Avec la diminution du pouvoir d’achat, il devient crucial d’adopter des comportements prudents afin de prévenir les mauvaises surprises financières. Dans son ouvrage intitulé Votre argent, vos choix, Alix de Renty — forte d’une expérience de plus de quinze ans dans le secteur de la banque privée et engagée dans l’éducation financière — partage plusieurs recommandations pour faire des choix judicieux, en cohérence avec ses ressources et ses nécessités.

Commencer par une évaluation précise de sa situation financière

La première étape consiste à avoir une vision claire de son état financier actuel. Il s’agit de faire un bilan exhaustif de ses comptes bancaires, de ses économies, de ses contrats d’assurance, de ses crédits ou de ses prélèvements récurrents. « Il faut dresser un inventaire de ce que l’on possède, de ce que l’on doit, et de la structuration de ses finances : comptes bancaires, fiscalités, assurances, etc. » indique Alix de Renty. L’objectif principal est de saisir la réalité de son environnement financier, ce qui permet d’identifier d’éventuels excès dans les dépenses ou dans certains engagements contractuels, ainsi que d’éventuels contrats ou abonnements inutiles ou obsolètes. Obtenir une compréhension complète de la situation financière permet d’anticiper et de mieux gérer ses finances en évitant les erreurs coûteuses ou les dépenses superflues.

Établir un budget annuel pour mieux gérer ses finances

Une fois l’état des lieux réalisé, il est conseillé de bâtir un budget annuel pour avoir une vue précise de ses flux financiers. Cela suppose d’analyser tous les revenus ainsi que toutes les sorties d’argent, qu’il s’agisse de dépenses fixes ou variables. « La capacité d’épargner se mesure par la différence entre ce qui entre et ce qui sort », explique l’experte. Il est préférable de considérer une année complète, car cela permet d’intégrer des dépenses qui se présentent de façon irrégulière, comme les vacances ou les frais de rentrée scolaire. La distinction entre charges fixes (loyer, crédits, frais de scolarité, factures) et charges variables (courses, loisirs, sorties, voyages) permet de mieux cibler ce qui est réellement dépensé. Avec cette approche, on peut définir un montant réaliste à mettre de côté chaque mois, évitant ainsi de se fixer un objectif d’épargne irréalisable ou déraisonnable.

Identifier et réduire les petites dépenses qui s’accumulent

Si, malgré tout, il devient difficile d’épargner, il faut examiner plus attentivement ses habitudes de consommation. La clé est de repérer ces petites dépenses souvent négligées, mais qui amassent une somme importante sur une année. Il est conseillé de vérifier ses relevés bancaires ligne par ligne pour repérer des abonnements ou services inutilisés comme des plateformes de streaming ou des applications souscrites en période d’essai mais jamais résiliées. Le coût du café pris régulièrement à l’extérieur ou du déjeuner au restaurant peut aussi peser lourd dans le budget, tout comme certaines sorties ou achats impulsifs qui, accumulés, rendent l’épargne difficile. En procédant à cette décomposition des dépenses, il devient plus facile d’adopter des réflexes d’économie sans bouleversements majeurs, tout cela pour éviter de finir en situation de découvert ou de s’endetter inutilement.

Épargner avec une finalité précise plutôt que par obligation

Même si la capacité d’épargne paraît modeste, il est impératif de donner un sens à chaque euro mis de côté. Alix de Renty recommande de fixer des objectifs concrets, en analysant ses projets sur différentes échéances : court, moyen et long terme. Par exemple, il peut s’agir de remplacer une machine à laver d’ici la fin de l’année, de financer des vacances sous un an, d’acheter une voiture dans deux ans ou encore de préparer un projet immobilier pour dans cinq ans. Plutôt que d’épargner simplement parce qu’il faut le faire, il est plus judicieux d’identifier clairement ses projets afin de leur donner une réalité tangible. Dès lors, même de petites sommes peuvent prendre une importance réelle, car elles contribuent à atteindre ces objectifs précis.

Constituer une épargne de précaution pour faire face aux imprévus

Avant toute recherche de rendement, la priorité est de disposer d’une réserve financière capable d’amortir un coup dur comme un chômage, une maladie ou une dépense imprévue importante. Alix de Renty conseille de constituer une épargne de sécurité équivalente à trois à six mois de dépenses courantes. Ce fonds doit être rapidement accessible pour faire face aux urgences de la vie sans avoir à recourir à des emprunts ou à des solutions compliquées. L’objectif est de disposer d’une trappe de sécurité solide, pour réduire la vulnérabilité face aux aléas de la vie économique ou personnelle.

Organiser ses différentes poches d’épargne en fonction de ses besoins

Selon l’experte, il est pertinent de segmenter son épargne en plusieurs espaces séparés. Sur le compte courant, il convient surtout de garder uniquement l’argent nécessaire pour le quotidien, en prévision d’imprévus tels qu’une facture plus élevée ou des frais de déplacement. Pour les dépenses planifiées dans l’année — vacances ou frais de rentrée — il est conseillé de privilégier des livrets d’épargne tels que le Livret A ou le Livret de développement durable et solidaire, car ils permettent de garder son argent disponible tout en le faisant fructifier. Enfin, en ce qui concerne l’épargne de précaution, l’assurance-vie peut constituer une enveloppe adaptée, en proposant des supports modulables selon ses horizons temporaires et son appétit pour le risque. L’idée est de ne pas faire dormir inutilement ses fonds tout en conservant une certaine flexibilité pour l’utiliser si le besoin se manifeste. Alix de Renty souligne que, dans ce cadre, il est envisageable de prendre un peu plus de risques, étant donné que la nécessité d’accéder rapidement à cette épargne est moindre.

Investir uniquement dans ce que l’on comprend

Une fois son budget maîtrisé et une épargne de sécurité mise en place, il devient possible d’envisager des placements financiers, si la capacité financière le permet. Cependant, il est crucial de rester vigilant face aux offres séduisantes qui promettent des gains rapides, particulièrement celles proposées par des formations express ou en ligne, souvent peu transparentes ou douteuses. « Aujourd’hui, tout doit être clair et compréhensible », rappelle Alix de Renty. Il convient donc d’éviter toute opération que l’on ne comprend pas parfaitement. Avant de se lancer dans un investissement, il est essentiel de se poser quelques questions : dans quel délai aura-t-on besoin de récupérer ces fonds ? Quel risque peut-on tolérer ? Ces placements doivent correspondre à la situation personnelle, à l’horizon de temps et au niveau de risque acceptable. Avec ces éléments en main, il devient plus simple d’aborder un conseiller financier ou une banque avec confiance, en ayant une vision réaliste de ce qu’il faut faire pour faire fructifier son épargne.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.