Comment une déclaration insignifiante a déclenché une crise diplomatique en Chine
Depuis que Kylian Mbappé a évoqué Mao Zedong dans un podcast il y a quelques mois, en qualifiant le dirigeant chinois de dictateur, la réaction de la Chine n’a cessé de s’intensifier, atteignant un point culminant avec la publication d’un extrait de cet entretien le jour du prestigieux Ballon d’Or. Une question fondamentale surgit alors : comment une remarque apparemment anodine a-t-elle pu provoquer une telle tempête diplomatique ? Selon Lukas Aubin, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratège en géopolitique sportive, la réponse réside dans la perception de Mao en tant que figure centrale dans la construction de l’identité moderne chinoise. « La raison principale de la réaction chinoise, c’est que pour les dirigeants, Mao Zedong incarne l’essence même de la Chine contemporaine », explique-t-il. « Le remettre en question ou le critiquer, c’est fragiliser le récit national que le pouvoir en place cherche à préserver. » Il souligne également que ces régimes politiques, à la fois très puissants et faibles à la fois, s’appuient souvent sur une double force. D’un côté, une capacité coercitive constante pour contrôler la population, et de l’autre, une incapacité à utiliser d’autres méthodes pour asseoir leur légitimité ou leur stabilité.
La stratégie chinoise pour renforcer son influence et contrôler le récit
L’Empire du Milieu n’hésite pas à jouer la carte de l’offensive lorsqu’il s’agit de défendre ou de promouvoir sa vision, contraste frappant avec sa réputation d’avoir généralement évité les polémiques afin de privilégier une stratégie économique basée sur le principe du « gain-gain » ou « win-win ». Depuis les premières réactions enflammées suite à la déclaration de Mbappé, la Chine diffuse un flot de messages véhiculés principalement sur ses réseaux sociaux, tels que Weibo et WeChat, mais aussi en Occident, par le biais de bots. Ces programmes informatiques automatisés ont pour but de propager un message précis, celui que souhaitent véhiculer les autorités chinoises. Cette campagne ne vise pas nécessairement à convaincre chaque individu, mais à atteindre un certain nombre de personnes : si, par exemple, 1 000 internautes sont touchés, il suffit d’en persuader deux pour considérer cela comme une réussite, selon Lukas Aubin. Il précise que jamais auparavant la Chine n’avait adopté une telle stratégie, qui est généralement l’apanage d’autres puissances comme la Russie ou les États-Unis, lorsqu’elles cherchent à influencer l’opinion publique à l’échelle mondiale.
Les enjeux du « Sharp Power » dans la manipulation de l’opinion
Ce qui différencie cette stratégie, c’est l’utilisation d’un pouvoir dit « piquant » ou « tranchant » — le concept de « Sharp Power » —, visant à pénétrer les espaces informationnels de pays tiers pour y diffuser le récit voulu par Pékin. Lukas Aubin commente : « L’objectif est de semer le doute, de calmer ou de déstabiliser la population locale, mais pas nécessairement de convertir tout le monde. » La Chine, jusqu’à présent, a plutôt cherché à éviter les controverses pour ne pas fragiliser sa position économique et diplomatique. Cependant, il semble que la réplique face à la déclaration de Mbappé témoigne d’un changement de stratégie. « La Chine utilise cette méthode, qui est souvent l’apanage de nations comme la Russie ou même les États-Unis, dans une optique de déstabilisation subtile et contrôlée », poursuit-il. Cela s’inscrit dans un contexte où la défiance à l’égard des médias et des sources officielles est déjà forte, en particulier en France, et où la propagande numérique, véhiculée par les bots et influenceurs, exploite ces vulnérabilités.
Le recours au « Sharp Power » comme instrument de pression
Ce caporalisme numérique et cette offensive informationnelle s’inscrivent dans une stratégie plus large de pression sur l’opinion publique et sur les partenaires économiques et sportifs de la France. Plusieurs entreprises chinoises ont récemment décidé de rompre leurs collaborations avec Mbappé, notamment en raison des tensions entourant ses propos sur Mao Zedong. En Chine, les décisions économiques ne font pas exception à la règle : ils privilégient la cohérence avec le récit national, même si cela signifie faire preuve d’un certain dureté. Lukas Aubin explique que c’est une forme de « pouvoir piquant » destiné à infiltrer différents espaces discursifs afin de diffuser la version officielle, tout en fomentant le doute dans l’esprit du public. La question se pose alors : cette offensive affectera-t-elle la carrière du joueur ou le rapport qu’entretiennent la France et la Chine ? La réponse n’est pas encore claire, mais il est évident que, dans un contexte de tensions croissantes, chaque mouvement de la stratégie chinoise est analysé avec beaucoup d’attention, en espérant que cette crise ne s’intensifiera pas davantage. Petit à petit, la diplomatie sportive et économique pourrait bien devenir la nouvelle arène de confrontation entre Pékin et l’Occident, où chaque déclaration, aussi insignifiante qu’elle puisse paraître, peut avoir des répercussions ambivalentes sur la scène mondiale.






