Le mouvement qui appelle à bloquer l’extrême droite sur les réseaux sociaux pour la présidentielle de 2027

Sophie Lambert

Appels à réduire la visibilité de l’extrême droite sur les réseaux sociaux

Depuis quelques jours, un mouvement de plus en plus actif sur internet invite à prendre des mesures concrètes contre l’extrême droite. Plusieurs messages circulant sur les réseaux sociaux encouragent vivement les utilisateurs à ne plus interagir avec les comptes proches de cette mouvance, voire à les bloquer, dans l’espoir de diminuer leur rayonnement. Le but affiché de cette initiative est de limiter la propagation de leurs idées en empêchant ces comptes d’atteindre de nouveaux publics, principalement dans le contexte de la prochaine élection présidentielle prévue en 2027. On peut notamment lire des recommandations comme « Ne commentez plus, même pour les contester. Ne partagez plus. Faites plutôt une capture d’écran que de fournir un lien » dans ces publications, soulignant une volonté de réduire l’impact de leurs messages en supprimant l’engagement direct. Cette stratégie vise principalement à couper la diffusion de leurs propos en n’alimentant pas leur présence en ligne, afin de faire reculer leur influence.

La mobilisation numérique autour du hashtag #onbloquelextrêmedroite

Sur Instagram, la revue de cette tendance indique qu’on dénombre plus de 500 publications utilisant le hashtag #onbloquelextrêmedroite. Ce mot-clé ne se limite pas à une simple tendance : il s’est hissé en ce jeudi parmi le top 5 des sujets les plus discutés en France sur la plateforme X (anciennement Twitter). Par ailleurs, quelques vidéos relayant cette initiative ont dépassé les 20 000 « j’aime » sur TikTok, témoignant de l’engouement que cette cause suscite parmi les jeunes internautes. Pour compléter cette campagne, un site web dédié, onbloquelextremedroite.fr, a aussi été mis en ligne, géré par un compte Instagram nommé « mise__au__point » qui se présente comme un média engagé et militant. Ce site offre la possibilité de déclarer le nombre de comptes que les internautes ont bloqués ; ce compteur affichait plus de deux millions d’interventions en ce début d’après-midi jeudi dernier. Sur ce site ou à travers les hashtags associés, la grande majorité des listes de comptes à éviter comporte des figures politiques comme Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Marion Maréchal, sans oublier certains médias comme CNews ou Frontières, ou encore des influenceurs tels que Papacito ou Cyril Hanouna.

Les stratégies de désinformation et de contrôle des discours en ligne

Ce mouvement n’est pas sans rappeler une tactique qui a été observée auparavant en dehors de la France, notamment lors de la dernière élection présidentielle au Brésil. Après la victoire de Lula, un canal nommé « l’armée de Lula » a été lancé sur WhatsApp par le député fédéral André Janones. Celui-ci, fervent supporter du candidat socialiste, avait encouragé ses abonnés à amplifié la promotion de Lula en commentant, partageant massivement ses publications favorables et en s’abstenant d’interagir avec celles de ses adversaires, en particulier pour éviter de diffuser de fausses informations. Selon Anaïs Fléchet, historienne contemporaine à Sciences Po Strasbourg et spécialiste du Brésil, cette mobilisation sur les réseaux sociaux, alimentée par cette plateforme de messagerie, aurait été un facteur essentiel dans la victoire de Lula, qui était arrivé en seconde position lors du premier tour. La page « l’armée de Lula » aurait gagné pas moins de quatre millions d’abonnés entre les deux tours de l’élection, témoignant de l’efficacité de cette stratégie de mobilisation collective.

Une inspiration pour d’autres mouvements politiques

Cette approche de massification et de contrôle des discours influence également le camp de La France insoumise (LFI). Antoine Léaument, député et responsable de la communication du mouvement, a publié une note de réflexion où il suggère que cette tactique pourrait être adaptée en France. Il évoque notamment l’idée d’« invisibiliser » l’extrême droite sur les réseaux sociaux en encourageant, par exemple, la création d’un canal WhatsApp dédié, baptisé « l’équipe de Mélenchon officielle ». Cette nouvelle plateforme aurait pour objectif de promouvoir davantage les tweets de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi de partager en masse des publications liées à LFI pour maximiser leur visibilité. La campagne se veut aussi un peu ludique, puisque le député a partagé une vidéo où il célèbre la création de groupes similaires dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Argentine, en exprimant sa joie de voir que « tout le monde veut une armée comme celle de Lulinha ».

Les risques et limites de la stratégie de désactivation de l’élection

Bien que ces initiatives gagnent en popularité, elles ne font pas l’unanimité. Certains responsables politiques ou experts soulignent que le simple fait de bloquer ou d’ignorer les comptes peut parfois avoir des effets contre-productifs. Le député brésilien André Janones a d’ailleurs insisté sur ce point dans une déclaration sur X : il a précisé qu’il ne faut pas confondre bloquer avec ignorer. Pour lui, le bon réflexe consiste à ne pas répondre ou à ne pas regarder les publications de l’extrême droite, car cela permettrait à l’algorithme des réseaux sociaux de ne pas mettre en avant ces contenus en considérant qu’ils ne suscitent pas d’engagement. Au contraire, bloquer des comptes pourrait au contraire signaler à ces plateformes que le contenu est pertinent, ce qui augmenterait sa diffusion. Ainsi, la logique prônée est plutôt d’ignorer sans bloquer, pour priver l’algorithme de l’incitation à promouvoir ces propos. En somme, cette forme de résistance numérique passe par la neutralisation de la visibilité plutôt que par l’exclusion pure et simple, une approche qui pourrait inspirer d’autres mouvements politiques ou citoyennistes dans le futur.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.