Visite du pape à Metz : la subvention controversée attire l’attention du tribunal administratif de Strasbourg

Sophie Lambert

Une paire d’associations laïques ont annoncé ce samedi 29 août avoir saisi la juridiction administrative de Strasbourg afin de contester une subvention accordée par la municipalité de Metz pour accueillir le pape le 28 septembre prochain.

L’Union des familles laïques (Ufal) de Moselle, en collaboration avec l’association Les Profanes, remettent en question le montant d’aide financière octroyé par la mairie pour cet événement. Il s’agit notamment d’un financement global de 250 000 euros destiné à couvrir divers investissements liés à la célébration. Parmi ces dépenses, une partie importante sera consacrée à l’achat d’écrans géants permettant d’équiper des zones de rassemblement, appelées « fan-zones », où la messe, présidée par Léon XII, sera retransmise en direct, notamment depuis la cathédrale de Metz. Ces associations ont également précisé qu’elles ont introduit en parallèle une requête en référé-suspension, une procédure d’urgence visant à interrompre temporairement la commande du matériel, en attendant la décision définitive du tribunal administratif.

Une contestation fondée sur l’inapplicabilité de la loi de 1905

Les associations contestent également la légalité de cette subvention, en avançant que celle-ci serait illégale si elle sert à financer des équipements directement liés à une cérémonie religieuse. Selon elles, la loi française de 1905, qui établit la séparation entre l’Église et l’État, ne s’applique pas en Moselle ni en Alsace, régions où cette réglementation ne limite pas le financement public de manifestations religieuses. Par conséquent, dans ces départements, les collectivités publiques ont le droit d’apporter leur soutien financier aux activités religieuses. La municipalité de Metz, lorsqu’elle a été interrogée sur cette démarche, a indiqué qu’elle se référerait aux déclarations faites par le maire, François Grosdidier, lors du conseil municipal du 10 juillet.

Une polémique autour de la légalité du financement

Les acteurs opposés à la subvention soulignent qu’il est question d’une interprétation spécifique de la loi, qui permettrait à la ville de financer des événements à connotation religieuse dans ce contexte régional. La question de la légitimité de ce soutien public fait partie des débats relatifs à la neutralité de la sphère politique face aux activités religieuses, tout en tenant compte des particularités juridiques propres à certaines régions françaises. La contestation vise à faire obstacle à l’utilisation des fonds publics pour la préparation d’équipements dédiés à une cérémonie cultuelle, ce qui pourrait remettre en cause la conformité de la subvention avec les principes laïcs.

Le contexte et la réaction du maire de Metz

Le maire de Metz, qui a déclaré prévoir d’engager la totalité du budget de 250 000 euros pour couvrir les frais liés à cet événement, notamment l’hébergement, la sécurité et l’organisation, a ajouté que cette visite était « un événement mondial » qui dépassait les simple considérations religieuses. Selon ses propos, il s’agit d’une occasion exceptionnelle pour la ville, soulignant le « grand honneur » qu’a représenté le choix de Metz comme étape en France par le pape Léon XIV. La visite, placée sous le signe de l’Europe, doit culminer avec la venue de l’autorité religieuse à Paris le 25 septembre, puis à Lourdes le 27, clôturant ainsi un déplacement de plusieurs jours à travers la France.

Ce contexte montre l’ampleur de la controverse sur le financement public d’événements religieux dans certaines régions françaises où la législation particulière permet des soutiens financiers spécifiques, soulevant ainsi des questions sur la séparation des pouvoirs et la neutralité de l’État face aux pratiques cultuelles.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.