Victimes de phobies insolites : ils ont peur du poulet, des trous et racontent leur expérience

Sophie Lambert

Les différentes formes de phobies : une galerie d’angoisses irrationnelles

Il est possible que vous ayez déjà entendu parler de l’arachnophobie, qui désigne la peur excessive et souvent maladive des araignées. Cette phobie, l’une des plus répandues, toucherait entre 3 et 6 % de la population mondiale. Mais elle n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres. On trouve aussi l’agoraphobie, qui est la peur d’être coincé ou piégé dans des endroits ou situations où il serait difficile, voire impossible, de s’échapper : les concerts bondés, les transports en commun ou encore les grands espaces publics en sont des exemples types. La bélénophobie, de son côté, fait référence à une aversion souvent irrationnelle pour tout ce qui concerne les aiguilles, telles que les injections ou les aiguilles de couture. La variété des phobies est infinie : elles touchent des objets, des animaux, des situations ou des motifs, et leur particularité réside dans leur caractère excessif et irrationnel. Si certaines de ces peurs peuvent prêter à sourire lorsqu’on ne se trouve pas face à leur objet déclencheur, elles peuvent cependant devenir un véritable obstacle dans la vie quotidienne lorsqu’elles prennent le dessus, en générant une anxiété incontrôlable et persistante.

Une expérience personnelle révélant une trypophobie

Murielle, une femme de 53 ans résidant à Saint-Louis dans le Haut-Rhin, a récemment appris qu’elle souffre de trypophobie, une crainte intense et irrationnelle des motifs comportant de nombreux petits trous ou des dessins répétitifs. Chez elle, cette peur s’est déclarée à la suite d’un événement traumatisant : une opération cérébrale réalisée en juillet 2023. La découverte d’un anévrisme avait conduit cette intervention délicate, qui a profondément marqué la jeune femme.

Un lien possible entre son opération et sa phobie ?

Après des mois d’attente marqués par de fortes angoisses, Murielle a subi une opération lourde, avec des risques considérables, et elle a difficilement retrouvé un mieux-être. Cependant, ce processus de récupération a été long et éprouvant. La situation a empiré lors de la préparation de pancakes avec ses fils, lorsqu’elle a constaté la formation régulière de petits trous à la surface lors de la cuisson. Cette vision a déclenché chez elle une crise d’angoisse intense : ses jambes ont tremblé, sa respiration est devenue haletante, une sensation de paniquante s’est emparée d’elle, au point de penser qu’elle allait s’évanouir.

Depuis, cette peur irrationnelle s’est amplifiée : la jeune femme éprouve désormais une répulsion envers les motifs troués, mais aussi envers d’autres éléments tels que les nids d’abeille ou encore certains espacements rythmés comme des barrières ou les ombres projetées par des barreaux sur le sol. Même une simple photographie représentant ces motifs peut provoquer chez elle des sensations désagréables pouvant durer plusieurs jours. Son métier d’artiste l’oblige à côtoyer fréquemment des œuvres ou sculptures comportant ces motifs, ce qui lui impose de se protéger en évitant leur contact direct pour limiter son malaise.

Les origines psychologiques de sa phobie

Murielle établit un lien évident entre cette phobie et le choc psychologique vécu lors de son intervention chirurgicale. Elle évoque le stress intense, la longue attente, ainsi que la cicatrice marquée par quarante agrafes sur son crâne, qui restent autant de souvenirs difficiles à accepter. Avant cette expérience, elle n’avait jamais souffert de ce type de phobie ni d’anxiété liée aux motifs. Aujourd’hui, afin de retrouver une certaine sérénité, elle s’efforce d’éviter au maximum les situations qui pourraient raviver ses crises et travaille sur elle-même. Elle a consulté un psychologue, espérant trouver des solutions pour apaiser ses pensées obsédantes, mais elle reconnait que les options restent très limitées et difficiles à mettre en œuvre.

Une phobie ancienne : la crainte des petites personnes depuis l’enfance

Alysée, 35 ans, originaire du Haut-Rhin, vit avec une phobie peu commune : la nabophobie, ou la peur irrationnelle des personnes de petite taille. La première apparition de cette crainte remonte à son enfance. Lors d’une visite familiale à Europa-Park, elle avait rencontré un homme de petite stature dont l’aspect l’avait profondément effrayée. Encouragée par ses parents à aller lui serrer la main, elle s’est retrouvée tétanisée, en proie à une frayeurs qui l’ont laissée paralysée. Cette expérience a laissé une trace durable dans son esprit, qui continue à influencer ses réactions à l’âge adulte.

Une peur persistante, jusqu’à aujourd’hui

Au fil des années, cette crainte s’est inscrite dans son quotidien, se manifestant par de véritables crises de panique. Lorsqu’elle fait ses courses dans un supermarché, elle peut être submergée par cette angoisse, allant jusqu’à chercher à éviter certains rayons ou à quitter précipitamment le magasin pour mettre de la distance avec toute personne de petite taille. Elle ressent une oppression très forte, qui peut la faire pleurer ou lui faire perdre le souffle, au point que sa famille, d’abord peu prise au sérieux, a rapidement compris que cette peur allait bien au-delà de la simple appréhension. Elle évoque également qu’elle trouve difficile de regarder des émissions télévisées telles que “Fort Boyard”, où des personnages de petite taille apparaissent, ce qui rend le visionnage pénible et stressant pour elle.

Une peur irrationnelle qui influence sa vie quotidienne

Cette phobie pèse lourdement sur la vie d’Alysée. Elle éprouve beaucoup de honte à l’idée de cette peur, même si elle sait parfaitement qu’elle ne contrôle pas ses réactions, ni la façon dont elles naissent. La peur semble liée à une certaine aversion ou malaise face à une morphologie différente. Travaillant dans l’artisanat, elle redoute un jour devoir faire face à un client ou une cliente de petite taille, craignant de perdre le contrôle lors d’une crise de panique. Bien qu’elle soit consciente que ceci nécessite parfois une thérapie, elle préfère pour l’instant compter sur elle-même pour surmonter cette phobie, persuadée que la solution doit venir de ses efforts personnels. Pour elle, la simple idée de vouloir ne plus avoir peur ne suffit pas : elle pense que cette crainte relève d’un aspect plus profond qui ne se guérit pas par une décision instantanée.

Une peur atypique : la phobie de la volaille

Jean-Marc, un homme de 72 ans résidant à Bron dans le Rhône, possède une phobie étonnante : celle de la volaille, et plus particulièrement du poulet. Son trouble anxieux est présent depuis longtemps. L’origine de cette peur remonterait à son enfance, vers l’âge de cinq ans en Algérie, où il aurait assisté à l’abattage de poulets. Cet événement aurait été particulièrement traumatisant, laissant une empreinte durable dans son esprit. Pendant des années, l’idée même de consommer des aliments en contact avec de la volaille lui était insupportable : il ne pouvait manger ni poulet, ni autres volailles, et demandait parfois à être servi différemment lorsqu’il mangeait à l’extérieur. Avec le temps, cette peur a tendance à s’atténuer. Il supporte maintenant de voir, sentir ou goûter du poulet dans ses plats ; il mange du bouillon contenant de la volaille et a même essayé le confit de canard.

Une peur qui a évolué avec le temps

Malgré cette évolution positive, la peur de Jean-Marc concernant la volaille demeure présente, même si elle s’est adoucie. Elle continue d’influencer ses choix alimentaires et ses préférences lorsque ses repas sont préparés. Tout au long de sa vie, il a appris à gérer cette phobie et à ne pas laisser ses craintes prendre le dessus. La peur de la volaille reste une particularité qui le distingue, mais il a su faire preuve de résilience dans son rapport avec la nourriture, grâce à une attitude volontairement progressive et à une meilleure compréhension de sa propre émotion.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.