Utiliser l’énergie solaire pour rendre la crémation plus écologique

Sophie Lambert

Les initiatives visant à repenser les modes de sépulture en France

Depuis plusieurs années, le Conseil national des opérations funéraires (CNOF), une instance consultative créée sous l’égide du ministère de l’Intérieur, s’est engagé dans une réflexion approfondie sur l’évolution des pratiques funéraires traditionnelles. Dans cette optique, il a constitué un groupe de travail dédié à l’étude des nouveaux modes de sépulture, afin d’examiner les innovations possibles et de répondre à la demande croissante d’alternatives plus diverses et adaptées aux enjeux contemporains. Le but étant de mieux encadrer et accompagner l’émergence de ces pratiques innovantes dans le respect de la réglementation et des sensibilités sociétales.

Explorer de nouvelles formes de dépouille : quels horizons ?

Après une phase d’étude et de recherche sur les différentes techniques actuellement en développement, ce groupe de travail focalise désormais son attention sur deux solutions qui pourraient connaître un essor significatif dans les années à venir : la terramation, également appelée humusation, et l’aquamation. La première consiste à effectuer une inhumation directe en pleine terre sans l’usage d’un cercueil, permettant au corps de se décomposer naturellement pour nourrir la terre, grâce aux micro-organismes. La seconde méthode, quant à elle, consiste à décomposer le corps par un procédé chimique, en utilisant une solution alcaline chauffée à une température allant de 90 à 180 degrés Celsius, une technique souvent appelée cristallisation ou dissolutions par accélération.

Les avantages et les enjeux de l’aquamation

L’aquamation suscite un vif engouement auprès de nombreux familles. Son attrait principal réside dans sa ressemblance avec la crémation, pratique qui a connu une croissance spectaculaire en France depuis la fin du XXe siècle, passant de seulement 4 % des cérémonies funéraires en 1980 à environ 42 % aujourd’hui. La simplicité apparente de cette méthode, combinée à ses impressions écologiques, en fait une option séduisante pour une majorité de personnes souhaitant réduire leur empreinte environnementale.

Cependant, cette pratique n’est pas exempte de critiques. Elle est à la fois énergivore, consommant près de 900 kilowattheures par opération, et fortement émettrice de gaz à effet de serre, avec une moyenne de 649 kilogrammes de CO2 rejetés par crémation selon une étude rigoureuse menée par la Chambre syndicale nationale de l’art funéraire. Par ailleurs, l’installation de ces crématoriums soulève aussi des questions d’acceptabilité locale, en raison des nuisances possibles pour les riverains et des enjeux liés à la gestion des déchets. Dans le cadre d’un projet innovant financé par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), des spécialistes issus des laboratoires PROMES, spécialisés dans les sciences de l’ingénieur, et CESOR, dans les sciences humaines, ont lancé une réflexion sur une alternative économique et écologique : la crémation utilisant l’énergie solaire.

Un crématorium solaire : une technologie prometteuse

Ce projet innovant, baptisé Crémathélio, se fonde sur la technologie éprouvée des fours solaires, comme celui d’Odeillo à Font-Romeu, équipée de systèmes réflexifs composés de miroirs héliostatiques, capables de suivre la course du soleil et de concentrer une quantité considérable d’énergie. Cette concentration permet d’atteindre en quelques secondes des températures supérieures à 3 000 degrés Celsius, bien au-delà du seuil nécessaire pour une crémation, qui tourne généralement autour de 900 degrés. La particularité de ce procédé réside dans le fait qu’il n’implique pas de flamme visible et pourrait éventuellement être transformé en pyrolyse, ce qui supprimerait par la même occasion l’utilisation de cercueils traditionnels.

L’objectif principal des concepteurs de Crémathélio est de repenser la conception architecturale de ces installations pour mieux intégrer leur présence dans l’environnement urbain. En privilégiant des espaces intérieurs où la composante technique se mêle à la dimension symbolique des cérémonies, ils visent à rendre ces sites plus acceptables et esthétiques. En 2019, l’architecte britannique Margot Krasojevic avait imaginé un crématorium solaire futuriste basé à Los Angeles, intégrant un jardin du souvenir entouré d’un skatepark, où les cendres pourraient être transformées en œuvres permanentes telles que tatouages, récifs artificiels ou feux d’artifice. Quant à Crémathélio, ses promoteurs envisagent également un usage expérimental pour la crémation des animaux de compagnie — une pratique qui connaît également une croissance ces dernières années — afin de diversifier encore davantage les options offertes.

Il semblerait que ces innovations, en combinant respect de l’environnement et adaptation sociale, puissent ouvrir la voie à une évolution des pratiques funéraires en accord avec les enjeux écologiques et culturels du XXIe siècle.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.