Le rôle du Covid-19 dans la réactivation de virus latents au sein de l’organisme
Une récente étude, publiée le 5 août dans la revue Nature, soulève la question de la capacité du Covid-19 à rebooter des virus qui sommeillent dans le corps humain. Ces virus enfouis, appelés virus dormants, peuvent, dans certaines circonstances, se réveiller après une période d’inactivité, notamment lors de situations de stress accru ou en cas de maladie. Parmi eux, le virus d’Epstein-Barr (EBV), connu pour provoquer la mononucléose, ainsi que d’autres membres de la famille des herpèsvirus, figurent en bonne place. En réalité, il est estimé que jusqu’à 95 % de la population mondiale serait porteuse de l’EBV, souvent sans en avoir connaissance. La possibilité que le Covid-19 puisse provoquer une telle réactivation virale représente une avancée significative pour la compréhension de ses effets et des risques qu’il peut engendrer, même bien après la phase aiguë de la maladie.
Une réactivation virale concernée aussi par des patients autrefois en bonne santé
Il était auparavant admis que la réactivation de virus latents lors d’une infection au Covid-19 se limitait principalement aux personnes dont le système immunitaire était affaibli, notamment les patients immunodéprimés. Cependant, cette nouvelle étude bouleverse cette idée en montrant que même des individus en bonne santé et dont le système immunitaire fonctionne normalement peuvent vivre ce phénomène. Sur un échantillon d’environ 1 100 patients hospitalisés pour une infection au Covid-19, près de la moitié d’entre eux ont été témoins de la réactivation d’au moins un virus dormant dans leur corps. Ces résultats soulignent que cette réactivation virale n’est pas aussi rare que précédemment supposé et qu’elle pourrait influencer la trajectoire de la maladie chez un large pan de la population.
Une aggravation potentielle de la gravité de la maladie liée à la réactivation virale
Les chercheurs ont également constaté que cette réactivation était plus fréquente chez les patients présentant la forme la plus grave du Covid-19. De surcroît, cette situation semblait liée à diverses complications graves, ainsi qu’à des durées d’hospitalisation prolongées et, dans certains cas, au décès. Selon un communiqué émanant de la Dell Medical School de l’Université du Texas à Austin, cette réactivation virale pourrait jouer un rôle dans le déroulement défavorable de la maladie, même chez des personnes qui, initialement, étaient en bonne santé. Cela laisse supposer que la réactivation des virus dormants contribue peut-être à une évolution plus complexe et sévère de l’infection, ce qui complique la compréhension et la gestion des cas graves.
Les implications pour la prise en charge des patients infectés par le Covid-19
Les résultats obtenus ont des conséquences importantes pour la façon dont les patients atteints du Covid-19 pourraient être traités. Des tests existent déjà pour détecter plusieurs des virus chroniques impliqués dans la réactivation, notamment certains membres de la famille des herpèsvirus, qui peuvent être traités par des médicaments antiviraux disponibles. Esther Melamed, responsable de l’étude et professeure adjointe en neurologie à la Dell Medical School, souligne que la prochaine étape consistera à voir si le fait d’identifier et de traiter ces virus pendant l’infection peut améliorer la progression de la maladie. En particulier pour les patients atteints de formes sévères ou de Covid long, cette stratégie pourrait représenter une avancée significative permettant de limiter la gravité des symptômes et les complications associées.
Le Covid long et la présence de virus dormants : une nouvelle voie de réflexion
Les chercheurs ont également détecté la présence d’anellovirus, une famille de virus persistants encore peu connue, qui semble être plus répandue chez les personnes souffrant de Covid long. Bien que l’étude ne permette pas de prouver que la réactivation virale est la cause directe de cette affection prolongée, elle apporte cependant des éléments solides en faveur de cette hypothèse : des virus dormants pourraient potentiellement jouer un rôle dans l’apparition ou la perpétuation des symptômes du Covid long. Avec près de 400 millions de cas enregistrés dans le monde, le Covid long reste une problématique majeure, dont la prise en charge actuelle se limite principalement à soulager les symptômes, qui sont très divers : fatigue chronique, douleurs multiples, troubles digestifs, troubles psychologiques ou cognitifs. La compréhension des mécanismes à l’origine de cette maladie pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements ciblant ces virus dormants afin d’en atténuer l’impact à long terme.
Perspectives et limites de cette recherche
Il est cependant important de préciser que l’étude a été menée auprès de patients non vaccinés, qui ont principalement été infectés lors du début de la pandémie. La question se pose donc quant à la possibilité de voir ces phénomènes se produire aujourd’hui, avec les variants et dans un contexte d’immunité collective accrue. La recherche continue pour mieux comprendre si ces réactivations virales sont une particularité de l’époque initiale de la pandémie ou si elles pourraient se reproduire dans la situation actuelle. Pourtant, cette étude ouvre une nouvelle perspective dans la compréhension des infections sévères au Covid-19. En révélant comment le virus peut réveiller des virus dormants, les chercheurs espèrent pouvoir élaborer de futures stratégies pour prévenir ou limiter certaines complications graves que cette infection pourrait engendrer à long terme.
Sources et perspectives
Les travaux présentés proviennent de la Dell Medical School de l’Université du Texas à Austin, qui met en lumière l’impact potentiel du Covid-19 sur la réactivation virale. La recherche se poursuit pour déterminer si la détection et le traitement ciblé de ces virus dormants peuvent réellement améliorer la prise en charge et les résultats pour les patients infectés par le coronavirus.






