Une saison qui souhaite réinvestir le domaine du populaire à l’aube d’élections importantes
Au lendemain de la victoire récente d’un parti d’extrême droite dans le land de Saxe-Anhalt, et à seulement 236 jours du second tour de la présidentielle en France, la directrice du théâtre de Strasbourg, Barbara Engelhardt, dévoile une nouvelle programmation pour la saison 2026-2027. Celle-ci est construite autour de l’idée de « se réapproprier le populaire », une expression qui, selon le contexte, peut être perçue tantôt de manière laudative, tantôt de façon critique, voire méprisante, en soulignant ses ambiguïtés et ses connotations variables souvent associées à l’idée de populisme.
Une volonté de dépasser les enjeux idéologiques autour du populaire
Barbara Engelhardt souligne avec force qu’il ne faut en aucun cas laisser le populisme ou ses représentants s’emparer de la notion de populaire. Elle insiste sur la nécessité d’explorer et d’affirmer cette dimension à travers des œuvres artistiques diverses, engageant à la fois la musique, la voix, la danse ou encore l’intimité personnelle. La saison étant construite comme un fil conducteur, elle met en avant une programmation qui souhaite faire coexister différents registres artistiques, en proposant une création à la fois érudite et accessible, critique tout en étant festive, et mêlant implications politiques et considérations poétiques.
Une programmation éclectique entre création et rencontre
Ce concept de réappropriation est illustré par une saison qui vise à rassembler disciplines artistiques variées telles que la danse, la musique, le cirque, le sport et les arts plastiques, afin de favoriser l’échange avec tous types de publics. La réussite de cette démarche se mesure à travers le taux d’occupation de la scène européenne dirigée par le théâtre, qui atteint 95 %. Malgré la baisse des subventions régionales et celles de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), le budget prévu pour 2026 reste conséquent, s’élevant à 3,4 millions d’euros. La moitié de cette somme, soit un million d’euros, est consacrée à la coproduction, à l’accueil de spectacles ou encore aux résidences de création, témoignant d’un engagement constant dans le soutien aux équipes artistiques issues tant du territoire local qu’international, souvent fragilisées par la crise qui secoue actuellement le secteur culturel public.
Une programmation riche mêlant mythologies modernes et formes hybrides
Le premier semestre de cette saison sera organisé autour de créations et d’artistes internationaux, en privilégiant notamment des formes hybrides mêlant différents genres artistiques. Cette programmation débute en partenariat avec le festival Musica, reflet d’un intérêt pour l’expérimentation et l’innovation dans la création musicale et artistique. Parmi les œuvres proposées, on retrouve des spectacles musicaux et performatifs tels que The Alonetimes, de Jennifer Walshe et Philip Venables, qui explorent des thèmes liés à la solitude, à la performance sportive et à leur impact sur la société. La pièce Hunter, de Liesa Van der Aa, s’inscrit également dans cette veine, analysant avec intensité nos rapports à la solitude et aux pratiques sportives.
Des coups de cœur et des œuvres emblématiques à découvrir
Le premier semestre sera notamment marqué par la présentation de Thésée, sa nouvelle vie, une création de Camille de Toledo qui tisse un parallèle entre traumatismes familiaux et enjeux collectifs, évoquant notamment la guerre du XXe siècle et la Shoah. Sur scène, la comédienne Valérie Dréville, entourée de figures fantomatiques, nous guide dans cette mosaïque d’images mise en scène par Guy Cassiers, entre mémoire, douleur et renaissance, du 14 au 16 octobre. Un spectacle puissant qui ambitionne de faire réfléchir tout en touchant profondément le public.
Renaissance de mythologies et artistes en devenir
La première partie de la saison met également en avant la réinvention de mythologies anciennes, avec une programmation structurée par semestre, intégrant des artistes venus d’horizons variés, notamment internationaux. Ces créations hybrides et innovantes permettront d’explorer des formes artistiques nouvelles et de provoquer la réflexion sur les thèmes universels revisitée à travers des perspectives contemporaines.
Les spectacles qui questionnent nos sociétés et nos solitudes
Parmi les spectacles phares de cette période, on trouve notamment The Alonetimes, où Jennifer Walshe et Philip Venables confrontent l’individualisme exacerbé dans notre société, ainsi que Hunter, œuvre de Liesa Van der Aa, qui interroge nos liens à la performance et à la solitude. Ces créations offrent une plongée sensible et critique dans nos modes de vie modernes, tout en expérimentant avec la forme et l’expression artistique.
Une sélection de spectacles à ne pas manquer avant Noël
La saison hivernale sera l’occasion de découvrir des œuvres telles qu’Antigonick, une réinterprétation de la figure d’Antigone, mise en scène par Laëtitia Pitz. Ce spectacle, programmé les 9 et 10 décembre, offre une lecture contemporaine du mythe grec ancien, avec une mise en voix dynamique et pleine de surprises. Par ailleurs, le festival Premières, dédié à la jeune création européenne, se tiendra du 6 au 14 novembre. Ce rendez-vous annuel permettra à de jeunes artistes de présenter leurs premières œuvres lors de six spectacles, accompagnés de rencontres et d’échanges qui nourriront le dialogue sur le théâtre et ses nouvelles tendances.
Les événements à suivre au semestre suivant
Au-delà de cette première moitié de saison, l’attention se portera également sur d’autres performances remarquables. Parmi elles, Nimble, spectacle inspiré par la boxe, signé par le circassien belge Alexander Vantournhout et programmé du 19 au 21 novembre. La compagnie La Cordonnerie apportera quant à elle, du 3 au 5 décembre, son cinéma-théâtre L’affaire (elle expire), une œuvre à voir en famille et qui invite à la réflexion. Enfin, Runners, de La Putyka, compagnie de cirque pragoise, constituera un spectacle parfait pour finir l’année en beauté avec ses performances dynamiques et ses images spectaculaires.
À venir : le portrait d’une artiste engagée
Pour le semestre suivant, le regard sera également porté sur la figure de Rébecca Chaillon, artiste généreuse, engagée et portée par une énergie combatif et revendicative. Son portrait, présenté sous forme de spectacle ou d’exposition, offrira une plongée dans sa démarche artistique, tout en révélant les enjeux sociaux et politiques qu’elle aborde dans ses créations.
Informations pratiques pour découvrir la saison
Le théâtre Le Maillon, situé au 11 boulevard de Dresde à Strasbourg, organise des présentations de sa saison le vendredi 11 et le mardi 15 septembre à 19h30. Ces rencontres, gratuites sur réservation, dureront environ une heure et quart. Pour plus d’informations, il est possible de consulter leur site internet, où sont également disponibles les tarifs qui varient entre 3 et 45 euros selon le type de pass ou de billet à l’unité.






