Témoignage : une femme sous emprise perd 45 000 € face aux brouteurs de sa sœur

Sophie Lambert

Une femme de 62 ans piégée par une romance en ligne usurpée

Après plusieurs mois de lutte contre différentes escroqueries sentimentales, Claudette, âgée de 62 ans, pensait avoir réussi à écouter les avertissements et à se préserver des pièges tendus par des imposteurs. Cependant, en 2024, lors d’une conversation avec sa sœur Josette, qui a 74 ans, elle découvre que cette dernière est à nouveau plongée dans une relation en ligne avec un certain Roland Coutas. Un homme séduisant, qui existe réellement, mais dont l’identité et les photos sont régulièrement détournées par des fraudeurs. Veuve depuis deux décennies, isolée croissante et en quête d’affection, la septuagénaire se laisse doucement entraîner dans cette histoire à distance, via des échanges sur écran.

Une histoire d’amour basée sur de faux prétextes et de fausses identités

Malheureusement, cette romance est empreinte d’un déséquilibre total : il s’agit d’un amour à sens unique. Claudette raconte : « Elle est tombée amoureuse d’une photo, il lui parlait chaque jour, lui glissait les mots qu’elle voulait entendre. » Malgré ses avertissements et ceux de sa fille, qui lui ont conseillé de ne jamais remettre d’argent à cet homme, Josette a été séduite par ses discours. Ce dernier lui expliquait qu’il avait besoin d’argent pour nourrir un enfant, régler des frais médicaux après avoir été agressé et dévalisé dans la rue. Peu à peu, Josette a versé la somme totale d’environ 6 500 euros, convaincue par ses expédients pour justifier ses demandes. La famille de Josette a tout tenté pour la faire revenir à la raison, en lui montrant des photos trafiquées, des vidéos d’un homme prétendant qu’il était victime de usurpation d’identité, mais rien n’y a fait. La persistance de cette obsession a finalement conduit la septuagénaire à couper tout contact avec le fraudeur.

La confusion mentale : « On dirait qu’elle a subi un lavage de cerveau »

Claudette, soulagée d’avoir réussi à convaincre sa sœur de l’arnaque, espérait avoir enrayé la spirale délétère. Pourtant, quelques mois plus tard, Josette refaisait surface dans des échanges avec des hommes sur Facebook. Lors de nouvelles vérifications, Claudette a découvert que le profil d’un certain Francis Lafond, prétendument basé au Canada et commercialisant des Lamborghini, était lui aussi usurpé. Le même type de scénario se répétait : un homme séduisant, prétendant résider à Brest, partageant des messages quotidiens chargés de tendresse, mais dont les promesses restaient lettre morte. Il avait promis de venir la voir pour Noël ou pour la nouvelle année, mais à chaque occasion, un obstacle se présentait : un vol de chéquiers, une carte bancaire détournée, ou un accident domestique.

Une victime à nouveau abusée, cette fois avec des relations virtuelles peu sincères

Profitant de cette confiance, l’individu parvenait à soutirer de l’argent à Josette, lui faisant croire qu’il se trouvait dans une situation d’urgence. La famille, désemparée, déplore le pouvoir de cet homme sur sa sœur : « Elle est complètement sous son emprise. Elle pense parler à quelqu’un qui n’est pas la personne sur ses photos, mais elle refuse d’entendre raison. On dirait qu’elle a subi un lavage de cerveau », déplore Claudette. Malgré toutes les preuves qu’on lui oppose – articles, photos, vidéos, témoignages – Josette persiste dans sa relation illusoire, aveuglée par ses sentiments.

De l’argent dépensé sans retour : la spirale des dettes

La situation s’est rapidement aggravée sur le plan financier. La sœur de Claudette a déjà versé 38 000 euros, après avoir vidé ses comptes d’épargne, notamment son livret A et son livret d’épargne populaire. Elle n’a plus aucune réserve, et dès réception de sa pension de retraite, elle continue d’envoyer de l’argent à son imposteur. Elle a même contracté un emprunt de 7 500 euros, qu’elle a envoyé à l’escroc, et elle en rembourse aujourd’hui les intérêts. La somme totale dérobée, cumulant les différentes arnaques, s’élève à près de 45 000 euros. La famille a tout essayé pour la faire changer d’avis : interventions, preuves, démarches administratives, mais Josette se ferme à tout. La jeune fille de Josette a également tenté de l’aider, sans succès. La mère, depuis, a coupé tout contact avec ses proches, et refuse de reconnaître l’ampleur de la catastrophe financière et psychologique qu’elle endure. Sa mère considère qu’elle finira par revoir son imposteur et qu’il lui rendra son argent, malgré toutes les preuves du contraire.

Une détérioration inquiétante de la santé mentale et physique

Au-delà des pertes financières, Claudette commence à s’inquiéter pour l’état mental de sa sœur. La dégradation s’accélère, Josette étant désormais totalement obsédée par cet homme. Elle s’isole, néglige ses obligations, néglige son logement, et perd peu à peu son énergie. Elle a fait face à une révélation alarmante : une leucémie, dont elle n’a qu’à à peine réagir en disant : « Il faut bien mourir un jour ». La famille, impuissante, voit cette situation s’aggraver, sans pouvoir trouver de solution concrète pour aider cette femme qui s’enfonce dans un déni profond.

Une lutte sans fin contre la criminalité numérique et un sentiment d’impuissance

Claudette a tenté, en dernier recours, de déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Mais face à la géographie des escrocs agissant principalement à l’étranger, ces démarches restent peu efficaces. La solution envisageable serait une mise sous curatelle, afin de protéger sa sœur, mais cela aurait nécessité une évaluation médicale qu’elle refuse d’obtenir. La complexité administrative, combinée à la durée des procédures, laisse la famille démunie face à ce fléau qui continue de ravager chaque jour de nouvelles victimes. Malgré tous leurs efforts pour alerter, sensibiliser, et défendre leur proche, ils se heurtent à une réalité impitoyable : la criminalité en ligne et l’éloignement géographique des géniteurs de ces fraudes compliquent toute intervention efficace, laissant souvent les victimes dans une situation désespérée.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.